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    Un cinquième libéral dans la mire de l’UPAC

    22 juin 2012 |Kathleen Lévesque | Québec
    Hier, le commissaire de l’UPAC, Robert Lafrenière, notait que l’opération « Grattoir » menée à Saint-Jean-sur-Richelieu et les environs laissait entrevoir un certain mode de fonctionnement pour profiter des contrats publics qui pourrait avoir des ramifications plus larges.
    Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Hier, le commissaire de l’UPAC, Robert Lafrenière, notait que l’opération « Grattoir » menée à Saint-Jean-sur-Richelieu et les environs laissait entrevoir un certain mode de fonctionnement pour profiter des contrats publics qui pourrait avoir des ramifications plus larges.
    Une nouvelle série d’arrestations menées hier par l’Unité permanente anticorruption (UPAC) braque les projecteurs sur un entrepreneur en construction de Saint-Jean-sur-Richelieu qui fait également de l’organisation politique pour les libéraux de Jean Charest. Il s’agit d’un cinquième libéral notoire, organisateur, collecteur de fonds ou ancien conseiller politique, à être plongé dans des dossiers criminels.

    Hier, Gaëtan Paradis, propriétaire de l’entreprise Construction GCP dont le site Internet souligne que l’entreprise « redéfinit l’appellation d’entrepreneur général », a été arrêté et accusé de collusion. En effet, il aurait conclu une entente avec d’autres entrepreneurs afin de faire augmenter le prix de contrats publics et d’éliminer la concurrence. La fraude atteindrait 1 million de dollars aux dépens de la Ville de Saint-Jean-sur-Richelieu et des municipalités de Carignan, Henryville et Lacolle.


    Selon l’hebdomadaire Le Canada français, M. Paradis n’est pas seulement un homme d’affaires. Il met la main à la pâte lors des batailles électorales. Ce fut notamment le cas en 2003 lors de l’accession au pouvoir de Jean Charest. Le 18 juin 2003, Le Canada français rapportait que M. Paradis avait organisé, quelques jours plus tôt, une soirée privée de financement à sa résidence où le nouveau premier ministre s’est rendu. M. Paradis se réjouissait alors de l’événement, le deuxième du genre qu’il orchestrait et auquel Jean Charest participait.


    Le maire de Saint-Jean-sur-Richelieu, Gilles Dolbec, qui avait été candidat libéral défait en 1998, s’est également rendu à cette soirée de financement. Dans l’article de 2003, le maire Dolbec déclarait que l’événement avait permis de sensibiliser M. Charest à certaines priorités régionales, dont le parachèvement de l’autoroute 35.


    En avril dernier, l’UPAC procédait à des arrestations liées au dossier de fraude et de corruption dans la région de Mascouche. Un pilier du Parti libéral du Québec, Louis-Georges Boudreault, a alors été arrêté et accusé d’abus de confiance et de participation à une infraction. M. Boudreault agit comme organisateur et collecteur de fonds pour le PLQ et de nombreux partis municipaux. Sa feuille de route compte 50 ans de loyaux services. Son « engagement exceptionnel » a d’ailleurs été couronné par M. Charest en 2010.


    En mai dernier, l’UPAC a mis la main au collet de l’entrepreneur Normand Trudel, propriétaire de Transport et Excavation Mascouche, qui fait face à six chefs d’accusation pour avoir faussé l’octroi de contrats publics. Au printemps 2008, quelques mois avant la tenue de l’élection générale qui a donné un troisième mandat à Jean Charest, Normand Trudel a organisé un cocktail de financement pour le PLQ. Jean Charest était l’invité d’honneur de l’événement, qui s’est déroulé à la résidence de M. Trudel et qui a permis d’amasser 100 000 $ pour le trésor de guerre libéral.


    Outre ces trois partisans bénévoles, l’UPAC a également arrêté le mois dernier Bernard Trépanier relativement au dossier du Faubourg Contrecoeur. M. Trépanier est surnommé Monsieur 3 % parce qu’il aurait empoché au nom du parti du maire Gérald Tremblay, Union Montréal, une commission de 3 % sur les contrats accordés par la Ville de Montréal. Bernard Trépanier était responsable du financement d’Union Montréal au moment des faits reprochés. Il est accusé notamment de fraude et de complot.


    Dans le même dossier, l’UPAC a arrêté Martial Fillion, qui dirigeait la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM). M. Fillion a travaillé aux côtés de Robert Bourassa et a dirigé le cabinet du ministre Claude Ryan lorsque ce dernier était aux Affaires municipales et à la Sécurité publique. Par la suite, M. Fillion a rejoint son ami Gérald Tremblay afin de l’aider à se hisser dans le fauteuil du maire de Montréal. M. Fillion a participé à la rédaction du premier programme politique du parti d’Union Montréal (à l’époque, l’Union des citoyens et des citoyennes de l’île de Montréal). Il a aussi contribué à convaincre les maires de banlieue, dont le maire de Saint-Léonard, Frank Zampino, de se joindre à cette nouvelle équipe. M. Zampino aura été le bras droit de Gérald Tremblay pendant sept ans. Il est aujourd’hui accusé de fraude pour sa participation présumée dans le scandale de Contrecoeur.


    Modus operandi


    Ce portrait qui écorche les libéraux ne tient pas compte des contributeurs à la caisse électorale du PLQ au nombre des personnes arrêtées par l’UPAC (ou, précédemment, par son escouade Marteau) depuis 2011. C’est notamment le cas de la vice-présidente de la firme de génie-conseil Roche, France Michaud, qui aurait participé à un système de corruption pour l’octroi de contrats à la Ville de Boisbriand. Mme Michaud a versé près de 12 000 $ au PLQ entre 1998 et 2009. Lino Zambito et son père, Giuseppe, de la compagnie Infrabec, ont contribué, avec leurs conjointes, à la caisse libérale pour quelque 43 000 $ depuis la fin des années 1990. Les convictions libérales sont également présentes chez Paolo Catania, dont la firme Catania est visée dans le scandale Contrecoeur.


    Hier, le commissaire de l’UPAC, Robert Lafrenière, notait que l’opération « Grattoir » menée à Saint-Jean-sur-Richelieu et les environs laissait entrevoir un certain mode de fonctionnement pour profiter des contrats publics qui pourrait avoir des ramifications plus larges. « Plusieurs enquêtes sont en cours », a dit M. Lafrenière, avant d’ajouter : « On a de l’eau au moulin. »


    À Saint-Jean-sur-Richelieu, c’est un réseau de collusion qui a été démantelé par l’UPAC en collaboration avec le Bureau de la concurrence du Canada (BCC) : 77 chefs d’accusations sont portés contre 11 personnes et 9 entreprises.


    Deux fonctionnaires de Saint-Jean-sur-Richelieu, l’ingénieur Thierry Garcia et Jacques Vallières, qui compte plus de 30 ans de service à la municipalité, auraient fourni des informations à des entrepreneurs de la région lors du lancement d’appels d’offres publics. En échange, les deux hommes auraient reçu de « multiples cadeaux », dont des travaux de terrassement, des billets pour divers spectacles et des repas au restaurant.


    Le directeur général de la Ville, Daniel Desroches, a ouvert hier une enquête administrative sur le travail des deux employés cadres qui pourraient être suspendus avec salaire durant les procédures. « On prend ça très au sérieux », a affirmé M. Desroches, qui assure n’avoir jamais été alerté.


    Le chef de cabinet du maire Dolbec, Sylvain Latour, a reconnu que tout cela n’était pas très bon pour l’image de Saint-Jean-sur-Richelieu. Il a également dit n’avoir aucune raison de croire que des élus pourraient avoir été impliqués dans ce cartel. De son côté, la police s’est bornée à dire qu’« au moment où on se parle », il n’en est pas question. On ajoute toutefois que des informations supplémentaires pourraient ressortir des interrogatoires des personnes arrêtées.


    Les neuf personnes ont été relâchées au cours de la journée et devront comparaître devant le tribunal le 7 septembre prochain.

     

    Contrats de 20 millions


    Huit contrats totalisant quelque 20 millions de dollars sont à l’origine de l’enquête policière. Les contrats concernaient notamment les usines de filtration et de pompage de Saint-Jean-sur-Richelieu, l’usine d’eau potable de Carignan, le réseau d’aqueduc de Lacolle, ainsi que la réfection des infrastructures routières à Henryville. L’UPAC et le BCC estiment que la collusion des entreprises, dont Carrière Bernier, CIV-BEC et P. Baillargeon, aurait entraîné des coûts supplémentaires de 25 à 30 % de plus que prévu. La police soutient toutefois n’avoir suffisamment de preuves que pour une somme de 1 million.


    Il est allégué que les entrepreneurs s’entendaient entre eux pour éliminer la concurrence (à force de menaces ou de cadeaux) et ainsi faire grimper leurs profits. Les faits se seraient déroulés entre 2007 et 2010.













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