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    Les marrons

    Michel David
    29 mai 2012 |Michel David | Québec | Chroniques
    Jacques Parizeau a eu le bon goût de ne pas tirer de conclusion hâtive du réveil politique provoqué par la grève étudiante, mais il est clair que les souverainistes ne demandent qu’à tirer les marrons du feu.

    Il semble un peu prématuré de dire que « les manifestations sont en train de régler le problème identitaire », qui n’est pas si simple, mais l’ancien premier ministre a sans doute raison de penser que le « nous » en sortira renforcé. Si le Québec a connu de nombreuses manifestations de solidarité dans son histoire, cette communion quotidienne au son des casseroles est un phénomène sans précédent.


    Même si le gouvernement et les associations étudiantes arrivent à s’entendre sur les droits de scolarité et le retrait de la loi spéciale, les événements des trois derniers mois laisseront inévitablement des traces profondes. La solidarité est un sentiment qui peut devenir grisant.


    Depuis des années, la classe politique se dé-sole du cynisme de la population et prétend chercher les moyens de favoriser une plus grande participation citoyenne. Ce n’était manifestement pas le but visé par le gouvernement Charest en faisant adoptant la loi 78, mais le résultat est indéniable.


    Pourtant, rien n’assure que les souverainistes sauront en tirer profit. « Si tous les chemins mènent à Rome, toutes les discussions au Québec aboutissent invariablement à : qu’est-ce qu’on va faire de notre Québec ? » a déclaré M. Parizeau, qui dit n’avoir jamais vu 200 000 personnes manifester au Québec sans qu’on voie un seul drapeau canadien. Possible, mais il est tout aussi inédit qu’un débat prenne une telle ampleur sans que la question de la souveraineté soit soulevée.


    ***


    Si les raisons qui ont poussé Pauline Marois à adopter le carré rouge laissent peu de doute sur son désir de se concilier les associations étudiantes, ces dernières n’avaient aucun intérêt à se présenter devant le gouvernement Charest comme l’avant-garde du mouvement souverainiste. Déjà que plusieurs les accusent d’être manipulées par les syndicats et autres anarcho-communistes…


    Ce qu’elles réclament n’en demeure pas moins le maintien, voire le renforcement d’un modèle de financement des universités distinct de celui du reste du Canada. La chroniqueuse du Globe and Mail, Margaret Wente, a traduit parfaitement l’état d’esprit qui prévaut ailleurs au pays en qualifiant de « Grecs du Canada » les étudiants québécois qui s’opposent à la hausse des droits de scolarité.


    Dans son esprit, il s’agit là d’une autre particularité de ce déplorable « modèle québécois », qui ne saurait survivre sans les généreux paiements de péréquation que permet l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta, pour lesquels les Québécois éprouvent le plus grand mépris. Manifestement, les étudiants ne contribuent pas beaucoup au rapprochement des deux solitudes.


    Qu’en serait-il dans un Québec souverain ? Au congrès péquiste de juin 2005, les délégués avaient résolu d’« accroître l’accessibilité en visant, à moyen terme, la gratuité complète du système d’éducation ». Au congrès d’avril 2011, toute référence à la gratuité a disparu du programme. Pour le moment, la position du PQ sur les droits de scolarité est le gel au niveau actuel, assorti d’une indexation au coût de la vie, en attendant la convocation d’un grand forum qui réunirait tous les acteurs du monde de l’éducation. Autrement dit, on verra.


    ***


    Jacques Parizeau s’était fait très discret depuis quelques mois, notamment depuis la déconfiture de Gilles Duceppe. Les propos qu’il a tenus en fin de semaine dernière à Québec indiquent toutefois que son scepticisme sur la détermination de Mme Marois à préparer la tenue d’un référendum n’a pas diminué. La souveraineté demeure en effet « une sorte d’idéal lointain, vague, émotif ».


    Il faut dire que les sondages ne sont pas de nature à créer un grand sentiment d’urgence. À ce jour, rien n’indique que le PQ sera en mesure de bénéficier de cet « extraordinaire réveil d’une génération » qui fascine M. Parizeau. Après trois mois de crise, un gouvernement en place depuis plus de neuf ans devrait en être réduit à tenter de sauver les meubles. Libéraux et péquistes demeurent pourtant à égalité. Malgré une gestion de crise désastreuse, une entente avec les étudiants pourrait encore permettre au PLQ d’envisager une courte victoire.


    On peut comprendre que M. Parizeau n’ait pas voulu se faire l’arbitre entre les différents partis indépendantistes, mais dans une élection qui pourrait se jouer sur une poignée de sièges, cette division pourrait très bien causer la défaite du PQ.


    Au printemps dernier, son nouveau statut de « dame de béton » avait convaincu Mme Marois qu’une alliance circonstancielle avec Québec solidaire et, éventuellement, avec les anciens députés péquistes devenus indépendants, n’était pas nécessaire.


    Indéniablement, une telle alliance comporte des inconvénients pour le PQ, mais y aurait-il pire inconvénient qu’une victoire libérale ?













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