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Négociations dans l’impasse à Québec

Les étudiants menacent de se retirer

31 mai 2012 | Antoine Robitaille | Québec
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	La ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, à son arrivée à l’édifice de la Banque Nationale, où se déroulent les négociations avec les étudiants.</div>
Photo : La Presse canadienne (photo)
La ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, à son arrivée à l’édifice de la Banque Nationale, où se déroulent les négociations avec les étudiants.
Les négociations «de la dernière chance» à Québec sont dans une impasse entre le gouvernement Charest et les associations étudiantes depuis le début soirée hier. Les associations n’excluent même pas de quitter la table ce matin. Au moment d’écrire ces lignes, les parties discutaient toujours, mais les deux se disaient respectivement en attente d'une contre-offre de la part de l'autre, ce qui traduisait une «confusion de la situation», a dit une source proche des négocations.

« C’est un moment difficile, honnêtement, on traverse un moment difficile », a admis la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, vers 20 h, après la pause du souper. « Je ne cache pas qu’on a un enjeu et un défi de taille », a-t-elle dit. La ministre a expliqué qu’après avoir rejeté, mardi après-midi, la première offre du gouvernement - qui consistait à réduire l’ampleur de la hausse prévue (de 1778 $ sur sept ans) d’un montant de 35 $ par année - les étudiants ont déposé une première contre-offre qui respectait les « paramètres » du gouvernement; à la surprise de celui-ci, a-t-on raconté. Hier matin d’ailleurs, le ministre des Finances, Raymond Bachand, a expliqué que ces « paramètres » impliquaient le respect du « cadre financier » du gouvernement et un réinvestissement dans les universités québécoises. En fin de soirée mardi, les étudiants ont fait une deuxième contre-offre que Mme Courchesne a qualifiée hier de « beaucoup moins acceptable pour nous ». En fin de soirée, une source gouvernementale soutenait que les étudiants ne «semblaient pas vouloir déroger du gel» des frais de scolarité.


Comme Le Devoir l’évoquait hier matin, la contre-offre des étudiants comprenait un scénario de réduction du crédit d’impôt pour les droits de scolarité de 20 à 16,5 %, ce qui permettrait de dégager quelque 30 millions. Cela compenserait l’annulation de la hausse prévue pour la première année, ce qui correspond à une demande du gouvernement : que l’opération se fasse « à coût nul ».


Hier, le gouvernement a tenté de faire fi de la seconde contre-offre et a répondu à la première, ce qui a déçu les étudiants. Selon nos informations, après avoir nié certains des chiffres des étudiants, la partie gouvernementale aurait finalement confirmé que la baisse de quelque 3 % du crédit d’impôt permettrait de récupérer 33,8 millions.

 

« Le mur »


La pomme de discorde était apparue publiquement avant la pause du souper, vers 18 h 20, alors que la présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins, avait exprimé sa déception quant à l’évolution des pourparlers en illustrant les choses ainsi : « Nous sommes face à un mur. » Elle avait par la suite pris soin de le diffuser sur Twitter, ajoutant : « Mais nous resterons bien évidemment dans les négos. Les données doivent être analysées. »


En point de presse, Mme Desjardins a reproché à la partie gouvernementale de ne pas avoir analysé la deuxième contre-offre déposée par les étudiants mardi soir.


« On n’a pas eu de retour sur cette proposition-là. On attend, on espère qu’après le souper […] ; on a appelé en renfort des gens du ministère des Finances pour essayer de regarder et évaluer les données », a déclaré Mme Desjardins.


À la reprise des négociations en après-midi, Martine Desjardins avait soutenu que si le gouvernement avait vraiment pris le temps d’observer les propositions faites mardi par les étudiants, « il est fort probable qu’on ait une entente ». Du même souffle, Mme Desjardins avait indiqué que les discussions risquent bien de se poursuivre aujourd’hui.


« Parfois, on dit que la nuit porte conseil. Semble-t-il que ça n’a pas été le cas cette fois-ci », a soutenu le porte-parole de la CLASSE Gabriel Nadeau-Dubois au sujet de l’attitude contrastée du gouvernement en deux jours : « On avait fait des pas en avant hier [mardi]. Cette fois-ci [mercredi], ç’a été davantage des pas en arrière. »


M. Nadeau-Dubois a soutenu qu’il « y avait certaines choses sur lesquelles on pensait qu’on s’entendait [mardi] et sur lesquelles il semble qu’on ne s’entend plus. Je ne sais pas ce qui s’est passé », a-t-il dit. Afin de garder la pression sur le gouvernement, le porte-parole a encouragé en début de soirée hier les gens « à se mobiliser », « notamment dans quelques instants avec leurs casseroles, faire le plus de bruit possible pour témoigner encore une fois le désaccord d’une bonne partie de la population envers la loi 78 et la hausse des frais de scolarité », a-t-il dit en point de presse.


Aux yeux du porte-parole (qui ne participe pas directement aux discussions), rien n’est exclu, même pas une rupture des négociations. « Il va y avoir une décision de prise ce soir [hier]. On va peut-être revenir demain matin [aujourd’hui]. »


En matinée, le ministre des Finances Raymond Bachand a confirmé que la baisse du pourcentage du crédit d’impôt faisait « partie des idées qui sont soumises ». Il a souligné que le gouvernement, le 5 avril, avait déjà « bougé un peu avec le crédit au niveau des bourses » au moment où il annonçait la mise en place d’un nouveau mécanisme de remboursement proportionnel au revenu. Une annulation complète de ce crédit d’impôt permettrait de récupérer 138 millions, a-t-on confirmé au ministère des Finances, hier. Mais « le crédit d’impôt, c’est de l’argent qui revient aux étudiants ultimement… » a nuancé M. Bachand, qui se demande s'il ne s'agit pas de prendre de l’argent dans une poche pour en remettre dans l’autre.

 

Espoir


Les parties tentaient toutefois de s’encourager, à la reprise des négociations à 20 heures. « On va justement trouver la bonne corde et des bons souliers et on va franchir le mur », a soutenu Martine Desjardins. « Il n’y a pas d’obstacle insurmontable. C’est sûr que ça aiderait si le gouvernement était arrivé un peu mieux préparé en début de rencontre », a déclaré le président de la FECQ, Léo Bureau-Blouin.


Si le gouvernement devait rejeter les contre-offres étudiantes, les associations ne seraient pas prises au dépourvu, avaient-elles plaidé en après-midi : « On a plein de scénarios, vous allez voir, vous allez sourire, être probablement très surpris », s’était amusée Martine Desjardins. « On a probablement des dizaines de scénarios qui pourront être mis sur la table. Depuis le début, on a des solutions à proposer. [...] Des solutions, on en a encore plusieurs à venir », a-t-elle rappelé.

 
 
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