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Conflit étudiant - Il était une fois un leader génial…

8 juin 2012 | Jean-Claude Lord - Cinéaste | Québec
Des étudiants manifestent à la place Émilie-Gamelin, à Montréal. Se pourrait-il que cette jeunesse avide d’une société plus juste, plus humaine ne soit pas qu’un feu de paille et rende fier l’être humain qui sommeille en chacun de nous ?
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir Des étudiants manifestent à la place Émilie-Gamelin, à Montréal. Se pourrait-il que cette jeunesse avide d’une société plus juste, plus humaine ne soit pas qu’un feu de paille et rende fier l’être humain qui sommeille en chacun de nous ?
Je veux vous raconter une belle histoire, une histoire édifiante… fictive bien sûr. Après tout, c’est mon métier depuis près de cinquante ans de raconter des histoires.

Il était une fois un leader gouvernemental absolument génial, sincèrement préoccupé par le bien-être de sa population. Depuis plusieurs années, son peuple s’était endormi. Les baby-boomers avaient renié leurs idéaux « utopiques » de jeunesse pour profiter paresseusement des acquis matériels de leurs luttes de la belle époque ; pendant que le leader et ses sbires, les pieds bien ancrés au sol, rayonnaient de certitudes enrichissantes.


Même la nouvelle génération, apathique et individualiste, roucoulait de plaisir, ignorant les prétendues iniquités de plus en plus répugnantes qui les entouraient.


Mais ce qui devait arriver arriva. Des étudiants et étudiantes, des jaloux, des révoltés, des extrémistes de toute évidence, décidèrent de contester son pouvoir. Cette « minorité » se mobilisa pour décrier le dégel des droits de scolarité. Crime de lèse-majesté bien sûr.

 

La soupe mijote


Mais leur premier ministre était astucieux… Il laissa mijoter la soupe pendant de nombreuses semaines. Il était même ravi. Toute l’attention médiatique se portait sur ce qui évolua en une soi-disant crise sociale, ce qui permit à leur cher dirigeant de faire oublier, voire d’effacer, ses nombreuses erreurs du passé. Très futé, il décida d’employer le mot « boycott » au lieu de grève… Stratégique ! Génial ! Jouissif !


Les manifestations se succédaient à un rythme d’enfer. Le conflit se radicalisait. Des dérapages surgissaient. Des actes de vandalisme, perpétrés disait-on par des casseurs (!), se multipliaient. Il gardait le silence. Il se frottait les mains d’aise. Son plan fonctionnait à merveille. Il se préparait à leur donner une véritable leçon de démocratie.


Pousser l’audace plus loin


Il lança sa première bombe. Comme il s’agissait d’un boycottage et non d’une grève (une zone grise dans la loi le lui permettait), les étudiants qui désiraient franchir les piquets de grève devaient avoir le champ libre. Ce n’était pas des briseurs de grève qui devaient respecter les votes de grève majoritaires de leur association.


Les injonctions n’étaient pas respectées. Les syndicats et les artistes s’en mêlaient en appuyant les radicaux contestataires. La population était divisée. Mais les vieux, apeurés et fort nombreux, se rangeaient de son côté.


Il décida de pousser l’audace encore un peu plus loin. Il ridiculisa publiquement cette horde de jeunes extrémistes devant un auditoire acquis d’avance et qui buvait ses paroles. Ce qui déclencha l’ire des contestataires.


Stratégique, il décida de permettre des discussions entre des représentants de son gouvernement et ces petits malfrats… sans classe mais qui se montrèrent un peu trop éloquents et solides. Mais il n’était pas question de céder d’un pouce tout en leur donnant l’illusion du contraire. Ils allaient voir de quel bois il se chauffait.


Loi d’exception


Les jeunes, réalisant qu’ils s’étaient fait flouer, réagirent vigoureusement. C’est ce que le grand leader attendait. Il était temps d’agir en bon père de famille pour rassurer sa « majorité silencieuse » et tous les bien nantis qui n’attendaient que cela.


La loi d’exception. La loi spéciale destinée à rétablir la paix et l’ordre. La session d’hiver des étudiants définitivement reportée en août à la fin de l’été. La grogne augmenta. Le bruit des casseroles s’amplifia. Il ne pouvait s’empêcher de rire.


Il décida de porter le grand coup. Une autre séance de « négociations » de laquelle il allait se retirer et faire porter le blâme à ces étudiants radicaux qui avaient bien failli lui porter un dur coup au cours de ces rencontres de la « dernière chance ».


Convaincu qu’une dérive encore plus violente allait se produire en août au retour en classe, il allait pouvoir voguer vers une victoire électorale assurée au nom de la loi et de l’ordre. Une assurance débordante, une arrogance toujours au rendez-vous et un zeste de colère stimulée allait continuer à faire bouillir la marmite. Il s’en chargeait. Il ne resterait plus aux jeunes écrasés de ravaler leur colère et leur défaite.


Quel scénario de film incroyable ! Il y avait bien eu un long-métrage au début des années 1970 qui racontait comment un chef de parti avait créé le désordre pour se faire élire au nom de la loi et l’ordre. « Bingo » qu’il s’appelait. Le temps serait-il revenu pour un remake ?


Mais peut-être que je changerais un peu la fin. Se pourrait-il que cette jeunesse avide d’une société plus juste, plus humaine ne soit pas qu’un feu de paille et rende fier l’être humain qui sommeille en chacun de nous ? Se pourrait-il qu’elle survive et nous conduise vers un monde meilleur ? On peut en rêver…

 
 
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