Pas de vacances pour la contestation

Québec a connu hier sa plus grosse manifestation depuis le début du conflit étudiant.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Québec a connu hier sa plus grosse manifestation depuis le début du conflit étudiant.

Journée de manifestations hier à Montréal et Québec. Les deux rassemblements dans la continuité du 22 mars ont réuni respectivement plusieurs dizaines de milliers de personnes, façon de montrer que la contestation peut encore se faire entendre en ce début de vacances scolaires.

Au pied du monument à Sir Macdonald, place du Canada à Montréal, des enfants, et leurs parents, s’entraînent au lancer de la boule de papier mâché sur une effigie grandeur nature de Jean Charest, grimé en clown. « Qui veut essayer ? », lance à la cantonade une animatrice chargée des munitions. Le ton est lancé, l’ambiance de cette quatrième grande manifestation du 22 sera résolument estivale et festive pour ce premier jour de l’été et des vacances scolaires, et ce, pour le plus grand bonheur des vendeurs de crème glacée.


À Montréal, alors que la température dépassait allégrement les 30 degrés Celsius, la foule avoisinait les 10000 à 15000 personnes, un résultat plus modeste que lors des précédentes marches du 22. Bien sûr, la mobilisation est moins forte, plus difficile en ce moment. Les étudiants travaillent et retournent dans leurs familles, reconnaît Camille Robert, coporte-parole de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), « mais on n’est pas vraiment inquiets, la mobilisation se transforme. Par exemple, les casseroles ont donné naissance à des assemblées de quartier ». Pour sa collègue Jeanne Reynolds, également coporte-parole de la CLASSE, « les manifestations ce n’est pas tout, elles font partie d’un ensemble de tactiques diverses qui se complètent. […] L’été sera peut-être aussi l’occasion de prendre de la distance, du recul, et de revenir avec de nouvelles idées. »

 

Rassemblement anti-Charest à Québec


À Québec, en revanche, de 5000 à 10 000 personnes ont arpenté les rues du centre-ville pour ce qui fut sans contredit la plus grosse manifestation depuis le début de la crise étudiante. « Aujourd’hui, le 22 juin, on a une mauvaise nouvelle, on est encore là », a lancé à la foule Gabriel Nadeau-Dubois de la CLASSE.


Les organisateurs avaient donné rendez-vous aux marcheurs à 14 heures. Leur stratégie : profiter de la Fête nationale pour mobiliser un maximum de gens. « On profite de la Saint-Jean-Baptiste et du 22, qui est une espèce de journée symbole, pour se rassembler et dire que ce gouvernement, on n’en veut plus », a résumé le porte-parole Hugo B. Lafrenière.


Dans la foule, les drapeaux du Québec côtoyaient les carrés rouges et les pancartes contre les gaz de schiste, mais les cibles les plus courantes restaient Jean Charest et le maire de Québec, Régis Labeaume. Le règlement que ce dernier a fait voter cette semaine pour encadrer les manifestations n’est en effet pas passé inaperçu.


À Montréal, c’est à 15 heures que les manifestants ont entamé leur marche le long du boulevard René-Lévesque. Le chanteur Yann Perreau, qui prenait part à sa quinzième manifestation, s’est dit heureux de voir le mouvement continuer. « C’est normal que la fréquentation baisse après tout ce temps, mais ça ne veut pas dire qu’on est moins enragés, moins indignés. […] Maintenant, il va y avoir le défilé de la Fête nationale un peu partout au Québec, et c’est là que les silencieux vont sortir. »


À 16 h 30, après avoir remonté l’avenue du Parc, les manifestants ont fait halte au parc Jeanne-Mance. C’est ensuite un cortège réduit à plusieurs milliers de personnes qui a repris sa route le long de l’avenue Mont-Royal. Après plusieurs barrages pour empêcher les manifestants de descendre vers le sud, le Service de police de la Ville de Montréal a finalement déclaré la fin de la manifestation peu après 18 heures.

 

Itinéraire connu à Québec


À Québec, malgré quelques épisodes de tension avec les policiers en fin de parcours, la manifestation s’est terminée sans incidents vers 18 h 30.


Les tensions sont apparues quand certains manifestants ont bifurqué du trajet prévu dans le quartier Saint-Roch. Cette semaine, certains militants avaient dénoncé la décision des organisateurs de donner l’itinéraire à la police. « Pour rassembler, faire une mobilisation large, il faut donner le trajet », s’est défendu M. Lafrenière. « On a composé avec les partenaires qu’on avait. Les syndicats, les partis politiques, c’est tous des partenaires qui exigent qu’on donne le trajet. Nous, on juge que c’est plus important qu’il y ait beaucoup de personnes qui viennent que le fameux débat du trajet.»


Le Parti québécois, Option nationale et Québec solidaire ont tous participé à l’événement. La Fédération des travailleurs du Québec et la Centrale des syndicats nationaux avaient aussi lancé un appel à la mobilisation auprès de leurs membres. Enfin, les leaders des principales associations étudiantes, à l’exception de la FEUQ, étaient également présents.


À Montréal, la présence inhabituelle de deux associations de collecte de fonds a permis de mettre en lumière un aspect peu connu de la contestation. En effet, après 130 jours de contestation, c’est désormais le volet financier qui pâtit de la longévité du conflit, comme en témoignait la présence, hier, des organismes Je donne à nous et les bénévoles qui recueillaient des « Juri Dons » pour la Clinique juridique Juripop.


« La grève est longue et elle génère des coûts énormes pour la location des autobus qui transportent les gens vers les manifestations, la contestation de la loi 78 et la responsabilité de la CLASSE de venir en aide aux personnes dans leurs actions juridiques », a rappelé Camille Robert.

47 commentaires
  • Viviane Blais - Inscrite 23 juin 2012 02 h 56

    Les chefs de Québec solidaire étaient absents?

    Mais je me suis retrouvée juste à côté de Françoise David et d'Amir Khadir, qui jasaient avec les manifestants à la Place du Canada, au début de l'événement à Montréal!

    • Catherine Brunelle - Inscrite 25 juin 2012 05 h 13

      Idem, j'ai vu Françoise David durant la marche.

  • Louis Gagnon - Inscrit 23 juin 2012 05 h 51

    Alors monsieur Gagnon, que pensez-vous de cette manifestation?

    Je crois que ça montre qu'une assez importante partie de la population est insatisfaite de la gestion faite par les gens de pouvoir dans notre société. Aujourd'hui, j'ai remarqué des pancartes non seulement associées au mouvement étudiant, mais aussi dénonçant d'autres problèmes de notre système politique et d'autres scandales récents. Il me semble que l'avoir, bien que plus grand que jamais, est géré par peu de personnes.

    Les gestionnaires de la société, les politiciens, ne comprennent pas, une fois le pouvoir en main, les besoins réels d'un peuple. Si on veut une société juste, il leur faut être transparents, éviter le théâtre, et surtout, débattre avec tout le monde de ce qui est une bonne décision, en étant prêt dès le départ à accepter de changer de point de vue, cela est d'ailleurs la base même d'un débat. Ici, j'ai l'impression que les élus se le croient par dieu, comme si le fait qu'on avait voté pour eux signifiait qu'ils étaient les meilleurs, les êtres choisis. Pourtant, pour moi un élu n'est que quelqu'un qu'on choisit pour représenter le peuple et prendre des décisions dans l'intérêt de tous. Il suffit d'être capable de raisonner et d'être intègre pour être capable de faire cette tâche justement.

    Merci.

    • RONALD LESAGE - Inscrit 23 juin 2012 18 h 35

      Et cette importante partie de la population est satisfaite de perturber le sommeil des nouveaux nés , des travailleurs de nuit et des malades alités qui n'ont pas d'air climatisé .

    • Catherine Brunelle - Inscrite 25 juin 2012 05 h 23

      @RONALD LESAGE

      Un petit morceau de violon avec ça? Nous qui étions présents à cette marche nous mobilisons pour offrir un meilleur avenir à tous, même à ceux qui comme vous avez une pensée aussi individualiste.

      Je dors le jour et pourtant je me suis levée pour aller manifester, les autres journées je me fais souvent réveiller par le bruit des autos, de la construction, des enfants qui jouent dehors, ça fait partie de la réalité de dormir le jour, je n'en fais pas tout un plat!

  • Jean Brunet - Inscrit 23 juin 2012 07 h 04

    Ais-je bien entendu et compris GND plus d'élection la rue après 2012?

    • andré Frigon - Abonné 23 juin 2012 14 h 35

      C'est ce que méritteraient Harper Htl et J.J. Charest

  • Michel Lebel - Abonné 23 juin 2012 07 h 12

    Les vacances!

    Il me semble que le message des étudiants grévistes été entendu! À satiété! L'"écoeurantite" a atteint bien des Québécois! Les droits au calme et au silence ne sont-ils pas aussi des droits nécesaires! À la longue, tout ceci devient un peu ridicule et se transforme en party d'été! "L'été, c'est les vacances" comme le chantait jadis un certain Pierre Lalonde!

    • Alexandre Leduc - Inscrit 23 juin 2012 10 h 58

      Je viens de lire la charte et il semble que les droits au calme et au silence n'en fasse pas partie.

    • Christophe Bourassa - Inscrit 23 juin 2012 16 h 42

      Le message a été entendu, c'est clair. Mais a-t-il été compris? C'est plus sa la question. Il ne sufffi pas de seulement l'entendre, il faut pouvoir en tirer des conclusions et progresser pour le mieux

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 23 juin 2012 18 h 50

      De toute façon, les manifestations n'empêchent pas de jouir du calme et du silence. En ce qui me concerne, au moment de la manifestation, j'étais loin de l'endroit où ça se passait, de sorte que je n'ai pas entendu les manifestants.

    • France Sevillano - Inscrite 23 juin 2012 20 h 25

      Premièrement je ne suis pas étudiante et je vais manifester encore. Le 2/3 des manifestants hier n'étaient pas des étudiants, j'y étais. Deuxièmement, prenez vous-en à la source du problème qui est un gouvernement inaproprié.

    • M b - Inscrit 23 juin 2012 21 h 09

      Il faut tout lire et comprendre.

      Voila:

      Maintien des autres droits et libertés

      26. Le fait que la présente charte garantit certains droits et libertés ne constitue pas une négation des autres droits ou libertés qui existent au Canada.

      Alors, plus claire, impossible ....

  • Francine Gélinas - Inscrite 23 juin 2012 08 h 12

    10000???

    Me semble avoir entendu 100 000 pour Montréal?

    • Tommy Saucier-Plourde - Inscrit 23 juin 2012 11 h 04

      Je penses qu'on était beaucoup plus que 10000 à Québec également...

    • François Dugal - Inscrit 24 juin 2012 07 h 46

      Je participais à la manif de vendredi à Montréal et le chiffre de 40 000 manifestants me demble tout à fait réaliste.

    • Catherine Brunelle - Inscrite 25 juin 2012 05 h 33

      Les chiffres des médias semblent toujours estimer très en bas de la réalité, c'est frustrant.

      J'étais à celle de mtl, au milieu environ et quand on a monté la côte avenue du parc je voyais la rue bondée à perte de vue autant en avant qu'en arrière. Il y avait moins de monde que le 22 mai, mais tout de même au moins 100 000 selon moi. (D'ailleurs le 22 mai on devait être entre 20 000 et 300 000 et les journaux avaient traitreusement titré "quelques dizaines de milliers de manifestants")