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    Paralumes du tunnel Viger - Contrat de 30 millions aux firmes responsables de l’accident

    28 juin 2012 |Kathleen Lévesque | Québec
    Pendant que des experts cherchaient les causes de l’effondrement des paralumes dans le tunnel Viger de l’autoroute Ville-Marie, le ministère des Transports (MTQ) accordait un contrat de 30 millions aux firmes de génie-conseil qui ont été jugées responsables de l’accident sans être sanctionnées jusqu’à ce jour.

    En effet, moins de trois mois après qu’un bloc de béton de 25 tonnes se fut écrasé sur la chaussée du tunnel Viger, entraînant avec lui des paralumes, le MTQ a confié au consortium SNC-Lavalin, CIMA+, Dessau le mandat de l’« accompagner […] dans sa démarche de maintien des structures de l’échangeur Turcot ». Comme l’indiquent les documents du MTQ en date du 17 octobre 2011, ce contrat estimé à 30 millions a été obtenu à la suite d’un appel d’offres public.


    Les mêmes partenaires (qui apparaissent toutefois dans un ordre différent, soit CIMA+, Dessau, SNC-Lavalin) sont à l’origine de la conception « inappropriée » de la réfection du tunnel Viger. C’est la conclusion à laquelle sont arrivés les experts indépendants embauchés par le MTQ et que le ministre des Transports, Pierre Moreau, a rendue publique le 3 février dernier.


    Au même moment, M. Moreau affirmait que la faute ne resterait pas impunie étant donné que « la vie des usagers du réseau » a été mise en jeu. Du coup, a-t-il assuré, des procédures judiciaires seront intentées contre les trois firmes de génie-conseil.


    Mais voilà, comme le révélait hier Le Devoir, six mois après avoir pris connaissance du rapport des experts déposé le 16 décembre 2011, le gouvernement n’a entrepris aucune poursuite. Le ministère de la Justice est encore à évaluer les dommages directs résultant de l’accident ainsi que le coût des travaux d’urgence qu’il a nécessités.


    C’est la vigilance de la députée Sylvie Roy, de la Coalition avenir Québec (CAQ), qui a permis de mettre le doigt sur ce qu’elle qualifie d’« incohérence ». « C’est l’histoire de menaces de poursuites qui se résument à des jappements de chihuahua. C’est de la pure hypocrisie parce qu’on a continué à faire ce qu’on a décrié sur la place publique », a déclaré hier au Devoir Mme Roy.


    Sans ménagement, la députée caquiste pointe en direction du ministre Moreau qui se présente comme le défenseur de la transparence. Son arrivée aux Transports en septembre dernier, en remplacement de Sam Hamad, qui venait de recevoir sur son bureau le rapport de Jacques Duchesneau de l’Unité anticollusion et qui se montrait incapable de gérer la crise de confiance que l’effondrement avait provoquée dans la population, devait correspondre à un changement dans les façons de faire au MTQ, souligne avec une certaine ironie Mme Roy.


    « Il n’y a personne qui est capable de dompter le cheval fou qu’est le ministère des Transports », soutient celle fut la première élue au Québec à réclamer la tenue d’une commission d’enquête publique sur l’industrie de la construction. « Il y a lieu, pour la population, de s’inquiéter quand on dit qu’on va poursuivre une firme pour incompétence et qu’on lui donne un contrat », ajoute Sylvie Roy.


    Mais s’il n’y a pas d’action en justice qui a été entreprise, il n’y a pas non plus de sanction administrative qui a été imposée à CIMA+, Dessau et SNC-Lavalin. Cette dernière, qui refuse de faire des commentaires, était responsable au sein du consortium de la conception des travaux.


    Le 9 février dernier, le MTQ, qui connaissait au moins depuis deux mois les causes techniques de l’effondrement, a fait une évaluation de rendement insatisfaisant à l’égard du consortium. Les firmes ont alors proposé un plan d’action afin de modifier leurs « méthodes de travail, les outils de vérification des documents conceptuels et les procédures de surveillance des travaux », a indiqué hier le cabinet du ministre Moreau. Le 28 mars, le MTQ informait les firmes que le rapport négatif n’était pas maintenu « sur la base de leur engagement à réaliser le plan d’action soumis ».


    Depuis l’arrivée au pouvoir des libéraux de Jean Charest en 2003, aucune firme de génie-conseil n’a été sanctionnée. Au MTQ, une pénalité a des conséquences commerciales importantes pour une firme de génie : elle n’a plus accès aux contrats publics pour une période de deux ans.













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