Les politiciens « ont peur de leur ombre »

Le premier ministre Jean Charest a profité du départ de Tony Tomassi pour déclencher une élection partielle qui se tiendra le 11 juin prochain dans LaFontaine ainsi que dans Argenteuil.
Photo: Clément Allard - Le Devoir Le premier ministre Jean Charest a profité du départ de Tony Tomassi pour déclencher une élection partielle qui se tiendra le 11 juin prochain dans LaFontaine ainsi que dans Argenteuil.

Si la ministre Line Beauchamp avait porté un nom à consonance italienne, son activité de financement à laquelle le présumé mafieux Domenico Arcuri a participé en 2009 aurait provoqué une enquête policière de l’Unité permanente anticorruption (UPAC). C’est ce que soutient Donato Tomassi, ex-organisateur libéral et père de l’ancien ministre de la Famille, Tony Tomassi, accusé de fraude et d’abus de confiance.

Dans un entretien téléphonique hier au Devoir, Donato Tomassi a insisté pour dire que la communauté italienne subissait du « racisme ». Selon lui, l’attention qu’accorde la police aux gens d’affaires et aux politiciens dépend de leurs origines, ce qui épargnerait Mme Beauchamp.


« Line Beauchamp, c’est son nom qui fait la différence. Si elle avait eu un nom italien, la police se serait occupée de son cas. Parce que franchement, c’est pas possible qu’elle ne connaisse pas les gens qui étaient présents à son déjeuner-bénéfice. Quand on reçoit 20-25 personnes chez soi - et c’est ce qu’a fait le Parti libéral dans le comté de Mme Beauchamp - et que ça rapporte plus que 60 000 piastres, on sait qui est autour de la table », a déclaré M. Tomassi, qui a fait de l’organisation politique pendant 30 ans pour les libéraux. « J’en ai vu d’autres, Madame ! La politique, je sais comment ça marche », a-t-il ajouté avec un petit rire.


Ce dernier remet ainsi en question la défense de Line Beauchamp qui a nié, en réaction aux révélations de La Presse, qu’elle connaissait Domenico Arcuri, identifié dans l’opération Colisée comme un membre de la mafia. « Je ne pourrais pas le reconnaître. Je ne le connais pas », s’est-elle défendue la semaine dernière. Mme Beauchamp a également indiqué que dorénavant, elle prendrait « toutes les précautions » pour éviter de se retrouver avec un membre du crime organisé dans les activités de financement du PLQ.


Le 6 avril 2009, Mme Beauchamp, alors ministre de l’Environnement, était l’invitée-vedette d’un petit-déjeuner qui s’est déroulé au restaurant lavallois Picolo Mondo. L’activité était organisée par des cadres de la firme de génie-conseil Génivar pour l’association libérale de Bourassa-Sauvé. Le maire de l’arrondissement de Montréal-Nord et membre du comité exécutif de la Ville de Montréal, Gilles Deguire, a participé au petit-déjeuner alors qu’il agissait à l’époque comme attaché politique de Mme Beauchamp dans la circonscription. L’entrepreneur Lino Zambito, accusé dans le scandale de Boisbriand, était également de la partie.


Pour Donato Tomassi, en plaidant l’ignorance, Line Beauchamp illustre à quel point les politiciens sont devenus frileux, qu’ils « ont peur de leur ombre ». C’est davantage cette attitude qui l’irrite que l’activité de financement et les gens qui y ont participé. « On veut faire du Québec un monastère. C’est rendu qu’on ne peut plus aider nos amis. À quoi sert d’avoir des amis si on ne peut pas les aider ? » a lancé au Devoir M. Tomassi.

 

Élection partielle


Son fils Tony a démissionné la semaine dernière de son poste de député de LaFontaine. Il avait été expulsé du caucus libéral en 2010 pour avoir utilisé une carte de crédit fournie par l’entreprise BCIA de Luigi Coretti. Il fait face à des accusations de fraude et d’abus de confiance. Il est également l’objet d’une enquête du commissaire à l’éthique. De plus, l’UPAC s’intéresse à sa gestion des garderies, un dossier qui a révélé que des organisateurs libéraux auraient été favorisés dans l’octroi de permis de services de garde.


« On est en train de faire un gouvernement policier », s’est insurgé M. Tomassi. Il trouve d’autant plus injuste le traitement fait à la communauté italienne qu’il a choisi, lui, dès son immigration au Canada il y a cinquante ans, d’intégrer la société de langue française. « On est rejetés même quand on a du talent, du culot et du charisme [comme Tony] », affirme Donato Tomassi, avant d’ajouter avec amertume : « J’ai reçu Jean Charest chez moi comme un roi. Et les libéraux m’ont traité comme un moins que rien. »


Le premier ministre Jean Charest a profité du départ de Tony Tomassi pour déclencher une élection partielle qui se tiendra le 11 juin prochain dans LaFontaine ainsi que dans Argenteuil. C’est le président du PLQ, Marc Tanguay, un résidant de la Rive-Sud, qui tentera de succéder à M. Tomassi.


S’il se défend d’avoir été parachuté dans cette circonscription, M. Tanguay reconnaît à demi-mot avoir été sollicité pour briguer les suffrages. « C’est un échange de bon consentement [sic] », s’est-il borné à expliquer lors d’une conférence de presse pour lancer officiellement sa campagne.


Les employés du PLQ sur place étaient vraisemblablement nerveux et cherchaient à bien contrôler le message politique. Sans subtilité, au moins deux d’entre eux suivaient Le Devoir dans ses discussions avec des membres de l’association libérale après l’événement. Un relationniste est venu faire des signes à proximité pour que cesse de faire des commentaires un membre de l’exécutif et un autre, quelques minutes plus tard, a interrompu la conversation avec le président de l’association. Il aura fallu que Le Devoir les invite à garder leur distance pour continuer son travail.


Selon Donato Tomassi, les libéraux ont peu de craintes à avoir dans l’immédiat, sinon une faible participation des électeurs. Son fils avait obtenu une majorité de plus de 10 000 voix en 2008. « De toute façon, ils vont mettre toute la machine derrière leur candidat. Le vrai danger, ce sera à l’élection générale », prédit celui qui reste malgré tout libéral.

43 commentaires
  • Guy Vanier - Inscrit 11 mai 2012 04 h 00

    qu'avez vs a dire Mme Beauchamp?

    comme charest vs ne dite pas souvent la vérité!!

  • Yves Côté - Abonné 11 mai 2012 04 h 58

    Monsieur Tomassi père...

    Je ne suis pas du même côté de la barrière politique que Monsieur Tomassi, nous sommes même en parfaite opposition constitutionnelle.
    Mais je dois reconnaître qu'il parle franc. Il est selon moi plus que temps qu'un organisateur politique ose le faire...
    Qu'il soit Libéral ou autre ne compte pour rien dans sa déclaration, ce qui est déterminant c'est qu'il ait le courage de le faire.
    Evidemment, c'est un père blessé qui parle ici. Mais la chose ne risque pas moins de lui coûter cher en termes personnels.
    Je crois qu'il faut souligner le courage qu'il montre à faire une telle déclaration à Madame Lévesque, parce que personne pourrait imaginer qu'il ne saurait pas très bien ce qu'il fait.
    La lutte pour le respect des lois, dont celles de financement des partis politiques, ne doit jamais prendre la forme d'une chasse à l'origine ou à la consonnance d'appellation. Si elle s'y aventure, elle se discrédite automatiquement.
    La loi s'applique à tous et doit, le cas échéant, abattre ses peines aveuglément et sans discrimination aucune. Il en est certainement ainsi avec toute enquêts qui a pour but de la faire respecter.
    Que Monsieur Tomassi franchisse ainsi ouvertement auprès du Devoir le mur du silence et de l'hypocrisie n'est certainement pas anecdotique. Au contraire, cela me semble être le signe d'un certain ras-le-bol de plusieurs organisateurs politiques qui, ayant accepter longtemps de jouer un jeu entendu, n'ont plus l'intention dorénavant de passer pour les dindons de la farce ?
    J'étais encore assez jeune, mais je me rappelle plusieurs réactions de cynisme d'organisateurs Libéraux lorsque René Lévesque (ancien Libéral lui-même) et son équipe ministérielle ont pris les mesures législatives pour assainir les pratiques de financement des partis, celles-ci héritées d'un duplessisme qui avait duré si longtemps que ces pratiques en étaient devenus des habitudes largement partagées.
    (suite ci-dessous)

    • Lorraine Dubé - Inscrite 12 mai 2012 15 h 15


      Non seulement Tomassi père ressent-t-il de l’amertume, mais, il sert un sérieux avertissement au PLQ. «J’ai reçu Jean Charest chez moi comme un roi. Et les libéraux m’ont traité comme un moins que rien»

      «On veut faire du Québec un monastère. C’est rendu qu’on ne peut plus aider nos amis. À quoi sert d’avoir des amis si on ne peut pas les aider?»
      Un élu doit être au service de l’électorat et non des amis et retours d’ascenseur indécents à l'endroit de contributeurs libéraux. Un gouvernement est au service de tous les citoyens.

      Par ses prises de positions, ce Tomassi démontre combien pour le PLQ ce peut être monnaie courante de récompenser les amis du système en place. Digne de la mafia, on se sert sans scrupule aux frais des contribuables.

      Laisser passer les intérêts du peuple québécois après ceux du régime libéral fédéraliste, un manque d’éthique total.

      «J’en ai vu d’autres, Madame ! La politique, je sais comment ça marche»
      Ça on sait qu’il sait tirer profit des situations!
      Les amis du PLQ doivent prendre la responsabilité du «racisme» subi par leur
      communauté italienne. Il n’y a pas de fumée sans feu. Ce que Tomassi père occulte, ce sont les citoyens de leur communauté qui ressentent de la honte de les voir entacher leur réputation.

      «Il aura fallu que Le Devoir les invite à garder leur distance pour continuer son travail.»
      Le PLQ contrôle toujours l’information. Rendre des comptes à la population étant l’essence même de la démocratie. Tomassi père et fils, sont à la mesure des «standards» d’éthique Charest :
      http://archives.radio-canada.ca/politique/national

    • Lorraine Dubé - Inscrite 12 mai 2012 18 h 55

      Les politiciens qui «ont peur de leur ombre» sont leurs complices, les élus du PLQ, le seul parti politique qui refusait obstinément de rendre des comptes à la majorité pendant plus de trois ans par une Commission d'enquête publique sur la collusion dans l'industrie de la construction. Les libéraux ont dû s'y résigner, bien malgré eux, isolés qu'ils étaient dans leur turpitude.
      Qui tente de faire diversion et craint une enquête publique quant aux ramifications et financement des partis politiques, si ce n'est le misérable PLQ ayant l'appui inconditionnel de ceux pour qui revient l'ascenseur, les Tomassi et autres!
      «L’UPAC s’intéresse à la gestion des garderies des Tomassi et Courchesne, un «AUTRE» dossier impliquant des organisateurs libéraux favorisés dans l’octroi de permis de services de garde»
      Tomassi père, celui qui reste malgré tout libéral»Tout est dit!
      Que pense Tomassi père des dérapages racistes à l'endroit du Québec? Il ne se préoccupe pas outre mesure de la réputation de province corrompue qu'a le Québec. Ne parlait-on pas d'eux dans le revue McLean's?! PLC-PLQ-PC. Les politiciens et militants fédéralistes adeptes du statu quo.

      À beau mentir qui vient de loin! TV5- Jean Charest commentait les scandales de corruption dans le bâtiment:«aucun gouvernement n'en a fait autant que nous en avons fait dans les 2 dernières années pour contrer ce problème» http://www.youtube.com/watch?v=Uz0rfK7dRkk

      «Une cote de 5 % à la mafia montréalaise bien infiltrée dans l'économie du Québec»
      http://www.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2010/

  • Yves Côté - Abonné 11 mai 2012 04 h 59

    Monsieur Tomassi père (suite)...

    Les uns disaient que le clan Lévesque vivrait maigrement, les autres que cela ne pourrait pas durer plus que quelques années, ou encore d'autres qui en affirmaient que tout cela n'était que de la bouilli pour les chats.
    Sauf que le PQ d'alors a eu à coeur de tenir son pari malgré le vent et les tempêtes... Même en 1980; ce qui, à mon avis, a sans doute non seulement coûté aux indépendantistes plusieurs votes négatifs mais a induit une orientation politique, durable et destructive pour le Québec, chez plus d'un ?
    Il ne faut pas rêver, en politique plus qu'en toute autre matière, les choses n'arrivent presque jamais fortuitement. C'est la raison pour laquelle, malgré toutes les simagrées stratégiques des fédérastes, ceux-là masquant leurs intérêts privés parmi les considérations des fédéralistes canadiens qui sont honnêtes, tels le faisaient autrefois le familly compact, c'est la raison pour laquelle l'indépendance du Québec ne pourra qu'arriver à la fin.
    Parce que la force du mouvement qui la porte est celle de tout un peuple qui aime la liberté, malgré que celui-ci se trouve souvent balotté en affirmation politique par l'habileté et l'omniprésence contemporaine de l'argent roi.
    Tout cela nous faisant donc revenir à la déclaration de Monsieur Tomassi hier soir au Devoir à propos d'une membre active du PL et, qui plus est, d'une ministre en poste du gouvernement Charest...
    Geste qu'à mon sens nous devons tous saluer, malgré les différences de détermination politique qui nous départage parfois.

    Vive le Québec libre et politiquement droit dans ses bottes !

  • Luc Fortin - Abonné 11 mai 2012 07 h 12

    On se trompe de nom?

    "Line Beauchamp, c’est son nom qui fait la différence. Si elle avait eu un nom italien, la police se serait occupée de son cas. Parce que franchement, c’est pas possible qu’elle ne connaisse pas les gens qui étaient présents à son déjeuner-bénéfice." [Donato Tomassi]

    Dans ce cas, c'est le nom du conjoint de la ministre qui explique qu'il ne se passera rien.

    • Rodrigue Guimont - Inscrit 11 mai 2012 10 h 27

      Avant d’être vice-première ministre du Québec (depuis le départ de Nathalie Normandeau en sept. 2011) et ministre de l’Éducation des Loisirs et du Sport (2010), Line Beauchamp était ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs.

      Selon plusieurs sources, le conjoint de Madame Beauchamp, Pierre Bibeau, avait d’importants intérêts dans beaucoup de dossiers concernant des terminaux méthaniers notamment.

      P. Bibeau était présent lors de ce fameux souper au «Piccolo Mondo» de Laval en compagnie de 15 à 20 invités dont Dominico Arcuri. Il semble que P. Bibeau ne soit plus aujourd'hui le conjoint de L. Beauchamp.

  • Xavier Ovando - Inscrit 11 mai 2012 07 h 38

    ne pas profiler SVP, en tout cas pas sur la base ethnique.

    C'est un peu vrai que c'est facile de tomber ce qui semble du profilage ethnique et pour ça il est important d'agir et agir bien dans le cas de la corruption au Québec.... et qu'on raffle tout peu importe l'origine de leur noms! Pourrais-t-on enquêter sur tous les individues qui possèdent ou controles tant d'argent que cela devient immoral pour expliquer un tel enrichissement dans un contexte de crise mondiale!

    En fait, tous les MEGA RICHES PLOGGUÉS SUR LA TÉTINE DU PUVOIR!!

    J'en connais plein des italiens travaillants et honnêtes et ce sont la majorité... faus juste savoir qu'il y en a qui on beaucoup trop de pouvoir économique et qui semble sentir que ce pays leur appartient tout en vénérant encore Benito Mussolini.


    En ce moment le politique pense qu'il va pouvoir pousuivre les suspect usuels et montrer patte blanche... il gagne du temps sur le dos des étudiants et prépare sa sortie par la porte de service!!

    Ne le laissons pas filer!

    • Djosef Bouteu - Inscrit 11 mai 2012 21 h 22

      Je propose une descente de police généralisée pour une belle grosse perquisition dans les burreaux du PLQ. Après tout, les fédéralistes-colonialistes des forces de l'ordre n'ont eu aucune gêne à perquisitionner illégalement les burreaux du Parti Québécois par le passé.

      Là on parle du parti libéral, qui couche dans le lit de la mafia. Me semble que c'est pas mal moins problématique d'une point de vue éthique.