Crise étudiante - Charest exaspère Parizeau

L’ancien premier ministre a repris une citation de François Mitterrand qu’il a lue récemment dans les journaux. « Si la jeunesse n’a pas toujours raison, la société qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort. » C’était en mai 1968.
Photo: La Presse canadienne (photo) Graham Hughes L’ancien premier ministre a repris une citation de François Mitterrand qu’il a lue récemment dans les journaux. « Si la jeunesse n’a pas toujours raison, la société qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort. » C’était en mai 1968.

Exaspéré, Jacques Parizeau n’a pas de conseils à donner à Jean Charest tellement il trouve « inconcevable » que le gouvernement libéral, par son inaction, ait laissé se détériorer le climat social au Québec.

« Qu’on ait laissé pourrir pendant 14 semaines quelque débat social que ce soit, je n’en reviens pas », a déclaré Jacques Parizeau au cours d’une conférence de presse tenue dans le cadre du volet Capitale nationale des États généraux sur la souveraineté du Québec.


Selon lui, les gouvernements Charest et Harper, qui sont tous deux passés du statut de minoritaire à celui de majoritaire, sont devenus « trop autoritaires ». « Ils disent : “j’ai gagné, tu as perdu, je fais ce que je veux”. Ce qui reste aux opposants, c’est la rue », a avancé Jacques Parizeau. « Le système parlementaire britannique, ça demande une certaine retenue. »


L’ancien premier ministre a repris une citation de François Mitterrand qu’il a lue récemment dans les journaux. « Si la jeunesse n’a pas toujours raison, la société qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort. » C’était en mai 1968.


Au-delà de la crise étudiante, on assiste à « un extraordinaire réveil d’une génération », estime-t-il. « C’est tout à fait fascinant. »


Ce n’est pas sans lui rappeler l’atmosphère de la Révolution tranquille. « La Révolution tranquille, dont on vante constamment les réalisations, c’est une révolution de jeunes », a-t-il fait valoir. « L’atmosphère, à ce moment-là, était irrésistible », à tel point que Daniel Johnson, père, bien qu’à droite, « fut emporté par le mouvement », a relaté Jacques Parizeau. « Et là, ça sent ça. Ç’a commencé avec les indignés et Occupy Wall Street. Écoutez, qu’on dépense 1000 milliards pour sauver les banques et que trois millions de familles américaines perdent leur maison, on s’indigne à moins que ça. »


Pour l’heure, Jacques Parizeau ne sait pas si le réveil politique des étudiants va profiter au mouvement souverainiste. « Il y a une seule chose qui me frappe », a-t-il dit. « C’est la première fois que je vois ça : que 200 000 personnes puissent manifester au Québec sans un seul drapeau canadien, je n’en reviens pas. Les manifestations sont en train de régler le problème identitaire. »


La réflexion politique des étudiants n’occultera pas la question de la souveraineté, croit-il. « On essaie d’échapper à ce débat-là, on n’y arrive pas », a souligné Jacques Parizeau, qui a cité en exemple « les efforts extraordinaires que Legault déploie » pour ne pas en parler. « Si tous les chemins mènent à Rome, toutes les discussions au Québec aboutissent invariablement à : qu’est-ce qu’on va faire de notre Québec ? »


Devant les quelque 125 souverainistes réunis à ces États généraux et de toute allégeance - Parti québécois, Québec solidaire, Option nationale, Parti indépendantiste, Parti vert -, Jacques Parizeau a insisté sur l’importance de préparer dès maintenant, dans le détail, la réalisation de la souveraineté qui passera par importante décentralisation du nouvel État.


Critiquant sans le nommer le PQ de Pauline Marois, l’ancien chef péquiste estime que la préparation de la souveraineté n’est « pas du tout » suffisante. « Pour moi, c’est un signe d’un manque évident de volonté », a-t-il dit. La « prolifération » des partis indépendantistes au Québec ainsi que la tenue des États généraux sur la souveraineté indiquent toutefois « que la volonté est en train de se préparer ».


Jacques Parizeau ne veut pas arbitrer les rivalités entre les différents partis indépendantistes. « Rendu à 81 ans, tous les souverainistes sont mes enfants. Et entre frères et soeurs, arrangez-vous », a-t-il dit, en faisant rire l’assistance.


Après le référendum de 1995, il y eut un « long passage à vide » qu’il arrive mal à comprendre, a-t-il dit à son auditoire souverainiste. « Mais là, ç’a assez duré. Il faut qu’on recommence à discuter de la souveraineté comme autre chose qu’une sorte d’idéal lointain, vague, émotif. »


« Il faut que la politique redevienne intéressante au Québec. On a du chemin à faire », a-t-il dit. Et aujourd’hui, ce sont les jeunes et leur critique du néolibéralisme qui rendent la politique intéressante, reconnaît Jacques Parizeau.

60 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 28 mai 2012 02 h 14

    Mouvement étudiant et question nationale / Le Parti Panda

    Implicitement ou explicitement, le mouvement étudiant est traversé par la question nationale du Québec, ne serait-ce que dans la perspective d’un modèle éducatif postsecondaire québécois, qui serait en rupture avec la tendance néolibérale de l’Amérique du Nord.

    L’incontournable problématique sociopolitique du lien entre la question sociale et la question nationale refait ici surface. Une nouvelle Révolution tranquille, celle du XXIe siècle dans le contexte d’une société-monde, pourra-t-elle se faire sans notre indépendance nationale ? Peut-on être citoyen du monde sans être d’abord citoyen du Québec ?

    Il est vrai que la première étape est celle de rendre à l’État et aux institutions québécoises leur légitimité, et au peuple québécois espoir et fierté, en mettant fin au régime Charest aux prochaines élections.

    Dans cette perspective, si l’on compris que le PLQ et la CAQ constituent une variante d’un appareillage politique au service de la minorité socioéconomique dominante et possédante, il revient aux partis d’opposition de prendre les moyens nécessaires pour ne pas replonger notre société dans le chaos “libéral” une quatrième fois, c’est-à-dire de constituer une coalition PQ-QS-ON. Les modalités pour parvenir à une telle entente pourraient, par exemple, être la garantie de ne pas opposer de candidats à Madame David, ni à Messieurs Kadhir et Aussant (avec réciprocité pour le PQ).

    Si les trois partis d’opposition faisaient conjointement le choix de la défaite, aurions-nous d’autre choix que l’abstention, l’annulation du vote, ou de faire renaître et vaincre le Parti Rhinocéros … à moins qu’un Parti Panda ne soit plus à même de séduire les plus jeunes (ainsi que la Chine qui serait la première nation à reconnaître notre indépendance…) ?

    Yves Claudé

    • Serge Grenier - Inscrit 28 mai 2012 07 h 08

      Le Parti Rhinocéros ne se mêle pas de politique provinciale.

      Il a été question récemment d'ouvrir une aile Rhinocéros au niveau municipal, mais on a assez d'instinct de survie politique pour ne pas aller se mettre les pieds dans les platebandes du provincial.

      Serge Grenier

    • Pierre Vincent - Inscrit 28 mai 2012 08 h 15

      Un Parti Rhinocéros pour la Ville de Montréal? Quelle excellente idée. Gilbert Rozon pourrait en être le chef...

    • Jacques Morissette - Abonné 28 mai 2012 08 h 21

      Serge, je ne connais pas beaucoup le parti Rhinocéros. Mais, n'est-ce pas une facon d'encourager les gens, mallgré eux, à faire semblant d'aller voter? Bref, le parti Rhinocéros, n'est-ce pas un coup d'épée dans l'eau, politiquement et socialement parlant? Une facon subtile d'éviter le débat?

    • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 28 mai 2012 09 h 23

      Je crois qu'il est actuellement moins pertinent de parler nationale que de question démocratique.

      Ma génération n'a pas le complexe identitaire de nos prédécesseurs. De plus, il ne s'agit plus d'une crise étudiante mais bien d'un éveil démocratique, auquel il n'y a pas que des blancs-francophpones qui y contribuent : enfin, même les anglos (avec, par exemple, CUTV) et autres "votes ethniques" sont avec nous.

      Dans une démocratie, comme dans "par et pour le peuple", c'est aux citoyens directement de définir le "contrat social" (la constitution), pas à nos employés les députés. Actuellement, nous sommes considérés comme des sujets d'une monarchie. Jusqu'à présent, le "contrat social" de 1982, nous ne l'avons pas signé ; pourquoi continuer à se considérer assujettis à un contrat que nous n'avons pas signé?

      "Il est vrai que la première étape est celle de rendre à l’État et aux institutions québécoises leur légitimité".

      La solution ne viendra pas de la classe politique actuelle, qui y est à cause de ses règles et de ces élections clé-en-main. L'enjeu n'est pas d'élire d'autres titulaires aux mêmes postes de cette même structure pourrie.

      Il faut clamer notre citoyenneté dans un autre cadre. Il faut se signer entre citoyens un nouveau contrat social : il faut refonder le Québec en nous dotant d'une constitution par nous citoyens, pour nous citoyens.

      Guillaume Blouin-Beaudoin

      itinéraire : ledevoir.com, désolé de ne pas avoir averti 8 heures à l'avance...

    • Pierre Schneider - Abonné 28 mai 2012 09 h 36

      Sans une solide coalition indépendantiste, Charest-Legault risquent fort de prendre le pouvoir. L'indépendance de notre pays passe au-dessus des partisaneries. Il en va de la survie du Québec comme peuple. Allez, les partisans, partagez-vous les comtés de façon honorable pour que nous en sortions gagnants. C'est le temps d'agir et de mettre en branle cette révolution nationale indispensable pour la suite des choses.

    • Sylvain Gauthier - Inscrit 28 mai 2012 10 h 10

      M. Claudé, vous parlez d'une coalition des forces souverainistes, et c'est un sujet digne d'intérêt.

      Sachez qu'un des trois partis en question était ouvert, et demeure ouvert encore aujourd'hui, à l'idée d'une collaboration. Option nationale et son chef Jean-Martin Aussant ont proposé de tenir des investitures souverainistes dans chacune des circonscriptions avant les prochaines élections. Le résultat serait qu'un seul représentant souverainiste participerait au scrutin, question de ne pas diviser les votes souverainistes.

      Cette proposition, le Parti Québécois ne lui fermait pas la porte lorsque les sondages le plaçaient à 18% des intentions de vote. Mais avec sa remontée dans les sondages, la porte s'est refermée. Pour ce qui est de Québec Solidaire, les discussions n'ont jamais été fructueuses.

      Un seul parti est donc ouvert à cette idée de collaboration. Qui plus est, c'est le même parti qui a inscrit dans sa plateforme la possibilité de fusionner avec tout autre parti qui aurait une plateforme suffisamment concordante. Option nationale est un parti qui travaille pour la cause souverainiste, qui ne craint pas la collaboration, et qui fait véritablement de la politique autrement.

  • Jacques Simard - Inscrit 28 mai 2012 02 h 57

    Le confort et l'indifférence...

    je crois que l'indiférence n'est qu'un avatar du confort et que sans pays déjà fait c'est lui depuis 30 ans qui joue le plus fort à l'encontre de notre pérennité, je pousse l'idée que la survivance de la culture canayenne d'antant ne tenait que sur un fossé immense entre le boss anglais et le jober canayen la richesse arrogante sous un protestantisme austère et copieux et la pauvreté docile qui couvait sa revanche à l'aune d'un catholicisme frugal mais réunificateur. Dans l'effervescence de la Révolution Tranquille une bonne partie des boomers via une carte de crédit gouvernementale qui paraissait sans fond et/ou par des syndicats forts qui leurs ont permis des conventions avantageuses ont goûtés aux joies de l'American Way of Life et s'y sont tranquillement endormis les RÉERs achetés la piscine installée l'esprit aviné et les pieds sur pouf devant l'écran allumé, le X lui autonomiste à la dure s'étant senti larguer (à bon essien) par le boomer trop préoccupé maintenant à se débattre avec son hypothèque et ses 1.3 enfants ne reste donc que l'insoumission du Y son regard neuf porté sur le monde et la pugnacité de celui ou celle qui n'a rien à perdre pour n'avoir rien encore pour sauver ce coin de francophonie.
    le 2 mai dernier et la réforme récente du nombre de circonscriptions au fédéral (même bonnifiée par le NPD) annoncent pour ne pas dire assurent déjà notre insidieuse 'cajunisation' si rien n'est fait, ça revient à dire dans un temps qui manque déjà que sur ce fragile Y se joue peut-être le dernier acte d'une pièce qui s'est amorçée en 1608

    • Francois Trahan - Inscrit 28 mai 2012 09 h 38

      Voici une belle inspiration à laquelle j'adhère totalement. Dommage que la structure de phrase soit si pauvre, la ponctuation quasi-inexistante. Des mots clés ont retenu mon attention mais j'ai du relire pour en saisir clairement toutes les subtilités. Décidément, toute démarche, qu'elle soit culturelle, politique, idéologique ou intellectuelle (mettez-en...) se doit d'être soutenue par un discours intelligible. Il ne manque pas grand chose, mais ce "pas grand chose" est important. Le propos brillant est réduit à une image floue, nébuleuse. Si on veut convaincre, on doit, en tout premier lieu, s'exprimer clairement. Très peu de gens se donneront la peine de relire une deuxième fois pour bien saisir... La survivance du fait français en Amérique du Nord passe par la maitrise de la langue...

  • Yves Côté - Abonné 28 mai 2012 04 h 36

    Les vieux pommiers ...

    "Les vieux pommiers ne donnent pas pour autant de vielles pommes ", disait Félix .

    Monsieur Parizeau, même dans l'adversité, vous avez toujours fait honneur au Québec .

    Merci !

  • Michel Lebel - Abonné 28 mai 2012 07 h 01

    Ça devait arriver!

    Parizeau exaspère sans doute Charest! Voila une belle-mère qui s'en mêle et qui tourne les coins pas mal ronds! Enfin la liberté d'expression existe toujours bel et bien au Québec!

    • Mariette Payeur - Inscrite 28 mai 2012 08 h 15

      Cent fois d'accord avec vous.

      Si M. Parizeau, que je respecte, pouvait réduire ses interventions pour parler de souveraineté et s'abstenir de critiquer la gestion actuelle, je l'écouterais.
      Il critique l'inaction gouvernementale.
      Et la loi spéciale? Mauvaise action, je suppose?
      Quant à identifier une bataille pour le fric à « un extraordinaire réveil d’une génération», j'en doute plus que jamais. Cette bataille est devenue un jeu, (voir les bambins dans la rue), une provocation.
      De l'essentiel, des vrais besoins des étudiants et de l'éducation future, néant.

    • Solange Bolduc - Abonnée 28 mai 2012 08 h 19

      Il n'est pas nécessaire d'être une belle-mère pour constater que Charest a laissé pourrir le conflit étudiant.

      D'ailleurs, il est remarquable de constater que généralement ceux qui s'en prennent "aux vieux" s'en prennent tout aussi bien aux jeunes, oubliant que c'est justement parce qu'ils sont "vieux-jeux" qu'ils pensent avoir raison sur tout, donc sur rien!


      Ce que dit M. Parizeau est juste, et son indépendance d'esprit n'en a jamais fait un magouilleur comme vos libéraux, M. Lebel!

      Grand bien vous fasse si c'est ce genre de politiciens que vous aimez tant !

    • G. Gilles Normand - Inscrit 28 mai 2012 08 h 38

      Le mot "belle-mère" que vous utilisez de façon impertinente est on ne peut plus exécrable dans ce contexte. Quant aux "coins ronds" dont vous parlez ils ne sont rien en comparaison de l'interminable conduite giratoire du premier-ministre actuel au volant avec ses ministres sur le capot.
      Ne croyez-vous pas que le typhon libéral ait assez tourbillonné
      en valse-hésitation avant d'aboutir à une commission d'enquête
      sur la corruption ? Et que dire de ce virevoltage incessant avant de négocier avec les étudiants qui sont aussi des citoyens... plutôt que de les cravacher ! C'est comme çà qu'on perd le nord...et espérons-le les élections... L'exaspération est à son comble ! De quelle " liberté d'expression"parlez-vous donc?

    • Christian Ouellet - Inscrit 28 mai 2012 13 h 18

      belle réplique monsieur Normand.

      ce sont les faits de notre PM actuel.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 28 mai 2012 07 h 15

    Le QUEBEC,UN PAYS.

    Quel bonheur de voir la solidarite des jeunes et des moins jeunes comme moi a 72 ans. Nous l aurons notre pays enfin. Nous nous debarrasserons des Charest et Legault et leur amis riches et corrompus exploitant notre societe avec leurs mensonges et leurs suiveux. jean-pierre grise

    • Claude Kamps - Inscrit 28 mai 2012 09 h 10

      au même âge, j'ai le même sentiment d'appartenance à ce mouvement de révolte pacifique dans son ensemble.
      Bizarre que les casseurs étaient vraiment présent quand on ne voyait que la force «masquée» policière!! À croire que ce mouvement de désordre ultime forçait la venue de la 78 ou en était complice....

    • André Michaud - Inscrit 28 mai 2012 11 h 17

      Vous oubliez qu'on a déjà un pays..