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Négociations dans la crise étudiante - De douloureux compromis en vue

Pour l’instant, la suspension de la loi 78 ne fait pas partie des discussions

30 mai 2012 | Antoine Robitaille | Québec
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	Malgré le mauvais temps, quelque 200 personnes se sont réunies place Émilie-Gamelin, à Montréal, pour la 36e marche nocturne consécutive, hier soir. Elles ont été rejointes par des dizaines de « casseroles » comme celles-ci réunies en début de soirée autour du père Noël de la rue Masson. </div>
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Malgré le mauvais temps, quelque 200 personnes se sont réunies place Émilie-Gamelin, à Montréal, pour la 36e marche nocturne consécutive, hier soir. Elles ont été rejointes par des dizaines de « casseroles » comme celles-ci réunies en début de soirée autour du père Noël de la rue Masson. 
Après quelque neuf heures de discussions, le gouvernement et les associations étudiantes n’ont pas réussi à s’entendre sur une sortie de crise hier, mais ils poursuivront leurs pourparlers en après-midi aujourd’hui. « Si on reste à la table, on considère que ça en vaut la peine et que oui, on parle des droits de scolarité », a laissé tomber la présidente de la FEUQ, Martine Desjardins, vers 22 h 45 hier soir.

Son homologue de la FECQ, Léo Bureau-Blouin, a déclaré : « On a soumis plusieurs scénarios encore en soirée à la partie gouvernementale et on s’attend à des réponses demain [aujourd’hui]. » Le porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois a soutenu que les étudiants prendraient la fin de soirée d’hier et la matinée d’aujourd’hui pour évaluer les différents scénarios proposés. Une entente n’est toutefois pas nécessairement « imminente », a admis Mme Desjardins. « Ça dépend combien d’heures vous voyez comme imminente… »

 

Selon des sources proches des négociations, le gouvernement a accepté de discuter pour une première fois depuis le début du conflit de la hausse des droits de scolarité, mais en contrepartie, « il faudra sans doute que les étudiants acceptent une certaine hausse ». En fin de soirée hier, on soutenait que la solution ne pourrait venir qu’aux forceps.
 

Les représentants étudiants ont fait leur déclaration aux médias alors que quelque deux cents manifestants s’étaient massés devant l’édifice où les négociations se tenaient. Aucuns heurts avec les policiers et aucune arrestation n’ont été signalés.

 

« Paramètres », le mot-clé

Les deux parties se sont échangé des propositions tout au long de la journée, hier. Les quatre associations étudiantes ont révélé, vers 18 h, avoir soumis au gouvernement Charest une contre-offre à l’intérieur de « paramètres » fournis par les négociateurs de l’État. Ces « paramètres » comprendraient une réduction de l’augmentation budgétée de 1778 $ sur sept ans, mais elle devrait s’autofinancer. Selon nos sources, une des manières proposées était l’abolition du crédit d’impôt sur les droits de scolarité, qui dégagerait un montant de quelque 120 millions de dollars annuellement.
 

Après le souper, vers 20 h, le porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, a révélé que la loi 78, dont les étudiants demandent la suspension, voire l’abrogation, ne faisait pour l’instant pas partie des discussions. M. Nadeau-Dubois avait présenté ces derniers jours cette loi spéciale comme un thème incontournable. Mais hier soir, sa pensée semblait avoir évolué : « La grève, elle porte sur les frais de scolarité. On discute de ça. Pour nous, c’est déjà un très bon début. » Le président de la FECQ, Léo Bureau-Blouin, a indiqué que le sujet de la loi 78 a « été effleuré pour l’instant » et qu’elle allait faire partie des « discussions potentiellement plus tard ».
 

Pour Martine Desjardins il n’était pas question de passer la nuit à discuter comme lors des négociations du 4 et 5 mai : « Ce qu’on prévoit c’est garder un horaire stable. Comme ça, ça nous permet, tout le monde, de prendre un peu de recul d’aller dormir. »

 

« Une nouvelle étape », dit Charest

C’est le gouvernement qui a lancé le bal des offres et contre-offre, en début d’après-midi hier. Son offre comprenait une réduction de l’ampleur de la hausse des droits de scolarité prévue, ce qui correspond à la demande des associations. La promesse d’organiser un Forum sur l’avenir des universités faisait aussi partie de cette offre, selon ce qui a été confirmé. Déjà, lors de sa présence-surprise à la rencontre, lundi après-midi, le premier ministre Jean Charest avait évoqué ces deux éléments. En matinée au parlement, hier, M. Charest avait qualifié cette rencontre de lundi de « courtoise » et avait exprimé la nécessité de passer à « une nouvelle étape ».
 

À leur arrivée, au lieu des négociations vers 13 h, les représentants étudiants ont présenté l’implication du premier ministre comme un geste d’ouverture qui pourrait signifier que le gouvernement est vraiment résolu à sortir de la crise. « C’est positif que monsieur le premier ministre se mêle du processus, ça vient donner de la crédibilité, démontre que le gouvernement du Québec prend au sérieux la situation », a noté Léo Bureau-Blouin de la FECQ. Gabriel Nadeau-Dubois, de la CLASSE, a dit y voir cette participation du premier ministre « d’un assez bon œil ».
 

Cependant, la présidente de la FEUQ, Martine Desjardins, avait déploré la brièveté — moins de 30 minutes selon elle — du passage du premier ministre lundi et avait ajouté : « Il n’avait pas beaucoup de réponses aux questions qu’on lui a posées. Il nous a laissés dans les mains de [la ministre de l’Éducation Michelle] Courchesne. »
 

À son arrivée à la reprise des négociations, hier, à 13 h, Mme Courchesne avait soutenu être « satisfaite de l’ouverture des étudiants ». Elle avait loué le fait qu’ils aient « manifesté de l’ouverture dans leurs propos ». Elle a ajouté, sibylline, que « les responsabilités doivent être partagées pour en arriver à un résultat ».

 
 
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