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    Crise étudiante: l’horizon est bouché

    Québec rejette l’idée d’une médiation – Gabriel Nadeau-Dubois, persona non grata

    27 avril 2012 |Antoine Robitaille | Québec
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	Échanges musclés hier à Québec entre la chef péquiste Pauline Marois et le premier ministre Charest.</div>
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
    Échanges musclés hier à Québec entre la chef péquiste Pauline Marois et le premier ministre Charest.
    Québec – Québec rejette l’idée de nommer un médiateur dans le conflit qui s’enlise entre les étudiants au gouvernement. C’est une option que les deux grandes fédérations étudiantes, la FEUQ et la FECQ, disaient vouloir explorer, hier après-midi.

    « Ce n’est pas un scénario qui est envisagé », a insisté Hélène Sauvageau, l’attachée de presse de la ministre Line Beauchamp en début de soirée. Aux yeux du cabinet de la ministre Line Beauchamp, « l’heure est à la discussion » entre l’équipe de négociateurs représentant le gouvernement, menée par l’avocat Pierre Pilote et les trois associations (FEUQ, FECQ et TACEQ).

    Toute participation de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) est exclue par le gouvernement depuis mercredi après-midi. Ce qui a mis fin aux pourparlers qui avaient été lancés lundi, solidarité étudiante oblige. L’idée, proposée hier par la présidente de la FEUQ, Martine Desjardins, que deux membres de la CLASSE intègrent la délégation de la FEUQ, a aussi été jugée inacceptable par le gouvernement. Souhaitant « mettre fin aux enfantillages », Mme Desjardins et le président de la FECQ, Léo Bureau-Blouin, avaient convié la ministre Beauchamp à 14 h aujourd’hui. Le porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, avait accepté la proposition, mais le cabinet de la ministre a opposé peu de temps après une fin de non-recevoir à ce plan : « Faire indirectement ce qu’on ne peut faire directement » n’est pas une solution, a expliqué Mme Sauvageau. Le cabinet de la ministre a aussi rejeté la demande de M. Bureau-Blouin d’élargir le mandat du négociateur Pierre Pilote afin que ce dernier puisse aborder la question de la hausse des droits de scolarité.


    En matinée, plusieurs membres du gouvernement s’en étaient d’ailleurs pris à la CLASSE et à M. Nadeau-Dubois, les rendant responsables des débordements lors de la manifestation de mercredi soir à Montréal, laquelle s’est soldée par 85 arrestations. Le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, a accusé la CLASSE d’« encourager la violence » compte tenu de sa position ambiguë au sujet de gestes répréhensibles posés lors des manifestations : « M. Nadeau-Dubois s’exprime avec volubilité, dit toutes sortes de choses et quand on décode, quand on ramasse l’ensemble de ses déclarations et qu’on fait un portrait, on doit constater qu’à la fin ce qu’il dit c’est : tous les moyens sont bons pour obtenir satisfaction, y compris la violence. » Faudrait-il faire arrêter le personnage ? « S’il contrevenait à la loi, c’est à la police à faire des accusations, et à la cour de justice, a répondu M. Dutil. Ce n’est pas à nous, on n’a pas de police politique. »


    La crise étudiante a monopolisé les débats en Chambre. Jean Charest a soutenu que le dialogue avec les associations étudiantes était souhaitable, mais qu’il ne se ferait « pas au prix de la violence », c’est-à-dire avec la CLASSE. Pauline Marois a dénoncé le « refus obstiné de dialoguer avec les étudiants » qui a mené « tout droit à la crise sociale ». La chef péquiste a redemandé que le gouvernement suspende « la hausse prévue pour 2012 ». La critique péquiste Marie Malavoy a quant à elle rappelé la manifestation du 22 mars à Montréal, soutenant qu’à cette occasion, « le peuple du Québec a marché dans la rue, toutes générations confondues, parce qu’il pense qu’il y a une mauvaise décision qui a été prise ». Selon elle, « si ce peuple avait été écouté à temps », la crise aurait été évitée. Line Beauchamp lui a répondu que l’Assemblée nationale avec ses 125 élus incarnait mieux le peuple que les gens qui manifestent dans la rue. Or, « les élus du peuple, ici, ont exprimé, clairement et en majorité, leur appui à un meilleur financement des universités. Qu’est-ce que propose le Parti québécois ? De céder à la violence et à la rue ? Il n’en est pas question », a-t-elle lancé, visiblement excédée.


    Quelle solution ?


    En après-midi, au moment de l’étude des crédits du Conseil exécutif, Pauline Marois a tenté à plusieurs reprises de savoir ce que Jean Charest envisageait comme sortie de crise. Ce dernier a systématiquement répondu en renvoyant la même interrogation à la chef de l’opposition : « Veut-elle que le gouvernement négocie avec la CLASSE ? » Mme Marois a refusé à son tour de répondre, soulignant que le premier ministre n’avait pas d’idées pour mettre fin à la crise qui perdure. Lorsqu’il a abordé le sujet, M. Charest s’est limité à dire que les injonctions obtenues par ceux qui souhaitent rentrer en classe doivent être respectées et qu’il était temps que les étudiants qui ont choisi le boycottage rentrent dans leurs salles de cours. Pour Pauline Marois, le premier ministre a « souhaité cette crise », une crise qu’il a « préméditée » et « nourrie à des fins partisanes ». Même son de cloche du côté des associations étudiantes. Martine Desjardins a qualifié l’attitude du gouvernement Charest comme relevant d’un « entêtement » laissant croire qu’il est payant pour lui « de laisser pourrir le conflit ». Lors d’un point de presse en matinée, Jean Charest a répondu en anglais que les scénarios d’élection déclenchés sur le prétexte de la crise étudiante étaient « grotesques ». À ses yeux, il n’y a que la chef péquiste, la CAQ et les médias qui « parlent d’élections ».


    Semblant désemparées, la FEUQ et la FECQ, en fin d’après-midi, voulaient prendre du recul, consulter leurs associations pour imaginer la suite. « Il est clair qu’il y a urgence d’agir. Encore faut-il bien le faire, et prendre un peu de recul va permettre à tout le monde de se calmer un peu », a confié au Devoir Mme Desjardins. Elle entend évaluer avec les associations étudiantes d’autres propositions de sortie de crise.


    ***

    Propos de Robert Dutil : Nadeau-Dubois inquiet

    Le porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, n’a pas aimé que le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, évoque la possibilité qu’il soit arrêté par la police pour avoir incité à la violence lors de manifestation. Le porte-parole fait l’objet depuis le début de la crise étudiante de nombreuses menaces. Il a déjà d’ailleurs porté plainte à la police. Lorsqu’un caricaturiste ou un animateur de radio s’en prend à lui, a-t-il expliqué, il y a toujours, en écho, d’autres menaces qui surgissent. Mais quand le ministre de la Sécurité publique le fait, qu’il « personnalise » ainsi les attaques, « concrètement, ça peut devenir problématique », a confié M. Nadeau-Dubois. Il estime que l’accusation à son endroit et à l’endroit de la CLASSE est « décalée par rapport à la réalité » : « Ça a été martelé par les porte-parole de la CLASSE qu’on n’encourageait pas la violence. Je ne vois pas sous quels chefs d’accusation on pourrait s’en prendre à moi. Et si on le fait, ce serait politique, je crois. » La présidente de la FEUQ, Martine Desjardins, a dénoncé hier la « vendetta personnelle » du gouvernement contre M. Nadeau-Dubois. « On considère que ceci a assez duré, c’est un cirque. » Le président de la FECQ, Léo Bureau-Blouin, au détour d’une phrase, a toutefois eu ces mots hier : « Peut-être que si la Coalition large avait une autre attitude, la situation serait différente. »

     
     
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