Violence et carrés rouges - Les artistes indignés par la ministre St-Pierre

En colère, quelque 2600 acteurs du milieu culturel, dans une fronde sans précédent, ont exigé des excuses publiques de la ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre, pour ses propos associant tous ceux qui portent le carré rouge à la violence. La ministre a refusé de présenter ses excuses hier.

Dans une lettre publiée sur le site Web du Devoir, ces milliers d’artistes, comédiens, metteurs en scène, cinéastes, écrivains, professeurs de cégeps et d’université, journalistes culturels et autres membres de la communauté artistique s’indignent des « propos démagogiques » tenus par Christine St-Pierre à la suite du refus de Fred Pellerin de recevoir, vendredi, le titre de chevalier de l’Ordre national du Québec. Dans une lettre envoyée à l’institution, le conteur avait invoqué la crise sociale actuelle pour justifier sa décision. La ministre a alors affirmé que le conteur avait le droit de porter le carré rouge, « mais nous, on sait ce que ça veut dire le carré rouge, ça veut dire l’intimidation, la violence ».


Les signataires qualifient de « propagande » cette généralisation. « Vous n’êtes pas sans savoir que la grande majorité des acteurs du milieu culturel arborent fièrement le carré rouge », écrivent-ils, ajoutant qu’une « ministre de la Culture ne peut se permettre de mépriser les artistes ».


« Si votre objectif, en stigmatisant la violence associée au mouvement étudiant, est de vous faire du capital politique, nous tenons à vous rappeler que ce genre de stratagème éveille ce qu’il y a de plus boueux dans les consciences », poursuivent-ils. Accusant la ministre de vouloir rabaisser le débat, les signataires soulignent que les voix qui s’opposent à la vision gouvernementale « constituent le terrain fertile de la culture humaniste et viennent précisément de ce pan de la société qui oppose une culture humaniste à cette culture d’entreprise qui violente la libre pensée ».


« Si le seul argument que vous décidez d’opposer à ce schisme idéologique profond est le recours à la peur pour justifier la nécessité du maintien de l’ordre, nous tenons à vous rappeler que ce flirt est extrêmement dangereux, et que dresser les vieux épouvantails de la peur au service de l’ordre rappelle de très mauvais souvenirs d’une histoire pas trop lointaine », dénoncent-ils.


La violence, elle s’incarne dans « un corps policier qui multiplie les gestes de brutalité envers des manifestants pacifiques », elle est « celle de vos mots menteurs et méprisants », lancent les artistes.


Parmi les signataires, on retrouve des comédiens comme Céline Bonnier, Sylvie Drapeau et Normand Chouinard, des metteurs en scène comme Brigitte Haentjens, Martin Faucher, Olivier Reichenbach et Dominic Champagne, des cinéastes comme Léa Pool et Hugo Latulippe, des chanteurs comme Pierre Lapointe et Martin Léon, des écrivains comme Marie-Claire Blais, Michel Tremblay et Élise Turcotte ainsi que des critiques et journalistes culturels, entre autres Odile Tremblay, du Devoir.

 

La ministre précise sa pensée


Lors de la période de questions à l’Assemblée nationale, Christine St-Pierre, pressée par l’opposition officielle, a refusé de s’excuser ; elle a plutôt choisi d’en rajouter dans le but de préciser sa pensée. « Nous avons tous vu qu’il y a eu des manifestations d’étudiants qui, parfois, ont conduit à des scènes tout à fait disgracieuses, des scènes d’intimidation, des scènes dont les médias ont été témoins et des images qui ont été rapportées sur tous les écrans de télévision. Ces façons de faire sont inadmissibles et c’est ce que j’ai voulu exprimer lorsque j’ai parlé du carré rouge. »


« Dans une société libre et démocratique, nous devons nous dissocier de la violence, nous devons nous dissocier des scènes que nous avons vues dans le métro de Montréal », a réitéré la ministre. Pour ne pas être en reste, le leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, a parlé de « bidons d’essence sur les perrons des domiciles » et d’« enveloppes » contenant une poudre blanche.


« Comment peut-on associer Fred Pellerin à des bidons d’essence », s’est insurgé son homologue péquiste, Stéphane Bédard. « Donc, tous ceux qui portent le carré rouge appuient la violence et l’intimidation. C’est gros, c’est énorme, c’est stupide, c’est trop. C’est comme dire que tous les membres du PLQ se promènent avec la carte de crédit corporative d’un donateur du parti. »


À la toute fin de la période de questions, Jean-Marc Fournier a semblé vouloir s’excuser à la place de sa collègue. « Si les artistes sont lésés, nous devons nous excuser », a-t-il dit. Renseignements pris à son cabinet, ce n’était aucunement son intention.


Ce texte a été modifié après publication.

127 commentaires
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 13 juin 2012 00 h 35

    Que dire de plus ?

    Les libéraux ont perdu le nord. Quand on en est à sacrifier sa base on est mal pris.

    • Claude Lachance - Inscrite 13 juin 2012 08 h 03

      Quand on mine sa base,...? devinez ce qui va arriver?

  • Guillaume Girard - Inscrit 13 juin 2012 00 h 51

    La Ministre a besoin de repos...

    La Ministre est soit complètement déconnectée de la réalité, soit elle fait de la basse politique!

    Quoi qu'il en soit la Minsitre a besoin de repos...

    • Jacques Pruneau - Inscrit 13 juin 2012 10 h 14

      C'est nous qui, collectivement avons besoin de repos face à ce gouvernement! La ministre St-Pierre est particulièrement hautaine et imbue de sa personne.

      Jacques Pruneau.

  • Sylvie Poirier - Inscrite 13 juin 2012 00 h 52

    J'ai honte de vous madame St-Pierre... j'ai honte de vous monsieur Fournier

    Vous êtes inexcusable pour le discours que vous tenez envers les membres de la grande famille Québécoise. Vous grenaillez tout ceux et celles qui tentent de vous raisonner et vous crachez de façon spectaculaire sur nos artistes : une plate-forme politique indigeste. Il faut être descendu très bas pour ne pas avoir l'humilité de s'excuser. Il est évident que vous ne comprenez pas ce qui vous arrive car vous êtes dans le cercle, dans l'oeil de la pyramide et que vous n'avez pas l'intention de changer votre discours conditionné.

    Vous les ministres, vous récoltez ce que vous avez semé. C'est difficile pour votre égo de voir qu'une grosse partie du peuple Québécois vous tourne le dos et n'endosse pas votre aveuglement. Où est mme Courchesne ? Je ne l'entend plus nous étourdir avec la mitraillette d'un mensonge à la fois. Maintenant il faut prêter nos sens à la matricaire à la substance emménagoque.

    • andré Frigon - Abonné 13 juin 2012 08 h 54

      Bien Dit.

      J’aime bien

      '' Je ne entend plus Mme Courchesne nous étourdir avec la mitraillette d'un mensonge à la fois''

      Qu'elle sera la prochaine victime de ce PM misogyne.

    • Mario Brisson - Abonné 13 juin 2012 08 h 59

      Mais aussi, j’ai honte que des québécoi(e)s en autorité (en ont-ils encore) humilient leur peuple, et pas seulement ceux et celles qui ne partagent pas leur idéologie. Mais aussi ceux et celles qui les soutiennent et voudraient les soutenir encore. Mais voilà, ils ont franchis la barrière de ce qui est vrai et juste, ils sont devenus les avatars de l’insoutenable. Par ailleurs, ce qui me touchent le plus dans ce débat, c’est, qu’il est beau et réconfortant de voir, bon nombre de nos artistes et d’humanistes, prendre la parole pour proclamer le respect d’eux-mêmes et de leur peuple.

    • Louis Maxime - Inscrit 13 juin 2012 11 h 00

      Tout à fait. Depuis qu'elle est à la têtes de ce ministère elle ne fait que des conneries. Boff, c'est pas fort et c'est de loin la pire que le Québec artistique a dû subir ! en effet, c,est une honte Nationale.
      Elle devrait démissionner sur le champ !

    • Gilles Teasdale - Abonné 13 juin 2012 12 h 13

      Encore un pied dans la bouche Mde St.Pierre

  • Félix Baril - Inscrit 13 juin 2012 00 h 56

    J'aimerais également ajouter ma signature à la liste des signataires. J'appuie l'entièreté des propos de cette lettre.

    Félix Frédéric Baril, compositeur

  • Yves Claudé - Inscrit 13 juin 2012 01 h 04

    Néomaccarthysme ambiant : ça vole très bas … en haut lieu !

    « Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés » … à divers degrés …!

    Le gouvernement Charest est en train de sombrer dans un néomaccarthysme que l’on pensait relégué dans le clan des “conservateurs” fédéraux et de leurs alliés ethniques (extrême droite hindouiste, sioniste, etc.).

    En persistant dans une intervention que l’on pourrait se risquer à interpréter comme de l’intimidation à l’endroit des artistes et autres citoyens porteurs du carré rouge, Madame St-Pierre ne fait pas honneur à la fonction de ministre de la culture. On n’ose pas imaginer ce qu’elle aurait pu proférer contre les signataires du Refus Global !

    À propos de la parodie d’une toile d'Eugène Delacroix, “La Liberté guidant le peuple”, que la milice politique montréalaise du PLQ a saisie comme “preuve” au domicile de la famille du député Khadir, on a vu une cohorte de ministres “libéraux”, littéralement … “monter aux barricades” et se risquer à esquisser des propos incriminants les plus ridicules les uns que les autres, démontrant que les individus qui nous gouvernent ont à la fois très peu de culture et encore moins de jugement. Le sommet de ce ridicule est atteint lorsque le ministre de la santé se risque à une “psychanalyse” de cette “œuvre” dans une perspective “criminologique”.

    On peut se demander pourquoi cette “œuvre”, certes douteuse, produite et diffusée par quelques amateurs du logiciel Photoshop, se retrouve au milieu d’un débat public et gouvernemental, si ce n’est pour alimenter, dans une piètre convergence politique, policière et médiatique, une campagne néomaccarthyste contre le député de Québec solidaire et sa famille.

    Que cette fin de règne “libéral” est triste et désespérante ! Le vaudeville mis en scène par le PLQ est absolument grotesque, et le tomber de rideau est des plus attendu !

    Yves Claudé

    • Jacques Dubuc - Inscrit 13 juin 2012 07 h 31

      - Cher Monsieur, en quoi les propos de la Ministre constituent-ils de l'intimidation ? Pourquoi ces artistes-là parlent-ils de mépris ? A-t-on le droit d'être en désaccord avec quelqu'un sans que ça ne soit considéré comme du mépris ? Prendre les critiques d'un de ses points de vue comme du mépris c'est témoigner d'une incapacité de se distancier d'eux et de les examiner de manière critique : ce n'est pas très sain.
      - Votre analogie boiteuse de néo-mccarthysme va dans l'autre sens. McCarthy et sa clique intimidaient les artistes -surtout dans le cinéma- qui avaient des sympathies pour des idées qu'ils ne partageaient pas et tentient de leur interdire l'accès au travail. Qui agit de la sorte aujourd'hui ? Qui interdit à un groupe l'accès à l'éducation sous prétexte qu'ils ne pensent pas comme eux ? Ceux qui ont bloqué l'accès aux institutions où des étudiants avaient obtenus des injonctions -donc des rouges. Les victimes du McCarthysme auraient bien aimé avoir une protection légale contre les coups bas des biens pensants et que des injonctions protègent leurs droits fondamentaux. Ce sont les carrés rouges qui ont interdit l'accès aux étudiants une fois que ces derniers ont eu obtenu leurs injonctions qui se sont comportés comme des McCarthystes -dans la mesure où on veut quand même utiliser votre parallèle.

    • Sylvie Paquerot - Inscrit 13 juin 2012 08 h 29

      M. Dubuc!
      Il me semble que vous oubliez vous-même un élément fondamental de l'équation, s'agissant de la référence au McCarthysme et c'est celui du pouvoir et de l'abus de pouvoir.
      C'est bien à cette dimension que M. Claudé fait référence.

      On doit déduire de votre intervention que tout moyen de pression utilisé par un groupe social pour faire avancer une revendication devrait être assimilé au McCarthysme... puis-je vous faire remarquer que la plupart des avancées sociales depuis des décennies, voire des siècles, sont dues à des pressions de la rue?... contre le pouvoir... et que ce dernier a rarement rechigné à abuser de ce pouvoir pour se maintenir et se conserver?
      N'est-ce pas la description même de la politique actuelle du gouvernement en place... si on peut encore parler de politique?

      En tant que citoyenne, c'est bien la remarque de la ministre qui m'affecte puisque après analyse des positions dans ce conflit j'ai choisi de porter le carré rouge. Au-delà des choix légitimes de chacun et chacune, puisque nous disposons encore, je l'espère, de la liberté d'opinion et d'expression de ces opinions, la remarque de la ministre se rapproche dangereusement de la propagande haineuse sanctionnée par le code criminel canadien puisque sa remarque fausse et méprisante servira de caution à tous ceux et celles qui comme elle préfère lancer leur venin que réfléchir... et les citoyens et citoyennes qui pensent autrement en feront les frais!... nous sommes ici tout à fait dans la dynamique de la propagande haineuse ne nous leurrons pas!

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 13 juin 2012 09 h 20

      Vous dites:
      "néomaccarthysme que l’on pensait relégué dans le clan des “conservateurs” fédéraux et de leurs alliés ethniques (extrême droite hindouiste, sioniste, etc.)"

      Tout d'abord;
      néomaccarthysme ?
      Que l'on pensait relégué dans le clan conservateur !?

      Mais voyons, vous oubliez les origines de M. John James Charest, conservateur fédéral. S.Harper et J.J.Charest forment maintenant les néo-libéraux canadiens.
      Ceux qui favorisent la dérèglementation, privatisation, réduction des programmes sociaux, réduction des investissements dans l'éducation, la santé, l'environnements et augmentations dans les extras des contrats gouvernementaux attribués aux participants de la caisse électorale libérale.
      Bon dieu allez voter aux prochaines élections parceque M. Legault et son organisation y ont vu une opportunité qui divisera le vote et pourrait remettre probablement les libéraux de John James Charest au pouvoir. Là on est fait!

    • Frédéric Jeanbart - Abonné 13 juin 2012 11 h 22

      Jacques Dubuc, assurément vous ne savez pas ce qu'est le mccarthysme : « qualifié fréquemment de chasse aux sorcières (witch hunts) ».. Pendant deux ans (1953-1954), la commission présidée par McCarthy traqua des gens soupçonnés (souvent à tors) d'être des agents, militants ou sympathisants communistes. Via une propagande causant une véritable paranoïa dans l'opinion américaine...

      Ici les sorcières arborent le carré rouge. Tenter de faire croire que cette "chasse" se fait à l'encontre des carrés verts ou le reste de la population est pur illogisme et mauvaise foi, si ce n'est que de la malhonnêteté malsaine. Exemple vécu : un copain s'est fait violenter au centre-ville et sans raison, sur la rue par un individu sortant d'un restaurant. Ce dernier lui vociférait en le bousculant « qu'ess-tu fais à me provoquer avec ton carré rouge ost** de violent »... accusant l'autre de sa propre violence! On ne faisait que passer, mais arborer le carré rouge éveilla la violence de cet hurluberlu!... Un vrai délire Kafkhaien. C'est en cela que notre gourvernement PLQ est DANGEREUX, sa propagande faisant perdre la raison et le résonnment de la population, faisant perdre tout sens de démocratie.

      C'est d'ailleurs en cela que certains excessifs comparent le PLQ aux nazis, alors que la propagande fit en sorte que tout le peuple Allemand perdit la raison durant ces années sombres (particulièrement à l'encontre des juifs, et ceci dit sans vouloir comparer le niveau de violence qui n'a bien entendu aucun rapport avec la terrible Shoah et ce qu'ont subit les juifs).

    • Brian Monast - Abonné 13 juin 2012 12 h 42

      Quelqu’un a-t-il répondu directement à la question de monsieur Dubuc : « en quoi les propos de la Ministre constituent-ils de l'intimidation ? » ? Réponse proposée : associer le carré rouge à la violence, c’est marquer ceux qui le porte comme coupables de crimes et sujets, sans plus, à un traitement en conséquence, symbolisé par la matraque. Personnellement, je me sens intimidé et, que j’aie tort ou non de me sentir ainsi, la vérité est qu’il me faudra maintenant un peu plus de courage pour le porter, mais que ce sera par ailleurs d’autant plus un devoir de le faire, devant de tels propos.

      De tels propos, les interventions précédentes en font assez foi, caractérisent ceux qui manifestent publiquement un désaccord très général avec les pratiques des gouvernants comme étant des criminels qu’on a dès lors un devoir de réprimer. Qui ne se sentirait pas intimidé? C'est la déraison qui règne.

    • Marc-André Fortier - Abonné 13 juin 2012 13 h 25

      @ M.Jacques Dubuc

      Je vous invite monsieur à voir le film "Good Luck and Good Night", ce dernier vous éclairera peut être un peu sur l'époque de McCarthy aux États-Unis. Vous verrez que le propos de M.Claudé n'est peut être pas si énorme que vous le prétendez.

      Bonne journée monsieur.