Commission Charbonneau - Que d’obstacles…
La commission d'enquête sur l'industrie de la construction, un dossier du Devoir Nul besoin d’une longue analyse pour comprendre que ce célèbre policier fut d’abord nommé à la tête d’une nouvelle unité anticollusion au sein du ministère des Transports (MTQ) pour servir de faire-valoir au gouvernement. Ni pouvoirs, ni budget, ni bureaux, ni ordinateurs, ni voiture : c’était la recette parfaite pour paralyser la nouvelle unité. Ne restait que l’esbroufe de l’annonce.
À quoi s’ajoutait cette insultante déclaration sous serment que M. Duchesneau fut invité à signer, jurant que, non, il n’avait pas de lien avec la mafia et qu’il n’avait pas failli à la loi lorsqu’il s’était présenté à la mairie de Montréal en 1998.
Il a tourné les talons, dit qu’il signerait ce genre de document quand tous les ministres en feraient autant. On l’a gardé, mais le ton était donné. Même sans argent et sans pouvoir, cet homme-là ne serait pas facile à contrôler ! Cela nous a valu le spectaculaire rapport Duchesneau que la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction doit maintenant examiner en détail.
La mise en contexte de M. Duchesneau a toutefois son importance. Elle nous fait à nouveau voir un scénario devenu habituel du côté gouvernemental. Celui de faire croire qu’on resserre les contrôles en mettant en place des normes ou des structures, mais en s’arrangeant pour que cela n’ait pas ou peu d’impact.
Des exemples ? Rappelons ces politiques de gestion contractuelle que les villes ont dû adopter pour encadrer le lobbyisme et qui ne sont pas appliquées, comme le révélait récemment Le Devoir. On peut aussi citer d’autres témoignages, révélateurs, entendus à la commission Charbonneau.
Hier matin, on a ainsi appris que le MTQ interdit qu’une entreprise puisse, par la voie de firmes affiliées, à la fois concevoir des travaux et construire ou surveiller le même chantier. Mais n’est considérée affiliée que l’entreprise détenue à au moins 50 % par la firme principale ; à 40 %, aucun problème !
Même chose pour les nouvelles règles d’attribution des contrats du MTQ : à quoi cela sert-il si le nom des membres des comités de sélection est fourni, à leur demande, aux firmes de génie (qui refusent de surcroît d’obéir à la Loi sur le lobbyisme !).
On sauve les apparences pour satisfaire l’électorat, qui ne s’arrête pas à ce genre de détails. Et les affaires continuent. Sauf quand des gens se rebiffent. D’où le rapport Duchesneau.







