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    Le gouvernement Charest ébranlé

    Beauchamp partie, le gouvernement maintient la ligne dure avec les étudiants ; « Ce conflit a déjà trop duré. La patience des Québécois a atteint ses limites », dit Charest

    15 mai 2012 | Antoine Robitaille | Québec
    La ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, annonçant sa démission, hier, à Québec, aux côtés du premier ministre Jean Charest. Mme Beauchamp a estimé ne plus faire « partie de la solution » dans la crise étudiante.
    Photo : Clément Allard - Le Devoir La ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, annonçant sa démission, hier, à Québec, aux côtés du premier ministre Jean Charest. Mme Beauchamp a estimé ne plus faire « partie de la solution » dans la crise étudiante.
    Québec - Ébranlé par la démission de Line Beauchamp, le gouvernement Charest a annoncé hier qu’il ne ferait plus de compromis dans la crise étudiante. L’annulation de sessions et des retours en classe sous escorte policière sont examinés.

    Après avoir souligné que le gouvernement avait fait preuve « d’une grande ouverture » depuis 14 semaines, la nouvelle ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, a dit souhaiter « ardemment que les représentants étudiants et les étudiants fassent maintenant leur bout de chemin ». Elle a d’emblée exclu toute possibilité d’un moratoire sur la hausse des droits de scolarité alors que Jean Charest, en début d’après-midi, avait écarté explicitement la voie d’une loi spéciale.


    Mme Courchesne, qui demeure présidente du Conseil du Trésor, retrouve le portefeuille de l’Éducation qu’elle a détenu de 2007 à 2010. Elle tiendra aujourd’hui à 18 h une rencontre avec les représentants étudiants afin de dresser un « état de situation ». Des rencontres suivront avec les dirigeants des institutions d’enseignement : la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec et la Fédération des cégeps. Elle fera rapport au gouvernement « très rapidement », a-t-elle insisté. « Je connais assez le ministère de l’Éducation pour vous dire qu’en regard de la situation qui prime aujourd’hui, dans ce conflit, le temps presse. »


    Jean Charest a précisé qu’à partir de l’état de situation dressé par sa ministre, « on en saura plus sur les échéanciers pour compléter les sessions ». Et au bout du compte, il sera possible au gouvernement de « prendre des décisions », ce qui laisse planer de possibles annulations de sessions.


    Ce dernier et sa nouvelle ministre ont répété être résolus à appliquer « la mise en oeuvre du plan de financement des universités », bref la hausse des droits de scolarité décriée par les associations étudiantes et les étudiants en grève. Pour Jean Charest, ces derniers, parmi les étudiants québécois, sont minoritaires ; et les activistes forment un « groupuscule ». Il a souligné à maintes reprises hier que quelque 70 % des étudiants avaient terminé leur programme. Ainsi, à ses yeux, c’est « une minorité d’étudiants qui sont à l’extérieur ». Et de ce groupe, « il y en a beaucoup qui veulent réintégrer leurs cours et qui se font bloquer le passage par des gens qui ne respectent pas les lois ». Il a dit vouloir s’assurer que le « droit de ces citoyens » d’avoir accès à leur salle de cours soit respecté ; tout comme les injonctions des tribunaux. « Là où il devra y avoir des interventions [policières], il y en aura. À chaque fois, on va se soucier de la sécurité des concitoyens », a laissé tomber Jean Charest.

     

    « Quand même »


    S’il n’y a aucun compromis à faire, pourquoi alors rencontrer les associations étudiantes ? « Je crois quand même qu’il faille se retrouver demain [aujourd’hui]… et continuer… d’échanger, faire ce point-là, faire les constats », a hésité Mme Courchesne. La nouvelle ministre a admis que les « points de rencontre » entre les associations étudiantes et le gouvernement « semblent difficiles à atteindre ». Elle leur reproche d’avoir signé l’entente du 5 mai - qui proposait la création d’un conseil provisoire des universités - « pour ensuite la rejeter en bloc ». Hier, Mme Courchesne a parlé de la nécessité, « quand même », de « se retrouver à une même table ». Beaucoup d’événements se sont produits depuis la signature de l’entente du 5 mai. « Moi je vais partir de là et on va faire ce point-là demain. » Mme Courchesne a présidé les discussions du marathon de 22 heures de négociation du 4 au 5 mai. Les associations étudiantes l’avaient désignée comme étant plus conciliante.

     

    Démission-surprise


    Quant à Line Beauchamp, n’estimant plus faire « partie de la solution », elle a décidé d’abandonner son portefeuille de ministre de l’Éducation ; ce qu’elle a décrit comme étant l’« ultime compromis », soit de quitter la vie politique. Son départ, marqué par une amertume sentie, s’inscrirait pourtant dans ce « mode solution » qu’elle évoquait depuis des semaines, a-t-elle insisté. Il pourrait constituer, à ses dires, un « électrochoc » qui contribuera peut-être à mettre fin au conflit actuel.


    Rien ne laissait présager le départ de Mme Beauchamp, aussi vice-première ministre, qui laisse aussi son poste de députée de Bourassa-Sauvé, siège qu’elle occupait depuis 1998. Hier matin encore, elle avait tenu une conférence téléphonique avec les représentants des quatre associations étudiantes : FEUQ, FECQ, CLASSE et TACEQ. Elle a à ce moment suggéré d’ultimes compromis : la tenue d’une commission parlementaire qui aurait été chargée de recenser les sources d’économie dans la gestion des universités « applicables à une diminution de la contribution étudiante ». Elle a essuyé un refus des représentants étudiants. « Les associations étudiantes ne font pas confiance aux élus du peuple », a-t-elle conclu, racontant qu’un porte-parole avait même ajouté que les députés n’avaient « pas prouvé leur capacité d’analyse » pour se pencher sur la reddition de comptes des universités. Cherchant à mieux comprendre la position des étudiants, Mme Beauchamp a révélé avoir lancé l’idée d’un moratoire sur la hausse des droits de scolarité. Mais les représentants étudiants ont indiqué que cette proposition « ne suffisait pas pour qu’ils invitent leurs membres à rentrer en classe ». Ils y ont même ajouté une condition ; soit la tenue d’États généraux sur les universités. Mme Beauchamp estime avoir par conséquent « perdu confiance en la volonté des leaders étudiants d’être en recherche de solutions et à la recherche d’une véritable sortie de crise ».


    Ces dernières semaines, Mme Beauchamp avait été l’objet de plusieurs menaces anonymes. Aurait notamment été trouvé devant sa résidence un récipient plein d’essence. Mme Beauchamp a formellement nié hier démissionner « devant la violence et l’intimidation ». « À tous ceux et celles qui seraient tentés de voir dans ma démission une confirmation que leur tactique de déstabilisation a réussi, je lance le message suivant : comme simple citoyenne au Québec, vous me trouverez sur votre chemin avec mes propres armes : le respect de la démocratie, le courage de mes convictions, les valeurs de paix et de civisme, l’honnêteté, la capacité de s’indigner.»


    Enfin, le Parti québécois a réagi hier en soutenant que le gouvernement était en déroute et « incapable de gérer la crise ». Le chef de la Coalition avenir Québec François Legault a imputé la situation au « manque de leadership » de M. Charest et a insisté pour que le gouvernement protège le droit des étudiants à retourner en classe même s’il faut le faire « avec les policiers, de façon forcée ».

    La ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, annonçant sa démission, hier, à Québec, aux côtés du premier ministre Jean Charest. Mme Beauchamp a estimé ne plus faire « partie de la solution » dans la crise étudiante. Il faut s’assurer que le «droit des citoyens» à avoir accès à leurs salles de cours soit respecté, a déclaré Jean Charest, ici en compagnie de la nouvelle ministre de l’Éducation assermentée hier, Michelle Courchesne.
     
     
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