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La commission Charbonneau va bulldozer les patroneux, dit Duchesneau

23 juin 2012 | Kathleen Lévesque | Québec




Le dossier du Devoir
sur la Commission Charbonneau
La commission Charbonneau, c’est ni plus ni moins une « bouée de sauvetage » pour dépêtrer le Québec et mettre fin à une promiscuité malsaine entre le monde politique et l’univers lucratif des contrats publics, a soutenu hier Jacques Duchesneau en entrevue au Devoir.

Après avoir pointé le financement occulte des partis politiques comme étant d’une « ampleur insoupçonnée » dans l’« univers clandestin » qu’il décrit dans son rapport de l’Unité anticollusion (UAC) du ministère des Transports, Jacques Duchesneau souhaite maintenant que des organisateurs politiques, collecteurs de fonds et autres idéateurs de la double comptabilité et porteurs de valises se manifestent dans un élan d’intégrité. Et si cette raison ne suffit pas, Jacques Duchesneau ajoute : « La commissaire Charbonneau est déterminée et la commission, c’est un bulldozer qui va les coincer. Il vaudrait mieux que ces gens-là, tous ces patroneux, prennent les devants ! »


Après avoir témoigné pendant six jours devant la Commission sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction, Jacques Duchesneau est plus convaincu que jamais qu’« il faut faire place nette ». « La commission Charbonneau, c’est une bouée de sauvetage », assure-t-il.


« Les gens doivent avoir assez confiance pour s’avancer et témoigner de ce qu’ils savent du financement des partis politiques. On ne peut pas juste se dire que ç’a toujours marché comme ça », insiste-t-il.


M. Duchesneau a semé l’émoi lorsqu’il a déclaré plus tôt cette semaine devant la commission Charbonneau que le Québec était « devant une culture éhontée et généralisée de pots-de-vin et de corruption », que des « combines » permettent aux partis politiques tant provinciaux que municipaux d’amasser de l’argent « sale » correspondant à 70 % de tous les fonds récoltés. Les critiques n’ont pas tardé. Le Parti québécois a même entrepris de mitrailler Jacques Duchesneau, remettant en question sa crédibilité par l’intermédiaire de son avocate, Me Estelle Tremblay.


Le PQ a-t-il des raisons d’avoir peur ? Et les libéraux de Jean Charest, et Union Montréal, et le PRO des Lavallois ? Bien malin qui pourrait lui soutirer une réponse. Il mesure ses paroles. Son avocat lui a fait des recommandations avant la rencontre ; il ne s’en cache pas.


Il réfléchit et cherche à aller le plus loin possible et pointe de l’autre côté : les firmes de génie-conseil, les cabinets d’avocats et les firmes de comptables sont au coeur de ce système, selon M. Duchesneau. Lesquelles ? Jacques Duchesneau prend un air désolé, mais se tient coi.


Ce deuxième rapport qu’il qualifie de bénévole, il se garde de nous le dévoiler. Mais il a des noms, des détails, des chiffres. Les treize personnes rencontrées dont il obtenu les confessions sont identifiées par un code, question de ne pas les mettre en danger, affirme-il. Mais n’est-ce pas que de la théorie ou même du flou ? La commission Charbonneau a une copie du document et des enquêteurs ont déjà rencontré deux des témoins, souligne-t-il.


Son rapport s’intitule Le financement illégal des partis politiques : un système hypocrite où l’influence est à louer et où les décisions sont à vendre, un titre qui résume tout, selon lui. Il y est question de prête-noms, d’élections clés en main, de double comptabilité, des concepts de « push » et de « pull ».


Pour Jacques Duchesneau, l’époque où Maurice Duplessis réclamait des entrepreneurs une contribution généreuse à la caisse de l’Union nationale pour obtenir un contrat n’est pas de l’histoire ancienne. L’argent comptant qui circule et qui fait que certains partis peinent à fermer leur coffre-fort, tant les billets débordent, ce n’est pas une lubie, insiste-t-il. « Pour le reste, attendez de voir à l’automne », laisse-t-il tomber, faisant ainsi référence à la reprise des travaux de la commission Charbonneau, prévue le 17 septembre.

 

Contrer la collusion à Montréal


Si Jacques Duchesneau a enquêté bénévolement après avoir quitté l’UAC, il avait également été sollicité pour faire ce genre de travail avant même que le gouvernement ne fasse appel à ses services.


Le 30 juin 2009, alors que l’administration de Gérald Tremblay subit les foudres des médias qui multiplient les révélations scandaleuses, le maire de Montréal téléphone à M. Duchesneau. « Gérald était dans tous ses états. Il m’a demandé si j’avais des idées pour régler le problème. Je lui dis que oui, mais je lui ai aussi demandé s’il était prêt à les entendre », raconte M. Duchesneau.


Les deux hommes se rencontrent le 2 juillet. Jacques Duchesneau n’en conserve pas un très bon souvenir et a l’impression, encore aujourd’hui, d’avoir été « trahi » et même « piégé ». « Il m’a fait parler. Il voulait que j’identifie les personnes qui posaient problème, dans son entourage et en périphérie. C’est ce que j’ai fait », se souvient M. Duchesneau, qui a dirigé à une autre époque le service de police de Montréal. Il n’y aura aucune suite.


Dans les mois suivants, en pleine campagne électorale, Gérald Tremblay, accorde une entrevue au Devoir et parle du climat de peur à Montréal et de ses craintes personnelles pour sa famille. Trois ans plus tard, il est toujours en poste.


Quant à Jacques Duchesneau, il tire sa révérence. Bien sûr, il demeure à la disposition de la commission Charbonneau, mais son tour de piste est complété. « J’ai fait ce que j’avais à faire. Ma contribution est maintenant terminée », soutient-il.


Pourtant, dans la population, on le réclame, et surtout, on le croit. Il suffit de voir comment les passants l’abordent sur le trottoir.


Au moment de se rendre à la présente entrevue, M. Duchesneau était dans sa voiture et malgré tout assailli par ceux qui le reconnaissaient. « Merci, M. Duchesneau. Continuez », lui a dit un homme en lui serrant la main à travers la vitre baissée. Et lorsque Le Devoir s’est approché, un autre homme visiblement très ému d’avoir rencontré Jacques Duchesneau s’est tourné vers la journaliste et lui a dit : « Vous vous rendez compte ? M. Duchesneau, c’est lui ! »

 
 
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