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Les idées en l’ère - Il n’y en aura pas, de débat

7 juillet 2012 | Antoine Robitaille | Québec
Il n’y aura pas de débat des chefs lors de la prochaine campagne électorale québécoise. Je le sais, vous trouvez que j’anticipe. Elle n’est pas encore déclenchée. En plus, la prédiction politique s’apparente à un sport extrême. Je risque de me tromper. En fait, j’espère me tromper !

On peut à tout le moins prévoir que les négociations afin d’organiser ce rendez-vous devenu crucial pour nos sociétés télévisées seront extrêmement ardues. Elles le sont toujours, me direz-vous. Entre les partis ; et entre les partis et le « consortium » des télédiffuseurs.


Plus de 45 % des électeurs attendent ce moment pour confirmer leur vote, soutient le sondeur Jean-Marc Léger. Malgré son importance, le débat des chefs demeure une convention sans règles définies, lesquelles pourraient - voire devraient - être consignées dans une loi, un règlement ou un protocole.


Les changements survenus dans la politique partisane québécoise sont si nombreux que les écueils risquent d’être insurmontables.


D’abord, Québec solidaire (QS) a aujourd’hui un député. C’est souvent la première condition invoquée pour l’obtention d’une place à la table - ou au lutrin. En 2008, QS avait réclamé en vain d’être du débat. Amir Khadir soutenait à l’époque que pour y accéder, un parti devait avoir franchi la barre des 3 % des intentions de vote lors d’une élection générale. En 2007, QS avait tout juste recueilli 3,64 % du vote. Selon cette logique, le chef du Parti vert (PV) aurait aussi été invité au débat, puisqu’il avait coiffé QS, à 3,85 %. Les autres partis politiques rejetèrent toutefois ce critère du plancher de votes. Sauf l’Action démocratique, qui avait appuyé QS. S’en prenant aux vieux partis, le PLQ et le PQ, QS écrivait sur son site Web, le 1er décembre 2008 : « Le bâillon imposé à QS et au PVQ explicite le mépris des voix alternatives dans la société qu’ils sont censés gouverner d’une façon démocratique. »

 

***

 

Parce que son parti n’était pas encore présent à l’Assemblée nationale, le chef adéquiste Mario Dumont n’a pu s’imposer au débat en 1994. Il avait tenté de contester cette exclusion en réclamant une injonction de la Cour supérieure du Québec, laquelle avait refusé. Mais en 1998, M. Dumont, élu depuis 1994, était devenu incontournable et avait été autorisé à participer à la mêlée avec les Charest et Bouchard.


En 2012, la direction bicéphale de Québec solidaire représente un écueil. Qui d’Amir Khadir ou de Françoise David se présenterait à la table ? En 2008, M. Khadir réclamait que sa consoeur soit désignée. Après son élection, il sembla croire à certains moments qu’il devrait, puisqu’il était l’élu de QS, y participer. Le parti a finalement tranché et c’est Mme David qui doit y être.


Le précédent créé par la présence de la chef non élue (à l’époque) du Parti vert, Elizabeth May, lors du débat (assis) de 2008 au fédéral aidera assurément Mme David à se tailler une place en 2012 (ou 2013, si M. Charest en décide ainsi). Grâce à un élu transfuge de dernière minute, Mme May avait pu faire valoir qu’elle avait un siège à la Chambre des communes. Argument finalement accepté par les autres partis. L’autre coup de pouce à Mme David pourrait bien être la nécessité d’inclure le chef du troisième parti recueillant le plus de voix, la Coalition avenir Québec. Comme Mme David, François Legault est un chef non élu mais ayant une présence à l’Assemblée nationale. Accepter l’un en rejetant l’autre serait difficile.


***

 

La situation serait relativement simple s’il n’y avait pas un autre prétendant au débat, Jean-Martin Aussant, le chef du nouveau parti Option nationale. Il a affirmé à plusieurs reprises tenir à être du débat. Bien qu’il soit un « transfuge », M. Aussant est bel et bien chef d’un parti reconnu par le Directeur général des élections. Mais le consortium est réfractaire aux débats à cinq et pourrait bien invoquer une nouvelle règle pour exclure cet autre participant. On imagine d’autres partis - on pense au PQ, voire QS - craignant de perdre quelques votes au profit d’ON, appuyer subtilement les tentatives d’exclusion du consortium.


Du reste, QS pourrait se retrouver contraint par sa logique de 2008 de réclamer la présence du Parti vert au débat : « Le PLQ et le PQ semblent croire que le droit de promouvoir leurs positions leur est réservé parce qu’ils sont représentés à l’Assemblée nationale. Quel argument fallacieux ! », écrivait-on sur le site de QS en 2008.


La politique étant affaire de gestion d’intérêt, chacun tentera de déterminer comment il serait servi ou non par l’absence ou la présence de petits joueurs ; et insistera sur certains critères qui les serviront le mieux. Jean Charest croira peut-être qu’il aura intérêt à multiplier les partis chassant sur les terres du PQ ; mais pourrait souffrir d’être soudainement encerclé de chefs dramatisant les pires aspects de son bilan.


En somme, j’espère me tromper et que l’exercice aura lieu, même si, à cinq - ou même à six si on inclut le PV -, cela risque bien de se transformer en cacophonie totale. À ce compte-là, ma prédiction se concrétisera : il n’y aura pas eu de débat…

 
 
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