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    Conflit étudiant - La rue a répondu

    Des dizaines de milliers de personnes ont bravé hier la loi 78, retournant au gouvernement par la force du nombre l’absurde de son code répressif. On voit bien que cette loi d’exception n’ajoute rien que les forces de l’ordre ne détenaient déjà pour faire cesser la véritable casse. La cible n’est pas la bonne.

    La rue n’a pas dérougi. Rouge de colère, cette population demeure solidaire des étudiants qui contestent l’arbitraire et la répression de la loi 78. Rouges de honte, les citoyens-manifestants ne reconnaissent pas l’ADN du Québec dans cette antidémocratie.


    C’est pourtant d’elle, cette démocratie si chère à notre histoire, que se réclame le gouvernement Charest pour percer une crise et éteindre le chaos. Il a choisi de permettre l’accès à des classes en faisant cliqueter des chaînes trop lourdes. On l’a bien vu hier : la loi d’exception ne fera pas cesser les mouvements de protestation qui ne sont pas infiltrés par les casseurs, au contraire ! On voit les faiblesses et la sournoiserie d’une loi de « retour à l’ordre » : les véritables cibles sont celles qui font du mal ou celles qui font du bruit ? Les unes et les autres ne sont pas à mettre dans le même panier, même si c’est ce qu’une absence totale de nuance nous a collectivement menés à répéter comme erreur.


    Impossible à faire appliquer, la loi 78 ? Hier, c’en était la démonstration parfaite par l’absurde ! Le SPVM a évidemment choisi la tolérance, même si l’une des manifestations d’hier était « illégale » en vertu de la loi spéciale - la CLASSE a choisi de respecter son mode de fonctionnement habituel, soit de voguer où bon lui semble. Or, comment intercepter des hordes d’illégaux sans sombrer dans le ridicule ?


    À ce test de la réalité s’ajoutait hier l’hésitation du gouvernement lui-même, qui n’a pas, comme il le devrait, cherché d’avis juridique sur la constitutionnalité de sa propre loi. « Le plus tôt un juge se prononcera, le mieux ce sera », a indiqué le ministre de la Sécurité Robert Dutil, comme s’il doutait de la force de 78. En attendant le verdict d’un tribunal, il faut s’en remettre au bon jugement des policiers. À Montréal du moins, ils surveillent toujours les méfaits de très près, avec les dérapages que cela implique parfois, mais jusqu’ici, ils se sont abstenus d’appliquer la loi d’exception de manière rigoureuse. Il y a peut-être un signal à saisir pour le rédacteur de la loi quand ceux qui doivent l’appliquer sont en mode retenue…


    Pendant que la rue servait une leçon aux élus, à l’Assemblée nationale on ergotait ferme, il va de soi. Les libéraux maintiennent la ligne dure. Le PQ implore le premier ministre de s’impliquer personnellement. Québec solidaire invite à la « résistance pacifique et légale » à la loi 78. La CAQ prie pour des élections.


    La querelle de principe s’éternise et se fixe, anéantissant toute forme de conversation lucide. L’émotion vive a tout emballé, laissant les idées en berne. La seule évocation de la « désobéissance civile » désormais est synonyme de vandalisme. Les manifestations, dans l’esprit d’un grand nombre, sont le théâtre de la violence et de la casse instantanée. Il y a des raccourcis absolument odieux : condamner la loi 78 équivaut, pour certains, à oser un appel à la violence. L’invitation au calme vaut donc pour tout le monde, devant cette distorsion des faits.


    C’est autour d’une table que le calme doit revenir. À cet égard, c’est la nouvelle ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, qui a été hier la porteuse de la « bonne nouvelle du jour », passée un brin inaperçue dans le tumulte de ces manifestations très surveillées. « C’est autour d’une table qu’on trouve des solutions », a-t-elle dit, précisant que depuis jeudi dernier les canaux demeuraient ouverts malgré une loi spéciale peu encline à nourrir la confiance. Nous le répétons : le dialogue reste la voie royale, car la rue n’éteindra pas sa clameur. Tous l’ont compris.

     
     
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