Les dirigeants étudiants manquent de crédibilité, dit Pierre Reid

Québec — «La base étudiante est noyautée par des gens qui ne prennent pas leurs études très au sérieux», croit l'ancien ministre de l'Éducation libéral, Pierre Reid. Et cela enlève toute crédibilité aux représentants de leurs associations, a-t-il déclaré à l'entrée du caucus libéral en matinée.

Dans une rare sortie sur les questions étudiantes, le député d'Orford et ancien recteur de l'Université de Sherbrooke a soutenu que si l'entente de principe intervenue en fin de semaine a du plomb dans l'aile, c'est que «les dirigeants étudiants ont échappé le ballon». Il soutient que pour un gouvernement, il est difficile d'avoir face à soi «des intervenants qui ne sont pas crédibles». À preuve, a-t-il insisté, ces intervenants ont signé une entente avec le gouvernement et par la suite, «la base ne les suit pas».

Le gouvernement n'a peut-être pas aidé l'entente en insistant, comme Line Beauchamp et Jean Charest, sur le fait que la hausse des droits était maintenue, a-t-il ajouté: «Est-ce que les bons mots qui ont été choisis à ce moment-là? C'est très facile de critiquer.» Mais il fallait quand même dire quelque chose, a-t-il opiné, car «on entendait les étudiants dire qu'on venait de régler les problèmes de droits de scolarité, qu'on avait trouvé un moyen de ne pas payer de droits de scolarité. Ce n'était pas ça l'entente non plus. Fallait trouver une façon de le dire».

M. Reid, qui avait été remplacé comme ministre de l'Éducation par Jean-Marc Fournier lors d'une crise des prêts et bourses de 2004-2005, a soutenu qu'à ses yeux, l'entente est «très claire»: les étudiants et le comité provisoire des universités devront faire la preuve qu'il y a des économies à faire, lesquelles pourraient servir à compenser la hausse des droits de scolarité. «Pour avoir géré une université pendant huit ans, je ne pense pas qu'il y ait des millions et des millions, mais il y peut-être des choses qui pourraient être améliorées», a-t-il commenté.

Une bonne piste

Bref, les «frais afférents» ou «frais institutionnels obligatoires», qui sont au cœur de la voie de solution esquissé en fin de semaine, sont une bonne piste. «Je pense que ça mérite aussi d'être regardé parce qu'il y a des frais qui sont incontournables comme par exemple à l'université de Sherbrooke, il y a des frais de stage. Ça prend du monde qui prend soin des stages. Il faut trouver le moyen de les payer, mais il y a peut-être d'autres frais qui sont peut-être des droits de scolarité, des remplacements des droits de scolarité à ce moment-là, il faudrait peut-être.»

Les propos de M. Reid ont instantanément soulevé un tollé sur les réseaux sociaux. «Est-ce que l'ancien MIN de l'éducation Pierre Reid est crédible? Le mouvement étudiant se le demande», lançait par exemple plusieurs intervenants sur Twitter.

Par ailleurs, la ministre de l'Éducation Line Beauchamp, à l'entrée du caucus, a repris son discours d'hier selon lequel les étudiants peuvent adopter cette entente sans renoncer à leur lutte contre la hausse des droits de scolarité. Elle s'est aussi dite ouverte à apporter des «précisions» au texte.

Marois implore Charest

Quant à la chef Pauline Marois, elle a fait cette déclaration, à l'entrée de son caucus : «Comme la majorité des Québécois, nous nous sommes réjouis, en fin de semaine, du fait qu'il y avait une solution qui apparaissait suite aux échanges et aux ententes, projets d'entente... entre les étudiants et le gouvernement. Malheureusement, on est à même de constater que l'impasse n'est toujours pas dénouée. Alors aujourd'hui, et au-delà de toute partisanerie, je demande au premier ministre de continuer à dialoguer avec les étudiants pour qu'ils ne perdent pas leur session. Vous avez vu que nous avons été très silencieux sur le projet d'entente parce que nous souhaitions que ce projet permette de dénouer l'impasse. Malheureusement, ce n'est pas le cas. Le premier ministre a une responsabilité. Je lui demande de l'assumer.»

Le chef de la Coalition avenir Québec François Legault a pour sa part exigé que le gouvernement prenne tous les moyens pour que les étudiants reviennent en classe dès lundi.
95 commentaires
  • Y Gauthier - Inscrit 8 mai 2012 13 h 53

    Pas une question de crédibilité

    Ce n'est pas une question de crédibilité mais d'honneteté. Le gouvernement Charest savait tres bien que les gens avec qui il négociait n'avaientt pas de mandat. Le gouvernement soutient que les étudiants ont signé...qu 'ils se sont commis. La réalité est que les étudiants se sont fait prendre naivement par un gouvernement que ne pense qu'à gérer l'opinion publique des régions plutot que de trouver une véritable solution. Si au prochain sondage les libéraux ont augmenté quelque peu dans les intentions de vote en région, il est certain que Charest va justifier une élection sur le dos des étudiants.

    • Alain Lauzon - Inscrit 8 mai 2012 20 h 08

      Je crois mais je n'affirme pas que les gens du gouvernement ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre la structure du mouvement étudiant, c'est pourquoi ils persistent à nommer à tord les portes-paroles étudiants des leaders étudiants alors qu'en réalité ce sont les 175,000 étudiants qui sont les vrais leaders démocratiquement, voilà pourquoi le gouvernement s'est planté en utilisant les bonnes vieilles methodes rotords dépassées à mon avis dans ce cas-si.

    • Dominic Lamontagne - Inscrit 8 mai 2012 20 h 24

      donc, le gouvernement a piégé les 3 représentants syndicales aussi selon vous???

  • André Chevalier - Abonné 8 mai 2012 14 h 11

    Un autre boutefeu

    Avec de pareils propos, Pierre Reid veut vraiment mettre le feu aux poudres !
    Ou il fait preuve d'un manque total de jugement, ou ses propos sont délibérés.

    Je penche plutôt pour la seconde hypothèse. Il veut, comme Charest, provoquer le chao en espérant gagner de façon ignoble et grotesque, selon les propres termes du premier ministre, une élection sur le dos des étudiants.

    • Curtis Robidoux - Inscrit 8 mai 2012 15 h 30

      Pas moi: j'opte pour les deux hypothèses. On a pu mesurer son jugement à l'aune de sa gestion en tant qu'ancien recteur de l'U de S et en tant qu'ex-ministre de l'éducation. Par ailleurs, ses propos sont délibérés, étant téléguidés par son ami le PM.

    • Sylvain Lévesque - Abonné 8 mai 2012 20 h 09

      Moi, j'ai toujours trouvé M.Reid plutôt candide, en fait c'est probablement un des seuls libéraux que je n'accuserais pas de partisanerie aveugle. Il n'est pas très habile dans ses déclarations, mais elles ont le mérite de représenter honnêtement les idées du bonhomme. Dans un système politque comme le nôtre, ce genre de candeur ne pardonne pas.

  • Michel Miclot - Inscrit 8 mai 2012 14 h 15

    Un autre incendiaire

    Un autre incendiaire téléguidé par Charest. Au fait pourquoi ce M.Reid n'est-il plus ministre de l'éducation ? Il n'a pas apporté son 100.000 $ ou il n'était pas assez bon?

    • Alex Perreault - Inscrit 8 mai 2012 15 h 07

      Auriez-vous déjà oublié? Il avait transformé 103 M$ de bourse en prêts. Voyant que les étudiants n'étaient pas d'accord, il avait proposé un système de remboursement proportionnel au revenu (RPR) en janvier 2005, puisque ça ferait moins mal d'être plus endetté. Vous savez on a de plus en plus tendance à vouloir geler la douleur, mais pas prévenir ces dernières années.

      Les étudiants ont tout de même voté la grève.

      Charest craignait de laisser Reid à ce poste, il aurait sûrement céder. Alors il l'a remplacé par son goon Jean-Marc Fournier, qui est venu insulter les étudiants, diviser le mouvement entre les 2 fédérations et la CASSÉÉ (version 2005 de la CLASSE). La suite... c'est 2012!

      Pour une première fois depuis 1990, lors de la création de la FEEQ s'ajoutant à l'ANEEQ les différents représentants étudiants travaillent ensembles lors d'un conflit majeur malgré leurs différences d'approches et de tactiques et je trouve ça merveilleux de les voir aller!

  • Nicole Moreau - Inscrite 8 mai 2012 14 h 15

    assez spécial de prendre connaissance de cette position d'un ancien recteur qui a échappé le ballon lors de la crise étudiante de 2005

    En effet, monsieur Reid a dû être remplacé par un autre ministre. Monsieur Reid fait une lecture pour le moins étrange de la situation. C'est d'autant plus déplorable qu'il provient lui-même du milieu universitaire.

  • Robert Bouthillier - Inscrit 8 mai 2012 14 h 16

    Qu'est-ce qu'on cherche à faire avec ce genre de déclaration ??

    Belle façon de détendre l'atmosphère !! (j'ai failli écrire un juron à la place de la ponctuation)
    Pourrait-on passer de l'ambiance interpellations et invectives au mode "sortie de crise", SVP ??? Au lieu de jeter de l'huile sur le feu en stigmatisant tel ou telle, pourrions-nous essayer de trouver une solution viable qui permette à chacun de se poser et de trouver une façon pas trop déshonorante de sortir de la crise ?????
    Robert Bouthillier
    P.S. Au cas où il y en a que ça pourrait intéresser, j'ai rédigé deux ou trois propositions qui pourraient aider à dénouer l'impasse, si on prenairt le temps d'y réfléchir et d'en discuter :
    https://www.facebook.com/robert.bouthillier#!/notes/robert-bouthillier/sortie-de-crise/10150913028417498