Campagne électorale - Dominic Champagne candidat?
En tant que «libéral indépendant», le metteur en scène affronterait Raymond Bachand dans Outremont
Joint hier après-midi au milieu de sa « saison d’écriture », M. Champagne a confirmé au Devoir une rumeur faisant état de son intérêt à en découdre avec l’un des poids lourds du gouvernement - et un de ses derniers piliers, après les départs annoncés ou récents de Michelle Courchesne, Monique Gagnon-Tremblay, Line Beauchamp et Nathalie Normandeau.
« Je réfléchis très sérieusement depuis un certain temps à me présenter dans Outremont, et à le faire comme libéral indépendant », a indiqué M. Champagne. « Je sais que j’ai une certaine crédibilité à cause de mon franc-parler ou de mon travail de libre-penseur et que j’aurais une écoute différente des autres candidats. »
Libéral indépendant : l’étiquette surprend. Celui qui se décrit comme un « électron libre » sur le plan politique et se dit de « centre gauche » explique qu’il se reconnaît « dans les libéraux qu’ont été René Lévesque, Paul Gérin-Lajoie ou Georges-Émile Lapalme, les libéraux de la Révolution tranquille et du Maîtres chez nous. Ce sont des gens qui ont voulu un jour en finir avec le duplessisme et qui se sont mis au service de l’intérêt public. Alors qu’aujourd’hui, j’ai bien davantage l’impression que les libéraux sont au service d’intérêts précis. »
Tout en précisant « ne pas être membre ou dissident du Parti libéral », Dominic Champagne soutient que « beaucoup de libéraux ne se reconnaissent plus » dans un parti « aujourd’hui dirigé par un conservateur ». « Il faut enlever des votes aux libéraux de Jean Charest et donner une voix à des libéraux comme M. Gérin-Lajoie », dit M. Champagne… qui pense que le château fort libéral d’Outremont compte justement son lot de libéraux déçus. Le lien avec le parti de Jean Lesage - associé à la défense des richesses naturelles - permet autrement à l’artiste de rappeler le point de départ de son engagement à lui, soit la lutte contre les gaz de schiste.
Membre du « front uni », un groupe demandant aux « forces souverainistes et progressistes » de s’unir pour défaire Jean Charest aux prochaines élections, Dominic Champagne indique ne « pas se reconnaître suffisamment dans le Parti québécois ou Québec solidaire » pour adhérer à ces formations, même s’il croit que le PQ est la « seule alternative viable à court terme ».
Vide
« Je l’ai senti lors de la marche du 22 avril [dont il était l’un des organisateurs] : les gens ne se reconnaissent pas dans les partis politiques actuels. Le système actuel fait en sorte que les politiciens sont plus souvent au service du parti que du bien commun », estime M. Champagne. Mais il avoue du même souffle que le statut d’indépendant n’est pas facile à tenir à Québec. « Quand je regarde la triste vie de Pierre Curzi depuis un an, ça ne me rassure pas trop quant aux possibilités. »
Questionné sur ses motivations profondes à tenter sa chance en politique active, Dominic Champagne évoque plusieurs éléments. « J’ai vu les libéraux aller dans le dossier des gaz de schiste, je les ai vus manipuler les esprits. Je suis allé à leur rencontre et j’ai vu la faiblesse des uns et le machiavélisme des autres. C’est entre autres ça qui me donne le goût de sauter sur la patinoire et d’aller dans les coins un peu. »
Mais au-delà des libéraux, il y a le contexte politique général. « Les circonstances m’impressionnent, dit-il. Il y a un retour du discours politique, d’une forme d’engagement véritable qui ne s’inscrit pas bien dans les partis politiques, mais qui est réel. Les citoyens sont préoccupés par la chose publique, la justice sociale, l’équité financière. Et à un certain moment, c’est sur le terrain et dans l’exercice du pouvoir qu’on peut agir. Car une fois qu’on a mobilisé des gens, on a envie que ça se traduise en politique. » Dont acte.
Sauf que Dominic Champagne ne cache pas que la réflexion n’est pas facile. Il mène une carrière prolifique (sept spectacles en tournée l’an dernier, trois créations, de multiples collaborations avec le Cirque du Soleil) qu’il aurait du mal à quitter pour un mandat de quatre ans. « J’ai des shows en cours, des fers au feu, des textes à finir, dit-il. Je suis très habité par la question de savoir que faire pour exercer mon devoir de citoyen. Mais est-ce que je peux donner le meilleur de moi-même à ma société en devenant député indépendant ? Si j’y vais, ce ne sera pas en blague. La réflexion serait plus facile si j’étais sûr de ne pas gagner. »
Si Outremont est un bastion libéral depuis de 50 ans, la circonscription est passée dans le camp du NPD au fédéral il y a cinq ans.
Candidats
Par ailleurs, le portrait des candidatures en vue de la prochaine élection se précise de jour en jour. Les 125 candidats du Parti libéral sont ainsi choisis, indiquait hier le parti. Choisis, mais pas tous dévoilés : les libéraux gardent dans leur manche quelques candidats vedettes à annoncer en temps et lieu. Parmi eux, l’ex-députée libérale fédérale d’Ahuntsic, Eleni Bakopanos, promet de faire une chaude lutte à la future candidate péquiste Diane De Courcy, présidente de la Commission scolaire de Montréal, dans Crémazie, selon La Presse canadienne.
Mme Bakopanos a été dans le passé permanente au PLQ et a oeuvré sur les questions de relations interculturelles dans les cabinets politiques à l’ère du premier ministre Robert Bourassa, avant de passer à la scène fédérale. D’origine grecque, elle a été élue députée fédérale de Saint-Denis, en 1993, puis d’Ahuntsic de 1997 à 2006, alors que la candidate bloquiste Maria Mourani lui faisait mordre la poussière.
Dans Richmond, en Estrie, le PLQ fera confiance à Karine Vallières, qui tentera de succéder à son père, le ministre Yvon Vallières, bientôt à la retraite, au terme de son mandat. Elle devra affronter le député péquiste Étienne-Alexis Boucher, qui passe de Johnson à Richmond, en raison du redécoupage de la carte électorale.










