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    Ne dites pas aux étudiants quoi faire

    21 juillet 2012 |Anne-Marie Provost - Étudiante en science politique à l’UQAM, militante active de Québec solidaire, secrétaire aux communications de l’ASSE en 2009-2010 et ancienne attachée de presse de la CLASSE | Québec
    J'ai lu avec intérêt la lettre ouverte de Renaud Poirier St-Pierre et Gabrielle Brais-Harvey, anciens de la CLASSE et de la FECQ, qui appellent les étudiants à investir les structures de Québec solidaire en vue des élections, lettre à laquelle Daniel Pierre-Roy, ancien de la FEUQ, a courtoisement répondu en affirmant que c’est plutôt vers le Parti québécois que les étudiants devraient se tourner, dans l’optique d’une véritable « victoire électorale étudiante ».

    Bien que je sois déjà active au sein de Québec solidaire en prévision des prochaines élections, j’appelle respectueusement mes trois amis et collègues militants à ne pas tomber dans le fétichisme du parti politique et de la partisanerie.


    Le mouvement sans précédent de ce printemps a permis de clarifier certaines caractéristiques de ce qu’on nomme la jeunesse québécoise et a contribué à la formation politique et sociale de dizaines de milliers de jeunes à travers le Québec.


    Malgré ce que prétendent certains commentateurs médiatiques à la paranoïa un peu trop enthousiaste, les assemblées générales lors des votes de grève ont généralement été un lieu sain de débats de principes et d’idées sur ce que l’éducation implique dans la vie en collectivité, que ce soit chez les étudiants en médecine, en science humaine, en foresterie ou autres disciplines.


    Plusieurs étudiants se sont ensuite regroupés dans des comités de mobilisation, au sein des structures de leurs associations étudiantes et dans des ateliers, tout en faisant des actions directes et des manifestations d’envergure pour mettre en oeuvre leur projet social.


    Des dizaines de milliers d’étudiants ont également vécu une démocratie directe dans laquelle ils avaient des décisions à prendre concernant les offres du gouvernement, sur la poursuite de la grève ou sur leur participation à telle manifestation nationale ou telle action.


    Quels constats faire sur la jeunesse québécoise ?


    On sent un changement dans notre rapport aux structures de pouvoir. WikiLeaks a posé le débat du dévoilement d’informations jugées confidentielles et a remis sur la table la contradiction entre l’écran médiatique versus la « réalité » des échanges derrière des portes closes. Les négociations de la crise étudiante ont chamboulé les méthodes habituelles en cassant le principe des décisions qui se prennent du haut vers le bas : les représentants étudiants ont fait confiance à leur base étudiante pour prendre elle-même les bonnes décisions, sans leur recommander d’offre ou d’entente. Aussi, pas de gêne pour détailler dans de longs rapports le déroulement des négociations. Les étudiants veulent de la transparence.


    L’expérience des assemblées générales a également permis aux étudiants de garder le contrôle du mouvement de grève. Notre grande utilisation des réseaux sociaux et des mêmes réseaux Internet a aussi permis d’outrepasser en partie l’influence et le filtre des grands médias et de tous les codes sociaux qui viennent avec ceux-ci (notamment, la définition de ce qui est acceptable ou non) pour nous créer un espace à nous. Les étudiants veulent du pouvoir sur leur vie et s’organiser organiquement et spontanément dans des espaces où ils se reconnaissent, y compris les étudiants contre la grève.

     

    Casser une dynamique


    Ces constats me font dire que plusieurs étudiants en ont assez de la façon dont on pratique la politique actuellement au Québec. Les politiciens font des facéties pendant la période de questions et carburent au potinage politique de surface, potins allègrement relayés par des journalistes qui donnent parfois plus dans l’analyse-hockey que dans l’analyse de contenu et d’idées. Dans le contexte électoral, il me semble fondamental pour les partis politiques de casser cette dynamique.


    Ces constats me font aussi dire que beaucoup en ont assez de certaines pratiques dans les organisations sociales. Les grandes centrales syndicales évoquent trop souvent un establishment rigide et bien huilé de bureaucrates corporatistes assis sur leur salaire et leurs chalets, avec des slogans creux et des manifestations du 1er Mai qui évoquent le plus souvent des marches funèbres plutôt qu’une manifestation vivante, dynamique et diversifiée.


    Il me semble que les étudiants ne développent pas tant une identité partisane qu’ils se positionnent sur des enjeux sociaux. En ce sens, tout ce que je peux souhaiter au Québec, c’est qu’à terme les étudiants qui n’en seront plus changent la culture de pouvoir et de démocratie au Québec. Ça se fait, oui, par l’implication dans les partis politiques, mais également par une implication dans les organisations communautaires, les lobbies, les syndicats ou les groupes de toutes sortes.


    Je rappelle donc à mes trois amis que changer les choses, ça ne commence pas et ne se termine pas dans un parti politique, bien que je partage leur volonté immédiate de gagner.













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