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    Une chanson dans la tête

    Lise Payette
    25 mai 2012 |Lise Payette | Québec | Chroniques
    Mardi dernier, pendant que des centaines de milliers de manifestants usaient leurs souliers sur l’asphalte et les nids de poule de Montréal en scandant des slogans, une image s’est imposée à moi : celle, connue à travers le monde, de ce jeune Chinois affrontant le char d’assaut sur la belle place Tiananmen, seul, empêchant l’horrible machine d’avancer. C’est en pensant à lui et à vous tous que j’ai sorti la belle chanson prophétique de Jacques Michel, écrite en 1970, et que je l’ai mise sur mon machin à musique, cette chanson qui dit :

    « Viens

    Un nouveau jour va se lever

    Et son soleil

    Brillera pour la majorité qui s’éveille

    Comme un enfant

    Devenu grand

    Avec le temps

     

    Viens

    Un nouveau jour va se lever

    Et son regard

    Se moquera de l’autorité de César

    Car les enfants

    Défient les grands

    Quand vient le temps »

     

    Il faut la réentendre en entier en ces moments de grande remise en question qui réunissent pour une rare fois plusieurs générations. Mardi, une journaliste a tendu son micro à une belle vieille dame qui s’était assise sur sa marchette pour se reposer. Elle avait 81 ans et elle marchait avec les jeunes, malgré la pluie, malgré la fatigue, parce qu’elle avait été une enseignante et que, pour elle, tous ces jeunes étaient SES enfants, SES étudiants. Elle était belle à voir avec ses cheveux blancs. Et puis cette autre, un autre jour, qui affirmait qu’elle était là pour « que ses petits-enfants soient fiers d’elle ».


    Il y avait beaucoup d’autres têtes blanches dans la foule. L’oeil allumé, elles qui en ont vu d’autres, elles avaient l’air de veiller à ce que les policiers ne s’énervent pas trop parce qu’ils en étaient à leur centième doigt d’honneur de la journée. Pauvres policiers, quel métier !


    Mais ils sont aussi en train d’apprendre comment on doit se comporter devant une foule qui ne cherche pas la violence à tout prix. Les autres, ceux qu’on appelle les « casseurs », la police les connaît sûrement très bien, ou alors elle aurait mal fait son travail depuis des lunes.


    Je voudrais que les étudiants « aillent s’asseoir » (c’est l’expression la plus à la mode en ce moment) avec leurs parents et leurs grands-parents pour prendre le temps de discuter de la situation avec eux. Que chacun des jeunes manifestants se donne comme mission de rassurer les plus vieux car, en vieillissant, les humains qui se fragilisent deviennent plus inquiets devant les revendications, les opinions qu’il faut défendre, les soulèvements populaires et la moindre violence qui leur fait horreur. C’est pourquoi ils sont si faciles à manipuler par les politiciens qui depuis des décennies ont joué sur leurs peurs pour en faire des supporters soumis. Dites-leur que vous avez besoin de leur appui et profitez-en pour leur dire que vous les aimez ; ça leur donnera des ailes. Vous ne les reconnaîtrez plus. Ils en ont déjà tant fait pour vous. Ne me dites pas que vous ne le savez pas.


    Pour conserver l’appui de la population, il faut que vos sorties ne mènent pas à des dérapages incontrôlés. Vous êtes assez nombreux pour vous assurer que les casseurs deviennent des anges de vertu. Il suffirait probablement de lever un mur de protection autour de chacun d’entre eux.


    De quoi je me mêle ? Vous avez raison. Ça aussi il faut que vous l’appreniez par vous-mêmes. Un lecteur s’est donné la peine de m’écrire la semaine dernière pour me dire que je n’étais qu’une vieille folle. Ce sont ses mots. Je lui réponds qu’il a parfaitement raison. Je suis vieille, c’est vrai. Si je suis folle, c’est d’admiration pour ceux qui, comme vous, défient tous les Césars de ce monde.

     

    « Le temps des révérences

    Le temps du long silence

    Le temps de se taire est passé

    C’est assez

    Le temps des muselières

    Se meurt dans la fourrière

    Le temps de mordre est arrivé »

     

    Tenez bon, les enfants. Vous êtes en train de changer le monde. Et croyez-moi, il était temps.













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