Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

Questions d'image - «j'ai raison!»

J’ai raison et voici pourquoi. - Tu as tort, et je te le prouve. Est-ce assez clair à ton goût ?

Simpliste n’est-ce pas ? Oui, et le plus souvent stupide aussi.


Chacun choisit son camp. Le malaise est palpable. Nous en sommes là. Alors, l’invective et la propagande se sont invitées à la table des agitations quotidiennes, faute de l’existence de vraies tables de négociations. Plus personne ne s’écoute, et tout le monde parle.


Plus moyen d’échapper à cette détérioration de l’atmosphère.


Par des positions éditoriales ou individuelles trop marquées, certains médias traditionnels ont perdu de vue la nature même de leur véritable métier. Celui d’informer. Ils devraient s’inquiéter dès lors de la perte constante de leur influence. Cette influence est laissée aux médias sociaux, plus prompts, plus mordants, plus efficaces dans la diffusion de l’opinion. Pour le meilleur et pour le pire.


Facile à comprendre, me direz-vous. Aujourd’hui, les journalistes sont appelés à jouer sur plusieurs registres à la fois, analystes, chroniqueurs, blogueurs et simples citoyens internautes. Et ce, dans des espaces-temps sans cesse compressés par la nécessité d’émettre - coûte que coûte - leur opinion. Certains y parviennent, beaucoup s’y essayent, d’autres enfin y perdent leur latin, quand ce n’est pas leur raison et parfois même leur réputation.


Comment peut-on en effet réagir avant d’agir et agir avant de penser ? Il me semble que quelque chose ne tourne pas rond.


Il est vrai que l’importance et l’intensité du conflit étudiant, comme on le constate chaque jour davantage, ont largement et dangereusement dépassé le cadre de la lutte contre la hausse des droits de scolarité. Force est de constater que la crise a muté et que l’on a atteint les pourtours d’une véritable révolution (révolte) sociale. Les bruits de casserole cachant avec difficultés - même dans leur joyeux tintamarre - que non seulement la marmite est pleine, mais qu’elle bout à en faire trembler le couvercle.


Je peux comprendre aussi que la crise, à ce point délicate, touche l’épiderme de chacun devant les positions strictes d’un gouvernement, dont une grande majorité de Québécois s’entend pour dire qu’il va trop loin avec la création et la mise en application de la loi 78, jetant de facto plus d’huile que d’eau sur un feu qui ne demande qu’à devenir un brasier incontrôlable.


Comme aux prémices de toute grande crise, l’exacerbation des parties en présence est de plus en plus notoire. Avec pour conséquences manifestes le durcissement des positions et la montée en puissance de discours et d’opinions aussi partisanes que déstructurées.


Cette crise étudiante se résoudra tôt ou tard, nous le souhaitons tous. Saurons-nous en tirer les leçons ? Saurons-nous comprendre que cette société, que l’on dit autiste, vit davantage dans la virtualité que dans la réalité, et qu’elle a besoin des proximités nécessaires à son épanouissement ? Des proximités physiques et intellectuelles, idéologiques, donc aspirationnelles.


Sinon, comment expliquer que les gens se couchent plus heureux quand ils ont frappé quinze minutes sur des casseroles ?


Pour l’instant, ces proximités font cruellement défaut. Paradoxalement, pas chez les jeunes. Chez les élus.


Par proximités absentes, je veux lister ces accès aux indispensables courants d’influence et de réflexion. Où sont ces visiteurs du soir qui jadis conseillaient les puissants dans les arcanes du pouvoir, en marge des grandes crises ? Ces gens de savoir philosophique, politique, littéraire, social, économique, et plus véritablement humaniste.


Sans ces proximités d’intelligence, sommes-nous condamnés à évoluer dans le dogme et la rhétorique partisane, le statut Facebook, les microsynthèses en 140 caractères et le blogue nombriliste des populistes de service ? Non merci.


À l’heure où Montréal célèbre la créativité québécoise dans l’événement C2MTL, à l’heure où s’y rassemblent les plus grands penseurs des modèles économiques de demain, comment ne pas ouvrir nos yeux et nos oreilles pour y penser mille fois avant que d’en parler ?


Mon point, vous l’aurez compris, n’est surtout pas d’avoir raison. Mais de la retrouver.


Car, comme disait Ponce Lebrun, vieux poète français du XVIIIe siècle : « C’est avoir déjà tort que d’avoir trop raison. »


***
 

Jean-Jacques Stréliski est professeur associé à HEC Montréal, spécialiste en stratégie de l’image.

 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel