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    Les politiciens « ont peur de leur ombre »

    Donato Tomassi ne croit pas que Line Beauchamp ignorait l’identité du présumé mafieux ayant participé à son activité de financement

    11 mai 2012 | Kathleen Lévesque | Québec
    Le premier ministre Jean Charest a profité du départ de Tony Tomassi pour déclencher une élection partielle qui se tiendra le 11 juin prochain dans LaFontaine ainsi que dans Argenteuil.
    Photo : Clément Allard - Le Devoir Le premier ministre Jean Charest a profité du départ de Tony Tomassi pour déclencher une élection partielle qui se tiendra le 11 juin prochain dans LaFontaine ainsi que dans Argenteuil.
    Si la ministre Line Beauchamp avait porté un nom à consonance italienne, son activité de financement à laquelle le présumé mafieux Domenico Arcuri a participé en 2009 aurait provoqué une enquête policière de l’Unité permanente anticorruption (UPAC). C’est ce que soutient Donato Tomassi, ex-organisateur libéral et père de l’ancien ministre de la Famille, Tony Tomassi, accusé de fraude et d’abus de confiance.

    Dans un entretien téléphonique hier au Devoir, Donato Tomassi a insisté pour dire que la communauté italienne subissait du « racisme ». Selon lui, l’attention qu’accorde la police aux gens d’affaires et aux politiciens dépend de leurs origines, ce qui épargnerait Mme Beauchamp.


    « Line Beauchamp, c’est son nom qui fait la différence. Si elle avait eu un nom italien, la police se serait occupée de son cas. Parce que franchement, c’est pas possible qu’elle ne connaisse pas les gens qui étaient présents à son déjeuner-bénéfice. Quand on reçoit 20-25 personnes chez soi - et c’est ce qu’a fait le Parti libéral dans le comté de Mme Beauchamp - et que ça rapporte plus que 60 000 piastres, on sait qui est autour de la table », a déclaré M. Tomassi, qui a fait de l’organisation politique pendant 30 ans pour les libéraux. « J’en ai vu d’autres, Madame ! La politique, je sais comment ça marche », a-t-il ajouté avec un petit rire.


    Ce dernier remet ainsi en question la défense de Line Beauchamp qui a nié, en réaction aux révélations de La Presse, qu’elle connaissait Domenico Arcuri, identifié dans l’opération Colisée comme un membre de la mafia. « Je ne pourrais pas le reconnaître. Je ne le connais pas », s’est-elle défendue la semaine dernière. Mme Beauchamp a également indiqué que dorénavant, elle prendrait « toutes les précautions » pour éviter de se retrouver avec un membre du crime organisé dans les activités de financement du PLQ.


    Le 6 avril 2009, Mme Beauchamp, alors ministre de l’Environnement, était l’invitée-vedette d’un petit-déjeuner qui s’est déroulé au restaurant lavallois Picolo Mondo. L’activité était organisée par des cadres de la firme de génie-conseil Génivar pour l’association libérale de Bourassa-Sauvé. Le maire de l’arrondissement de Montréal-Nord et membre du comité exécutif de la Ville de Montréal, Gilles Deguire, a participé au petit-déjeuner alors qu’il agissait à l’époque comme attaché politique de Mme Beauchamp dans la circonscription. L’entrepreneur Lino Zambito, accusé dans le scandale de Boisbriand, était également de la partie.


    Pour Donato Tomassi, en plaidant l’ignorance, Line Beauchamp illustre à quel point les politiciens sont devenus frileux, qu’ils « ont peur de leur ombre ». C’est davantage cette attitude qui l’irrite que l’activité de financement et les gens qui y ont participé. « On veut faire du Québec un monastère. C’est rendu qu’on ne peut plus aider nos amis. À quoi sert d’avoir des amis si on ne peut pas les aider ? » a lancé au Devoir M. Tomassi.

     

    Élection partielle


    Son fils Tony a démissionné la semaine dernière de son poste de député de LaFontaine. Il avait été expulsé du caucus libéral en 2010 pour avoir utilisé une carte de crédit fournie par l’entreprise BCIA de Luigi Coretti. Il fait face à des accusations de fraude et d’abus de confiance. Il est également l’objet d’une enquête du commissaire à l’éthique. De plus, l’UPAC s’intéresse à sa gestion des garderies, un dossier qui a révélé que des organisateurs libéraux auraient été favorisés dans l’octroi de permis de services de garde.


    « On est en train de faire un gouvernement policier », s’est insurgé M. Tomassi. Il trouve d’autant plus injuste le traitement fait à la communauté italienne qu’il a choisi, lui, dès son immigration au Canada il y a cinquante ans, d’intégrer la société de langue française. « On est rejetés même quand on a du talent, du culot et du charisme [comme Tony] », affirme Donato Tomassi, avant d’ajouter avec amertume : « J’ai reçu Jean Charest chez moi comme un roi. Et les libéraux m’ont traité comme un moins que rien. »


    Le premier ministre Jean Charest a profité du départ de Tony Tomassi pour déclencher une élection partielle qui se tiendra le 11 juin prochain dans LaFontaine ainsi que dans Argenteuil. C’est le président du PLQ, Marc Tanguay, un résidant de la Rive-Sud, qui tentera de succéder à M. Tomassi.


    S’il se défend d’avoir été parachuté dans cette circonscription, M. Tanguay reconnaît à demi-mot avoir été sollicité pour briguer les suffrages. « C’est un échange de bon consentement [sic] », s’est-il borné à expliquer lors d’une conférence de presse pour lancer officiellement sa campagne.


    Les employés du PLQ sur place étaient vraisemblablement nerveux et cherchaient à bien contrôler le message politique. Sans subtilité, au moins deux d’entre eux suivaient Le Devoir dans ses discussions avec des membres de l’association libérale après l’événement. Un relationniste est venu faire des signes à proximité pour que cesse de faire des commentaires un membre de l’exécutif et un autre, quelques minutes plus tard, a interrompu la conversation avec le président de l’association. Il aura fallu que Le Devoir les invite à garder leur distance pour continuer son travail.


    Selon Donato Tomassi, les libéraux ont peu de craintes à avoir dans l’immédiat, sinon une faible participation des électeurs. Son fils avait obtenu une majorité de plus de 10 000 voix en 2008. « De toute façon, ils vont mettre toute la machine derrière leur candidat. Le vrai danger, ce sera à l’élection générale », prédit celui qui reste malgré tout libéral.

     
     
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