Les malheurs de Courchesne
Décidément, ça tombe mal : remplaçant au pied levé Line Beauchamp qui a quitté son poste de ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, c’est à ce titre que Michelle Courchesne a dû répondre aux critiques du vérificateur général (VG) sur la gestion du Fonds pour le développement du sport et de l’activité physique. C’est sur elle que l’opposition est tombée à bras raccourcis, réclamant sa démission. Elle doit répliquer aux attaques péquistes et caquistes en tant que ministre actuelle de l’Éducation pour des gestes qu’elle a posés alors qu’elle était titulaire de ce ministère entre 2007 et 2010. Si c’était quelqu’un d’autre qui avait remplacé Line Beauchamp, Michelle Courchesne n’aurait pas eu à assumer sa propre défense.
Chanceux, Jean-Marc Fournier, qui fut lui aussi ministre de l’Éducation et responsable pendant un an du programme, n’a aucunement été inquiété : « Adressez-vous à Mme Courchesne », a-t-il lancé aux journalistes qui voulaient l’interroger à ce sujet.
En ce sens, la décision de Jean Charest de nommer Michelle Courchesne ministre de l’Éducation une fois encore n’a pas été particulièrement avisée. Le ministère avait en main le rapport accablant du VG avant que Line Beauchamp démissionne. Comme il se doit, le VG avait remis une copie de ses constatations au sous-ministre pour qu’il y réponde afin de corriger, s’il y a lieu, ses éléments contestables. On savait donc que la tempête s’en venait, mais on s’est dit que Michelle Courchesne était bien assez grande pour l’affronter.
Il faut dire que la ministre, d’apparence si frêle qu’on dirait qu’un souffle pourrait la briser, fait montre d’une surprenante énergie. Émotive, elle est aussi une excellente comédienne qui sait jouer sur les sentiments. Une espèce de pasionaria libérale pourrait-on dire si l’expression n’était pas antinomique.
C’est la deuxième fois en six mois que le vérificateur général critique la gestion de Michelle Courchesne. Le rapport que Renaud Lachance signait en décembre dénonçait l’usage qu’elle a fait de son pouvoir discrétionnaire pour octroyer des places en garderie contre l’avis de ses fonctionnaires. Le Parti québécois, par la voix de Nicolas Girard, un député aux crocs acérés, avait déjà fait ses choux gras du « scandale des garderies libérales ». Quelque 1600 places furent accordées à des donateurs libéraux, dont plusieurs amis de Tony Tomassi, ou encore à des promoteurs qui se sont empressés de contribuer au Parti libéral après avoir été exaucés.
Michelle Courchesne nous dit aujourd’hui qu’elle a accordé des places dans chacune des circonscriptions, quelle que soit leur allégeance politique, de façon à ne pas prêter flanc aux critiques des députés de l’opposition. De même, elle a consulté chacun des députés. On peut y voir une opération pour se dédouaner et mouiller ses adversaires qui sont tout aussi impliqués que les libéraux.
Installations sportives
Dans le cas des subventions destinées à la construction des installations sportives - un programme de 355 millions, rappelons-le -, le VG a établi que 418 des 908 projets présentés par des municipalités, des commissions scolaires ou des organismes sans but lucratif avaient été écartés d’emblée par le cabinet du ministre sans que des analyses soient faites par les fonctionnaires. Seuls les 500 projets retenus par le cabinet ont fait l’objet d’analyses. Pour obtenir des subventions, les projets devaient répondre à des critères, mais on ne sait si le cabinet en a tenu compte pour éliminer les projets. « Il n’y a rien qui nous assure que ce sont les meilleurs projets qui ont été choisis », a affirmé Michel Samson.
Dans un premier temps, Michelle Courchesne a déclaré au Devoir qu’il était strictement impossible que son cabinet ait pu prendre de telles décisions. « Je ne vois pas comment le personnel de mon cabinet pourrait prendre de telles initiatives, de telles décisions sans parler à la ministre. Ça n’a aucun bon sens, jamais on ne pourrait accepter ça. Ce serait terrible », a-t-elle livré. Il faut donner raison à la ministre : ça n’a pas de bon sens que des demandes de subventions dans un programme normé soient rejetées sans que les fonctionnaires déterminent quelles demandes respectent les critères. Or la ministre a reconnu qu’elle n’avait pas vu les 418 projets rejetés. « Je n’ai jamais eu sur mon bureau des projets qui n’étaient pas analysés », a-t-elle déclaré. Son cabinet ne l’a donc pas informée.
Étonnant. En principe, il doit exister une symbiose entre un ministre et son directeur de cabinet : il ne doit pas y avoir entre eux l’épaisseur d’une feuille de papier, comme le veut l’expression. Il faut dire que la plupart des ministres du gouvernement Charest ne choisissent pas leur directeur de cabinet. Pour mieux les contrôler, il leur est imposé. Or, ça peut créer une distance.
Le président de la Fédération québécoise des municipalités, Bernard Généreux, est outré. Alors que le gouvernement soumet les municipalités à des normes de plus en plus sévères en matière d’adjudication des contrats, il fait fi des règles les plus élémentaires pour l’octroi de subventions. « C’est deux poids, deux mesures », a-t-il affirmé au Devoir. Des municipalités ont présenté des demandes souvent en recourant, à leurs frais, à des professionnels externes, en adoptant des résolutions, en s’efforçant de répondre aux critères du programme, et leur projet a été rejeté sans explication. « Ça laisse un goût amer. Ça tue la confiance, déplore Bernard Généreux. Ce genre de situation, ça ouvre encore une fois toute cette suspicion, cette présomption que les projets sont jugés par l’arbitraire politique et un regard partisan. C’est une autre façon d’illustrer la nécessité de l’enquête publique qui est en cours. Ça va jusque-là pour moi. »
Le fait que la ministre de l’Éducation est également présidente du Conseil du trésor, chien de garde de l’administration publique, n’arrange rien. C’est une raison de plus pour l’opposition de demander la démission de Michelle Courchesne.
Jean Charest ne laissera pas tomber une aussi vaillante soldate dont il ne peut douter de l’esprit de sacrifice. Pour elle, c’est sans doute un baroud d’honneur, un ultime coup de collier à donner puisqu’elle ne se représentera vraisemblablement pas aux prochaines élections.








