«Mme Marois, c’est la rue», lance Charest
Le PQ soutient avoir « démasqué » le premier ministre et sa « politique du pire »
Mais, selon M. Bédard, le premier ministre est « démasqué », et l’extrait d’un diaporama électronique obtenu par le PQ prouve son intention. M. Bédard en a exhibé en chambre une page, hier, où on peut lire : « Qui est le plus compétent pour gérer l’économie dans une période de très grande incertitude économique ? Jean Charest et l’équipe libérale avec le Plan Nord et la création d’emplois ? Pauline Marois avec un référendum et la rue ? »
Cette alternative se trouvait coiffée du titre anglais « Ballot question », littéralement « question du bulletin de vote ». Le PQ y voit donc un résumé du prochain discours de campagne de Jean Charest. Il s’agit, a soutenu M. Bédard, « d’associer le Parti québécois au désordre. Mais, pour ce faire, il faut maintenir le chaos, […] ça prend des gens dans la rue parce que, […] s’il n’y a plus personne dans la rue, il n’y a plus de stratégie électorale ! »
Pauline Marois a dénoncé une stratégie « non seulement inefficace et coûteuse, mais […] dangereuse pour le Québec ». Il faut « voir les tensions, la hargne que cela génère dans la société », a-t-elle illustré.
Le premier ministre a qualifié cette interprétation de « vraiment surréaliste », en soulignant que c’est le PQ qui a « porté le carré rouge » et refusé d’inciter les étudiants à rentrer en classe, donc qui a contribué à perpétuer la crise.
Rencontre annuelle
Au sortir de la période des questions, Jean Charest a confirmé l’authenticité du document dévoilé par l’opposition : « Lisez la feuille comme il faut, vous allez voir le choix », a-t-il dit. Puis, il a lancé : « Mme Marois, c’est la rue. » Son bureau a expliqué que le diaporama avait effectivement servi à une présentation du premier ministre, la semaine dernière, au Palais Montcalm, à Québec, devant « plusieurs centaines » de membres des cabinets politiques et de bureaux de députés libéraux. Il ne s’agissait pas d’une réunion secrète ni spécifiquement d’une rencontre de préparation électorale, a affirmé l’attaché de presse, Hugo D’Amours. Pas de « Power Point-gate », donc : « Tous les ans depuis 2003, on organise ce type de rassemblement », a-t-il dit. Pour faire le point « sur ce que le gouvernement a fait au cours des dernières semaines, des derniers mois, pour leur parler surtout d’où l’on s’en va ».
M. D’Amours fait valoir que le premier ministre présente l’alternative indiquée sur la diapositive depuis des mois aux Québécois. Le 16 février, par exemple, il lançait à Mme Marois : « J’ai des mauvaises nouvelles pour vous : les Québécois feront le choix entre des référendums d’initiative populaire puis le Plan Nord. Je vous garantis une affaire, ils vont choisir le Plan Nord ! »
Pour la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, la crise étudiante n’a pas été ciblée comme telle par les stratèges libéraux, mais, puisqu’elle fait « partie du vécu » des Québécois, on ne peut en « faire abstraction ». Ainsi, « peu importe quand seront les élections, les citoyens vont se poser ces questions-là ». Et l’expression « ballot question » ? M. D’Amours soutient qu’il s’agit de mettre en relief ce qui « nous distingue de nos adversaires », sans ajouter de détail.
En fait, la théorie du « ballot question » est très courante en stratégie politique dans l’anglophonie. L’ancien stratège conservateur de Brian Mulroney, Geoff Norquay, écrivait en juin 2011, dans Options politiques que la « ballot question » doit faire l’objet d’un grand soin et que le chef politique doit commencer à la marteler bien avant le début des élections. Elle doit être simple, flexible, imagée, controversée.
Pour Éric Caire, député de la Coalition avenir Québec, Jean Charest devrait s’inquiéter de voir qu’un document comme le diaporama de la conférence a été refilé au PQ : « Ça commence à sonner le glas pour le chef du Parti libéral, là. […] C’est du jamais vu, là. » Il y décèle des « fissures dans les murs » de la « solidité et de la solidarité de l’ensemble de la famille libérale ».
Par ailleurs, le PQ a aussi qualifié de « propagande libérale » les dépenses publicitaires du gouvernement dans la crise étudiante : « Non seulement le gouvernement inonde les médias écrits, mais il inonde les postes de radio, il inonde les postes de télé à heure de grande écoute, même pendant le Grand Prix de formule 1, dimanche dernier », s’est indigné le péquiste Bertrand Saint-Arnaud, hier, avant de demander combien a coûté « cette orgie de publicité gouvernementale. C’est honteux ! »
Le leader parlementaire, Jean-Marc Fournier, a répondu : « Pourquoi ils trouvent ça honteux ? Parce qu’eux ne veulent pas qu’on parle du fond des choses, qu’on explique aux Québécois quelle est la vérité dans ce dossier ! » Michelle Courchesne a ajouté que, souvent, l’information en ce domaine est complexe et technique, « et c’est important que les étudiants et leurs parents sachent ce que le gouvernement a mis en place pour s’assurer de l’accessibilité aux études supérieures ». La ministre a toutefois refusé de dévoiler le coût des publicités.








