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    Loi spéciale - Une vague d’indignation

    19 mai 2012 |Isabelle Porter | Québec
    Du Barreau à Amnistie internationale en passant par un regroupement d’historiens, le projet de loi spéciale (qui a été adopté hier) a été accueilli hier par un déluge de protestations.

    « On s’insurge quand on voit l’utilisation de ces procédés dans d’autres pays », a dénoncé le bâtonnier du Québec et représentant du Barreau, Louis Masson. « Ça touche les honnêtes gens qui n’ont rien à voir avec le conflit. Qui de sensé va aller manifester avec cette loi ? », s’est-il insurgé.


    Comme beaucoup d’autres, Me Masson trouve particulièrement dérangeantes les limites apportées au droit d’association et au droit de manifestation. « Ce projet risque de créer des cicatrices dans l’intégrité de nos droits fondamentaux », dit-il.


    Pour la Ligue des droits et libertés, le projet de loi 78 « interdit finalement toute manifestation spontanée, ce qui est totalement inacceptable en démocratie ». La Ligue s’insurge aussi contre « l’attaque » portée au droit d’association et dénonce « les sanctions excessives et démesurées » imposées aux associations étudiantes.


    Amnistie internationale parle quant à elle d’une « dérive ». L’organisation, qui défend la cause des prisonniers d’opinion dans les pays non démocratiques, estime que « l’impact de ce projet de loi va bien au-delà de l’objectif du gouvernement » et parle de « potentielles limitations » à des droits fondamentaux « protégés par le droit international ».


    Enfin, elle souligne qu’il peut « devenir difficile » pour une personne participant à une manifestation de savoir « exactement quel geste peut être de nature illégale ». Cela « accroît encore le pouvoir discrétionnaire de la police et peut mener à de la discrimination, voire à des arrestations arbitraires », ajoute-t-on.


    Cinglant, le Conseil des Canadiens a noté qu’à peine quelques jours après la condamnation de la « répression généralisée » qui a eu lieu lors du G20, le gouvernement Charest « semble vouloir surpasser la plus grande violation des libertés civiles dans l’histoire canadienne ». « Des générations entières ont lutté pour ces droits fondamentaux qui sont énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, a plaidé sa présidente Maude Barlow. Ce n’est pas seulement une attaque contre les droits des étudiants. Il s’agit d’une atteinte à la démocratie même. »


    Au FRAPRU, on a dit que cette loi était « digne d’un État totalitaire » et que le premier ministre « tente de mettre toute une génération au pas et de l’enfermer dans la petite case de la soumission et du conformisme ».


    Les médias sociaux se sont littéralement enflammés pour la question hier. En l’espace de quelques heures, des dizaines de milliers de personnes ont signé la pétition mise en ligne pour faire invalider la loi spéciale. Cette initiative des fédérations étudiantes et de l’organisme Juripop avait récolté 80 000 appuis en fin de journée.


    Des appuis


    Moins nombreux et moins bruyants, certains groupes ont quand même tenu à donner leur appui à la démarche du gouvernement Charest. Le Conseil du patronat a souligné qu’il n’avait pas l’expertise pour évaluer le choix des moyens légaux, mais a quand même fait valoir qu’étant donné le « non-respect des injonctions au cours des dernières semaines », le projet de loi devait « comporter des mesures suffisamment fortes pour engendrer des effets de dissuasion ». Surtout, a-t-il ajouté, qu’il « restera des groupuscules dont la stratégie consiste à créer et à entretenir le chaos et l’intimidation ».


    L’Association du camionnage du Québec a quant à elle tenu à rappeler que les manifestations des derniers mois avaient fait « augmenter de façon importante la problématique de la congestion routière » et que son industrie avait été confrontée à des « entraves impromptues » et subi « des pertes importantes depuis le début du conflit ».

    ***

     

    Avec Brian Myles

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    La Chambre de commerce ironise


    La Chambre de commerce de Gatineau dénonce avec humour la loi spéciale adoptée à Québec hier pour répondre au conflit étudiant. Dans une lettre envoyée hier au Service de police de la Ville de Gatineau, le président, Antoine Normand, prévient les agents qu’un « attroupement de plus de 10 personnes » aura lieu le 29 mai, soit un 5 à 7 de l’organisation. M. Normand l’informe du trajet de l’événement (du stationnement à une salle, 300 mètres plus loin) et lui demande combien d’agents infiltreront la soirée pour prévoir un nombre supplémentaire de hors-d’œuvre. Il s’agit bien entendu d’une blague, a expliqué M. Normand, qui connaît bien le chef de police. Le président précise qu’il est du côté du gouvernement au sujet de la hausse des droits de scolarité si elle n’affecte pas l’accessibilité à l’éducation supérieure. « Mais la loi spéciale ne va rien régler. Ça va juste envenimer la situation », pense-t-il.













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