Paralumes du tunnel Viger - Contrat de 30 millions aux firmes responsables de l’accident

Pendant que des experts cherchaient les causes de l’effondrement des paralumes dans le tunnel Viger de l’autoroute Ville-Marie, le ministère des Transports (MTQ) accordait un contrat de 30 millions aux firmes de génie-conseil qui ont été jugées responsables de l’accident sans être sanctionnées jusqu’à ce jour.

En effet, moins de trois mois après qu’un bloc de béton de 25 tonnes se fut écrasé sur la chaussée du tunnel Viger, entraînant avec lui des paralumes, le MTQ a confié au consortium SNC-Lavalin, CIMA+, Dessau le mandat de l’« accompagner […] dans sa démarche de maintien des structures de l’échangeur Turcot ». Comme l’indiquent les documents du MTQ en date du 17 octobre 2011, ce contrat estimé à 30 millions a été obtenu à la suite d’un appel d’offres public.


Les mêmes partenaires (qui apparaissent toutefois dans un ordre différent, soit CIMA+, Dessau, SNC-Lavalin) sont à l’origine de la conception « inappropriée » de la réfection du tunnel Viger. C’est la conclusion à laquelle sont arrivés les experts indépendants embauchés par le MTQ et que le ministre des Transports, Pierre Moreau, a rendue publique le 3 février dernier.


Au même moment, M. Moreau affirmait que la faute ne resterait pas impunie étant donné que « la vie des usagers du réseau » a été mise en jeu. Du coup, a-t-il assuré, des procédures judiciaires seront intentées contre les trois firmes de génie-conseil.


Mais voilà, comme le révélait hier Le Devoir, six mois après avoir pris connaissance du rapport des experts déposé le 16 décembre 2011, le gouvernement n’a entrepris aucune poursuite. Le ministère de la Justice est encore à évaluer les dommages directs résultant de l’accident ainsi que le coût des travaux d’urgence qu’il a nécessités.


C’est la vigilance de la députée Sylvie Roy, de la Coalition avenir Québec (CAQ), qui a permis de mettre le doigt sur ce qu’elle qualifie d’« incohérence ». « C’est l’histoire de menaces de poursuites qui se résument à des jappements de chihuahua. C’est de la pure hypocrisie parce qu’on a continué à faire ce qu’on a décrié sur la place publique », a déclaré hier au Devoir Mme Roy.


Sans ménagement, la députée caquiste pointe en direction du ministre Moreau qui se présente comme le défenseur de la transparence. Son arrivée aux Transports en septembre dernier, en remplacement de Sam Hamad, qui venait de recevoir sur son bureau le rapport de Jacques Duchesneau de l’Unité anticollusion et qui se montrait incapable de gérer la crise de confiance que l’effondrement avait provoquée dans la population, devait correspondre à un changement dans les façons de faire au MTQ, souligne avec une certaine ironie Mme Roy.


« Il n’y a personne qui est capable de dompter le cheval fou qu’est le ministère des Transports », soutient celle fut la première élue au Québec à réclamer la tenue d’une commission d’enquête publique sur l’industrie de la construction. « Il y a lieu, pour la population, de s’inquiéter quand on dit qu’on va poursuivre une firme pour incompétence et qu’on lui donne un contrat », ajoute Sylvie Roy.


Mais s’il n’y a pas d’action en justice qui a été entreprise, il n’y a pas non plus de sanction administrative qui a été imposée à CIMA+, Dessau et SNC-Lavalin. Cette dernière, qui refuse de faire des commentaires, était responsable au sein du consortium de la conception des travaux.


Le 9 février dernier, le MTQ, qui connaissait au moins depuis deux mois les causes techniques de l’effondrement, a fait une évaluation de rendement insatisfaisant à l’égard du consortium. Les firmes ont alors proposé un plan d’action afin de modifier leurs « méthodes de travail, les outils de vérification des documents conceptuels et les procédures de surveillance des travaux », a indiqué hier le cabinet du ministre Moreau. Le 28 mars, le MTQ informait les firmes que le rapport négatif n’était pas maintenu « sur la base de leur engagement à réaliser le plan d’action soumis ».


Depuis l’arrivée au pouvoir des libéraux de Jean Charest en 2003, aucune firme de génie-conseil n’a été sanctionnée. Au MTQ, une pénalité a des conséquences commerciales importantes pour une firme de génie : elle n’a plus accès aux contrats publics pour une période de deux ans.

65 commentaires
  • Bernard Gervais - Inscrit 28 juin 2012 00 h 48

    Indécence libérale !

    Troublant, indécent, révoltant, surtout quand on pense que cet effondrement aurait pu faire des victimes. Cependant, on voit bien que cela est secondaire pour les libéraux, obsédés d'abord comme on le sait par la caisse de leur parti !

    Et, après cela, Charest voudrait que l'électorat se scandalise d'abord de la participation de Mme Marois à une manifestation de casseroles !

    • Nicole Moreau - Inscrite 28 juin 2012 06 h 30

      tout à fait d'accord avec ce commentaire sensé.
      comment ne pas être troublée par une telle suite d'événement.
      on espère que la lumière et des actions sérieuses vont être prises rapidement sur ce type d'événement.
      quant à la publicité préélectorale, je ne saisis pas, moi non plus, comment les libéraux pensent que de s'associer à des citoyens qui manifestent leur mécontentement à l'égard du gouvernement pourrait être vu comme plus "grave" que leur inaction et, par voie de conséquence, leur manque de préoccupation à l'égard de la sécurité de nos concitoyens.

    • Richard Guillemette - Inscrit 28 juin 2012 11 h 00

      Moi-même, je ne suis pas allé manifester, je n'en ai pas le temps, mais je suis entièrement d’accord avec la manifestaton contre les mesures anti-démocratiques de John James Charest qui s’attaque à tous les Québécois par sa loi 78, loi qui fait partie de sa stratégie pré-électorale pour empêcher le peuple de descendre dans la rue et de dire :

      Charest, dégage!

  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 28 juin 2012 00 h 56

    On pourrait parler du financement des partis politiques, du financement du PLQ et de Union Montréal par la clique de la construction.

    Mais au delà de ça, c'est symptomatique d'un système pourri, qui serait supposé assurer notre sécurité, qui promet la justice dans des cas comme l'histoire des paralumes, mais qui permet à ceux qu'on identifie responsables de conception « inappropriée » de réavoir des contrats dans le même dossier.

    Parlons du financement du PLQ...

    Guillaume Blouin-Beaudoin

  • Christiane Dupont - Abonnée 28 juin 2012 02 h 29

    Et voilà!

    Une autre incongruité bien calculée que le gouvernement va essayer de nous passer en travers de la gorge, le tout payé à même les poches des contribuables imbéciles que nous sommes. Merci à deux femmes remarquables qui font leur boulot, alors que nos politiciens sont loins de faire le leur: Sylvie Roy et Kathleen Lévesque.

    Christiane Dupont, Montréal

    • Luc Falardeau - Abonné 28 juin 2012 08 h 56

      Le retard dans les poursuites légales apparaît astucieusement calculé... Cette tergiversation est une façon avide de s'assurer de la contribution des gens du consortium de firmes de génie-conseils à la prochaine campagne électorale du PLQ.

    • Carole Dionne - Inscrite 28 juin 2012 10 h 11

      C'est du libéral tout craché

      C'est comme dans le temps où je travillais au gouvernement du Québec, on disait souvent de nos lois: des grosses dents mais pas de mâchoires assez puissantes pour les prendre. Les gouvernements (incluant le PQ) font des lois pour impressionner la population mais y laissent toujours des trous pour leurs petits amis.

    • Richard Guillemette - Inscrit 28 juin 2012 11 h 34

      Oui, Mme Dupont, merci à nos journalistes, journalistes d’enquêtes qui sont sur la ligne de front.

      Merci à ces journalistes qui sont bien supérieurs à la police de Charest. Ce n’est pas sans raison qu’on a « stressé » Jacques Duchesneau pour qu’il quitte; les attaques venaient de toute part; il était trop efficace et ne se rangeait pas docilement.

      Pour revenir aux journalistes, nous n’aurions su que peu de choses, n’eut été de ceux-ci, ils méritent notre reconnaissance.

  • Raynald Collard - Abonné 28 juin 2012 04 h 21

    Les mains sur le volant?

    Le PLQ ne peut quand même pas fermer le pipeline qui nourrit sa caisse électorale, voyons!! Si je comprends bien, ce n'est plus tout à fait le MTQ qui a les mains sur le volant, mais les firmes elles-mêmes.
    Je serais bien curieux de connaître les raisons des coûts de dépassement de l'autoroute qui s'achève dans le parc des Laurentides entre Québec et le Saguenay. Je crois savoir que ça va voisiner le simple au double.

    • Daniel Houx - Inscrit 28 juin 2012 06 h 22

      En fait le MTQ a toujours les mains sur le volant mais comme ce sont les firmes qui fournissent l'essence pour faire avancer le véhicule le gouvernement a les mains liées sur ce volant.

      On voit où ça mène; directement dans le mur.

  • Jean Martin BOUDON - Inscrit 28 juin 2012 04 h 59

    On donne

    de l'argent sous forme de contrats,a une société responsable de l'accident??? Mais ou va - t-on?Qui sont ces responsables politiques qui acceptent une telle situation?C'est un scandale de plus...A quand des sanctions exemplaires et réelles?

    • Claude Lachance - Inscrite 28 juin 2012 08 h 13

      L'irresponsabilité du gouvernement qui joue de la vie des citoyens avec tant de désinvolture, mérite des sanctions, que la loi 78 s'applique à eux tous, qui gèrent l'État comme le ferait une poule sans tête. Pantoi(te)est la population devant tant de violence!!!

    • Jean-Guy Dagenais - Abonné 28 juin 2012 15 h 56

      Un autre ministre qui creuse sa tombe dans le cimetière des ministres libéraux !!