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    L’«ignoble» élection sur le dos de la jeunesse

    28 avril 2012 | Robert Dutrisac | Québec
    Jean Charest, premier ministre du Québec: des élections printanières?
    Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir Jean Charest, premier ministre du Québec: des élections printanières?
    «Grotesque ! », a lancé Jean Charest aux journalistes qui l’interrogeaient sur la possibilité qu’il déclenche des élections générales en profitant de la crise étudiante. C’est le Parti québécois, la Coalition avenir Québec et les médias qui parlent d’élections. « Je n’ai jamais soulevé la question d’une élection. Ce ne fut jamais soulevé par moi, ce fut soulevé par d’autres », a insisté le chef libéral. Mais ce n’est pas parce qu’on ne parle pas d’une chose qu’elle ne surviendra pas. Surtout que L’art de la guerre de Sun Tzu demeure aux dernières nouvelles la bible de Jean Charest.

    Dans son livre, Sun Tzu écrit que « l’art de la guerre repose sur la duperie » ou le mensonge, selon les traductions. « Capable, passez pour incapable ; prêt au combat, ne le laissez pas voir ; proche, semblez donc loin ; loin, semblez donc proche. […] Attaquez là où il ne vous attend pas ; surgissez toujours à l’improviste. »


    Jean Charest avait fait le coup en décembre 2008 en surprenant ses adversaires avec des élections-surprises. Au PQ, on jure qu’on ne se fera pas prendre deux fois. Croisé hier, Éric Caire se souvient aussi de 2008. « Devrait-on le croire aujourd’hui. Je vous le dis : dans deux semaines, on est en élection », croit le député caquiste.


    Certains députés libéraux craignent que Jean Charest fasse « des élections sur le dos de la jeunesse », du jamais vu. « Un de ses proches m’a dit qu’il a décidé d’y aller », a confié un libéral.


    Mais hier, Jean Charest, quand il a dévoilé ses offres finales aux étudiants, a qualifié d’« ignoble » le fait de souhaiter des élections ce printemps. « Mme Marois a demandé qu’on déclenche des élections. Franchement, j’ai trouvé ça ignoble », s’est insurgé le premier ministre. « Je trouve ça franchement grotesque de croire que le gouvernement appelle une crise pour un calcul politique », a-t-il affirmé.


    Or, existent justement autour de lui des gens qui sont payés pour faire ce type de calculs politiques. Des gens qui préparent les prochaines élections. Des gens qui dressent une « fenêtre » pour permettre au chef libéral, si c’est son souhait, d’appeler les électeurs aux urnes.


    Une de ces fenêtres, c’est un déclenchement tout de suite après le Conseil général du PLQ, les 4, 5 et 6 mai à Montréal, pour un scrutin le lundi 11 juin. Le gouvernement a multiplié les annonces ces derniers temps ; les ministres furent très actifs. Puis Jean Charest devait vivre un temps fort, le Salon Plan Nord à Montréal. Cela ne s’est pas déroulé comme prévu ; que voulez-vous, il y a des impondérables. Une crise étudiante, ce n’est pas de tout repos, et une blague qui tombe à plat peut faire le plus mauvais effet.


    Si on se permet de décoder les propos de Jean Charest, un exercice toujours risqué, il n’y aura donc pas d’élections ce printemps. « On n’en est pas là aujourd’hui », a-t-il dit hier. Un « aujourd’hui » qui maintient l’ambiguïté. Et demain ? serait-on tenté de lui demander.


    Mais au moins Jean Charest a donné, hier, la principale raison pour laquelle il n’est pas dans l’intérêt de son parti de déclencher des élections ce printemps. Les libéraux donneraient l’impression de chercher à profiter de la crise étudiante, une crise que le chef libéral aurait l’air d’avoir « préméditée » et « nourrie », pour reprendre les mots de Pauline Marois.


    Loi et ordre


    Certains députés libéraux craignent que Jean Charest se lance en élection avant même d’avoir réglé la crise sur le thème de la loi et l’ordre. Ces dernières semaines, le chef libéral et le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, ont beaucoup insisté pour dénoncer la violence, le fait, selon eux, non seulement de casseurs, mais d’une association étudiante, la Coalition de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE). Le ministre a même évoqué la possibilité que son porte-parole, Gabriel Nadeau-Dubois, soit arrêté par la police.


    Jean Charest a cherché à associer Pauline Marois et le PQ à la CLASSE et à la violence. Le premier ministre a accusé la chef péquiste d’avoir tardé à condamner la violence et l’intimidation. Jeudi encore, lors de l’étude des crédits du Conseil exécutif, il a demandé à répétition à la chef péquiste si elle jugeait que le gouvernement devait négocier avec la CLASSE. Sous-entendu : vous traitez avec la CLASSE, vous souscrivez donc à la violence.


    Chose certaine, Jean Charest croit que Pauline Marois paiera un prix politique pour son appui à la grève. « Elle porte encore le carré rouge aujourd’hui ; bien, elle en portera la responsabilité également aux yeux des Québécois », a-t-il déclaré cette semaine à l’Assemblée nationale.


    Certains stratèges libéraux croient que le Parti libéral gagne des points dans cet affrontement avec les étudiants. Un sondage Léger Marketing, publié hier dans Le Journal de Montréal, montre d’ailleurs que 58 % des répondants appuient davantage la position du gouvernement que celle des étudiants, une progression de 10 points de pourcentage depuis février.


    En outre, les manifestations se déroulent à Montréal ; à l’exception de Sherbrooke et de Gatineau, les autres régions ne sont pas touchées. Et sur l’île de Montréal, les châteaux forts libéraux ne sauraient être menacés, quoi qu’il advienne de la grève étudiante.


    Comme le relatait avec candeur le ministre et député de Frontenac Laurent Lessard, il participait pendant les manifestations à un pique-nique pour célébrer l’agrandissement du cégep de Thetford, dont les étudiants ont voté contre la grève. « Il y a DES réalités, celle du médiatique qui, elle, est forte parce qu’ils font des petits coups, de la guérilla », a dit Laurent Lessard à des journalistes en parlant des manifestants à Montréal. « Pour te dire une affaire : le monde est tanné de regarder la TV en regardant ça. La plupart font comme nous autres, ils regardent d’autre chose. »


    La fermeté du gouvernement pourrait lui rapporter des appuis en région, augmenter les intentions de vote chez les francophones en faveur du PLQ, calcule-t-on.


     

    La grève étudiante, avec cet accent sur la loi et l’ordre, est un « wedge issue », comme disent les Américains, un enjeu qui divise les électeurs mais qui permet de récolter des appuis chez les électeurs plus conservateurs.


    Il y a toutefois un revers à cette médaille. Déclencher des élections sans que le conflit avec les étudiants soit réglé pourrait se retourner contre Jean Charest. C’était au chef libéral de régler le problème et il en a été incapable, pourraient penser les électeurs. Sans parler des perturbations que les étudiants en rogne pourraient causer tout au long de la campagne libérale.


    À moins de se servir des débordements pour renforcer un discours sur la loi et l’ordre. Et pour bien des libéraux, c’en est trop.

     
     
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