Le pouvoir à talons hauts
Pour le moment du moins, les femmes ne se bousculent pas au tourniquet pour la prochaine élection québécoise, qu’on nous prédit pour le début septembre. Nous élirons 125 députés encore cette fois-ci, mais si la tendance se maintient, les possibilités sont grandes pour que la « noble enceinte » où vont siéger nos députés - et députées - soit dopée à la testostérone comme c’est le cas depuis si longtemps.
Un collègue m’a expliqué un jour : « Pour faire de la politique, ce que ça prend, c’est des couilles ! » J’ai eu beau lui expliquer que les miennes, je les portais dans la tête, je n’ai jamais réussi à le convaincre que j’avais tout ce qu’il fallait pour bien représenter mes commettants et tenir ma place comme n’importe lequel de mes amis députés et ministres. Il resta bien assis sur ses positions et ses certitudes.
J’aimerais bien vous annoncer que le milieu politique a beaucoup changé depuis cet événement, mais je mentirais. Je ne crois pas que les choses ont tellement progressé. Peut-être que l’anecdote que je viens de vous raconter n’aurait plus lieu aujourd’hui. Les politiciens ont probablement abandonné certains comportements qui seraient inacceptables maintenant, mais au fond d’eux-mêmes, sans le dire, ils sont bien convaincus que les couilles font partie de l’équipement de base pour faire de la bonne politique. Le reste, c’est du bla-bla-bla pour faire poli et pour ne pas donner prise aux critiques des femmes.
Si Pauline Marois s’appelait plutôt Paul Marois, je pense vraiment que son élection ne ferait pas de doute et qu’on cesserait de la détailler morceau par morceau.
Deux nouveaux candidats sont prévus pour le PQ dans deux circonscriptions vacantes, Borduas et Rosemont. Comme par hasard, ce sont deux hommes qui ont manifesté leur intention de faire le saut. Pas une femme à l’horizon pour le moment. Ça m’a rappelé la réplique formidable de Laurence Rossignol du Parti socialiste français, secrétaire nationale aux Droits des femmes et à la Parité, qui s’inquiétait du trop petit nombre de femmes candidates dans un coin de France et qui se fit répondre par l’organisateur responsable du coin : « On a cherché, on n’en trouve pas. Il n’y a pas de femmes. » Madame Rossignol lui répondit, très étonnée : « Ah bon ! Et vous vous reproduisez comment, dans ce coin de pays ? »
Juste de l’écrire, ça fait sourire. 62 hommes, 62 femmes et le 125e dont le sexe serait tiré au sort. On a eu au Québec un Conseil des ministres où la parité a duré quelque temps. Le nouveau président de la France, François Hollande, vient de faire la même chose et la Chilienne Michelle Bachelet avait, je crois, été la première à réussir ce tour de force dès qu’elle avait été élue. Ils ont d’autant plus de mérite que les femmes hésitent toujours devant ce que la politique leur offre. Elles ont tendance à ne pas se faire confiance. Les femmes doivent encore se faire convaincre qu’elles « sont capables » d’assumer de telles responsabilités et de faire du bon travail. Elles hésitent et finissent par laisser n’importe quel homme passer devant elles. Parce que lui ne doute de rien, surtout pas de ses capacités.
J’ai suivi avec beaucoup d’intérêt l’élection présidentielle qui vient d’avoir lieu en Islande, pays frappé de plein fouet par la terrible crise financière qui a mis plein de pays à genoux, crise dont les femmes islandaises tiennent les hommes responsables dans leur pays à cause d’une mauvaise administration exercée par ces messieurs aussi bien en politique qu’en finance.
Les femmes, qui ont déjà eu leur propre parti politique dans les années 80, se sont engagées dans la mission de réparer les dégâts et elles ont pris le pouvoir dans différents secteurs. Les importants p.-d.g. des banques ont été congédiés et ils ont été remplacés par des femmes qui ont affirmé ouvertement qu’elles vont intégrer les valeurs féminines dans la finance. Les Islandaises disent ouvertement que leur programme se résume à : franchise, honnêteté et responsabilité. Un programme qui serait le bienvenu ici.
En Islande, où une femme ouvertement gaie est première ministre depuis 2009, où l’Église est dirigée par UNE archevêque et où une femme a déjà été présidente pendant 16ans, de 1980 à 1996, une femme journaliste de 37ans était candidate à l’élection présidentielle qui a eu lieu fin juin dernier. Tous les sondages la donnaient largement gagnante. Elle a été défaite par celui qui occupait ce poste depuis 2008, Olafur Ragnar Grimsson. Thora Arnorsdottir sera de retour dans quatre ans. C’est sûr.
Tout ça pour dire aux femmes du Québec : quel que soit le parti que vous choisissez, allez-y. Mettez vos talons hauts ici surtout. Autrement, on va dire que vous n’êtes pas de vraies femmes.








