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    Loi spéciale - J’ai le Québec en berne

    19 mai 2012 | Marc Ouimet - Citoyen | Québec
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	Le mouvement des indignés, la lutte étudiante, le mouvement pour le bien commun et bien d’autres nous disent une fracture profonde entre une partie non négligeable de la population et les pouvoirs politiques.</div>
    Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
    Le mouvement des indignés, la lutte étudiante, le mouvement pour le bien commun et bien d’autres nous disent une fracture profonde entre une partie non négligeable de la population et les pouvoirs politiques.
    Comme beaucoup, beaucoup de gens, j’ai le Québec en berne. En berne de ses ressources bradées au nom du développement économique, de sa jeunesse matraquée au nom de la protection du bien d’autrui, de ses administrations corrompues et des entrées mafieuses dans les coulisses du pouvoir.

    Je suis historien de formation et j’ai beaucoup travaillé sur la Révolution tranquille et la période duplessiste. Les liens à faire avec la période actuelle sont si nombreux qu’il est étonnant qu’on n’en parle pas plus. De la corruption du régime duplessiste (les enveloppes brunes ne datent pas d’hier) à son utilisation de la police provinciale de l’époque pour casser les grévistes de l’amiante en passant par la loi d’émeute, les échos de cette période sont nombreux aujourd’hui.


    On a beaucoup idéalisé la période qui a suivi, en oubliant souvent qu’elle fut le théâtre d’intenses luttes sociales que le pouvoir politique a, le plus souvent, voulu faire taire. Les historiens ont amplement parlé des mesures politiques et économiques mises en avant pour que les Canadiens français d’alors « rattrapent » leur retard face aux Anglo-Saxons. Ils ont moins parlé des mouvements sociaux qui se sont alors mis en branle et que les pouvoirs ont rapidement voulu faire taire.

     

    Piler sur les droits


    Et face à ces jeunes qui se réclamaient d’idéaux sociaux allant parfois jusqu’à la révolution, le pouvoir n’a eu de cesse de répondre par la force, toujours dans le but de « protéger » la paix sociale et les simples citoyens. Et toujours un certain nombre de ces simples citoyens ont appuyé le bruit des bottes pour que se taise la jeunesse impertinente. Il y a eu les feux de la Saint-Jean-Baptiste de 1968. Il y a eu Octobre. Il y a eu les grands affrontements syndicaux et les trois chefs emprisonnés. Il y a eu bien d’autres exemples où le pouvoir en place n’a jamais eu de scrupules à piler sur les droits fondamentaux pour maintenir son hégémonie.


    Aujourd’hui, devant la corruption de gouvernements qui, au nom de la protection du bien privé et du droit du simple citoyen à ne pas se faire emmerder, bafouent les libertés fondamentales à toute société démocratique qui se respecte, force est d’admettre qu’une nouvelle Révolution tranquille est nécessaire. Ou plutôt une révolution démocratique. Car s’il y a bien eu rattrapage et émancipation nationale autrefois, on voit assez, aujourd’hui, que les rouages du pouvoir, eux, n’ont changé en rien.

     

    Hiatus social


    Les plus jeunes se mobilisent aujourd’hui pour la lutte étudiante, comme ceux de ma génération, plus vieille de 10 ans, s’étaient mobilisés contre la mondialisation à Seattle et à Québec. C’était avant le 11-Septembre et l’hiatus social qu’il a imposé, avant la frénésie du terrorisme, de sa violence absurde et des dérives légales qu’il a entraînées. Il est d’ailleurs fascinant de voir qu’on utilise maintenant la rhétorique et les armes législatives liées au terrorisme pour attaquer et réprimer l’action - certes répréhensible mais qui n’a quand même blessé personne - de certains.


    Ce pouvoir est usé, corrompu et se maintient par la force et l’intimidation. La crise économique de 2008 nous a remis en pleine face les abus grotesques de la finance sur les sociétés, et le cirque continue. Les agences de notation décident de la politique de pays entiers et les spéculateurs font fortune sur la faim. Les jeunes, comme beaucoup d’autres citoyens, ne sont pas dupes. Nous savons qui déjeune avec qui et nous savons qu’ils ne paient pas d’impôts, ou si peu, contrairement à ceux dont on exige leur « juste part ».


    Tout le monde se gargarise de démocratie dans cette histoire, mais beaucoup ont la définition élastique, ou plutôt restrictive, si on prend la chose par l’autre bout. À ceux qui considèrent que la démocratie consiste à élire une bande de clowns qui imposeront à la société leur bon vouloir et leurs intérêts pendant quatre ans, il y en a d’autres qui pensent plutôt qu’à la base de l’idée de démocratie se trouve le principe de souveraineté populaire. Ce n’est pas l’urne qui est dépositaire de la légitimité politique, mais bien le peuple. Il faudrait le rappeler.

     

    Système vicié


    En ce sens, peut-être faudrait-il reconnaître que ce n’est pas tant un parti en particulier que le système dans son ensemble qui est vicié. Si aucun parti n’a jamais réussi - pour peu qu’il y en ait un qui ait essayé véritablement - à réformer la culture politique du Québec, c’est sans doute que c’est le système lui-même qu’il faut repenser. Or, réformer un système ne suffit pas. On a fait des guerres pour imposer la démocratie, et ça n’a pas été un succès. La démocratie repose d’abord et avant tout sur une culture du vivre-ensemble et du dialogue, sur un idéal collectif.


    Le mouvement des indignés, la lutte étudiante, le mouvement pour le bien commun et bien d’autres nous disent une fracture profonde entre une partie non négligeable de la population et les pouvoirs politiques. Ils disent l’urgence d’une autre façon de voir le monde, de penser la finalité de l’économie, le respect de l’environnement, la justice sociale.


    Les matraques policières et politiciennes n’auront jamais le dessus sur les idées. Rendez-vous à la Fête nationale. Que la célébration de la nation soit également celle de sa liberté face aux pouvoirs de l’argent et des intérêts copiniers. Qu’advienne la révolution démocratique ! Qu’advienne le Québec libre !

     
     
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