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    Grève étudiante – Et la paix sociale ?

    27 avril 2012 | Bernard Descôteaux | Québec
    Le conflit qui oppose le gouvernement Charest au mouvement étudiant est dans une impasse à laquelle il est impérieux de trouver une solution. Cela exige des étudiants d’accepter des compromis et de la part du gouvernement Charest la volonté de leur tendre la main.

    Pour certains, il est bon de voir le gouvernement Charest tenir tête pour une fois à un lobby. Ceux-là lui avaient tant de fois reproché d’avoir reculé, qu’ils se réjouissent de le voir s’enfermer dans le refus du dialogue. Ils l’encouragent à persister.


    On ne peut analyser ce conflit sous ce seul angle du respect de l’autorité qu’exercent des élus qui invoquent leur légitimité démocratique. Gouverner de façon responsable est beaucoup plus complexe. L’autorité de l’État doit s’exercer de manière équitable et mesurée.


    Ce conflit avait été au départ dépeint par le gouvernement comme un enjeu budgétaire, les étudiants devant payer leur « juste part » de leur formation. Ceux-ci réclamaient l’accessibilité pour tous à l’éducation. En dix semaines de grève, les choses se sont détériorées. Le conflit a entraîné des coûts financiers et humains importants déjà plus élevés que les seuls revenus attendus des nouveaux droits de scolarité par les universités la première année. Il a engendré des perturbations sociales dont ont été victimes des citoyens ordinaires. Et il a conduit à des actes de violence inadmissibles. Aujourd’hui, il faut craindre que « la paix sociale [soit] en jeu », comme l’a dit hier le maire de Montréal, Gérald Tremblay.


    Certes, ce printemps 2012 n’est pas celui de 1972, marqué par des affrontements violents lors d’un long conflit de travail dans le secteur public. Mais le chef de police de Montréal manifestait hier sa profonde inquiétude devant les risques que représente la dégradation du climat social, laquelle est aussi partagée par les directions d’établissements d’enseignement et par de très nombreux citoyens.


    Les étudiants, ceux membres de la CLASSE tout particulièrement, ne peuvent plus échapper à leurs responsabilités à cet égard. Il leur faut être contre toutes formes de violence, sans réserve. Ils doivent dénoncer les casseurs, en paroles et en actes. Leur position défendue par leur porte-parole, Gabriel Nadeau-Dubois, n’est plus tenable. Elle nuit à la cause étudiante.


    Le gouvernement Charest ne peut persister pour sa part à ne faire aucun compromis. Il a fait oublier la bourde commise par le premier ministre vendredi en invitant les étudiants à discuter pour aussitôt mettre des obstacles nouveaux sur la route d’une reprise de pourparlers. À tort ou à raison, il nous laisse croire que ce qu’il veut est réunir les conditions gagnantes d’une prochaine élection dont le thème sera « Qui mène au Québec ? Les élus ou la rue ? »


    Le premier ministre, après avoir écarté hier l’idée d’un dialogue avec les associations étudiantes, a invité les étudiants en grève à rentrer en classe. Une majorité d’entre eux ne demande pas mieux. Que M. Charest n’imagine pas toutefois qu’ils s’y résoudront sans qu’on leur ait tendu la main. Leur détermination demeure très forte.


    Le gouvernement se doit, s’il veut être entendu, poser un geste qui les incitera à reprendre leurs études. Ainsi, il pourrait décider d’étaler la hausse des droits de scolarité sur deux ou trois ans supplémentaires. Mieux, il pourrait décréter un moratoire de six mois sur l’imposition des nouveaux droits de scolarité. Cela a été suggéré par plusieurs, y compris par le Parti québécois. Il en résulterait une détente propice à un dialogue. Un tel geste ne serait en rien déshonorant pour le gouvernement. Il en a posé de semblables envers bien d’autres groupes de la société. Ce serait plutôt exercer son autorité avec mesure et équité.

     
     
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