Crise étudiante: le feu aux poudres

La manifestation d'hier soir a débuté pacifiquement.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La manifestation d'hier soir a débuté pacifiquement.

Québec – L’annonce par Line Beauchamp de l'«auto-exclusion» de la CLASSE des pourparlers entre le gouvernement et les associations étudiantes a eu l’effet d’une bombe hier dans une crise déjà aiguë.

Les représentants étudiants ont tout de suite vertement dénoncé le geste de la ministre de l’Éducation, annonçant la suspension des négociations, soutenant qu’elle « jetait de l’huile sur le feu » et même qu’elle devait être remplacée.

Se disant « extrêmement déçu », Léo Bureau-Blouin, le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), a accusé la ministre de « court-circuiter » le processus de négociation avant même l’expiration du délai de 48 heures pourtant fixé par elle.

La FECQ et la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) ont rejeté l’offre de la ministre de poursuivre les pourparlers en l’absence de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), exercice auquel quatre de ses membres prenaient part depuis lundi après-midi. Au contraire, la présidente de la FEUQ, Martine Desjardins, a offert à la CLASSE deux des quatre places que son organisation occupait à la table des négociations. Offre que la CLASSE a acceptée. Le cabinet de la ministre Beauchamp a refusé de commenter cette décision en début de soirée hier. Mais déjà en début de semaine, Line Beauchamp avait précisé qu’elle s’attendait, à la table, que les représentants de la FEUQ « parlent pour la FEUQ » et non une autre association.

En début d’après-midi, la ministre a fait valoir que la CLASSE s’était « exclue elle-même de la table de discussion » puisque celle-ci avait annoncé sur son site Web une manifestation pour mardi soir, laquelle fut déclarée illégale et fut ponctuée par « des gestes graves de vandalisme, de violence ». Cette annonce sur bloquonslahausse.com, a expliqué Mme Beauchamp, consistait en une rupture de la trêve présentée lundi par elle comme condition préalable à tout pourparler. La ministre a souligné que d’autres manifestations étaient annoncées sur le site de la CLASSE « sur un ton provocateur ». Elle a déploré les mots « qu’on pourrait mettre dans la catégorie des blasphèmes et vous ne m’entendrez pas les dire dans un micro avec mon statut de députée ». La ministre faisait référence au titre de celle prévue aujourd’hui à 20 h 30 et intitulée « osti de grosse manif de soir pour la fin de la trêve ». Une paraphrase du célèbre Osstidcho, a opiné plus tard Martine Desjardins de la FEUQ.

S’en prenant à la CLASSE, la ministre a déclaré : « On ne peut plus jouer sur les mots, on ne peut plus utiliser l’ambiguïté pour échapper à ses responsabilités. On ne peut pas dire qu’on se dissocie d’un événement et en faire la promotion en même temps sur son site Internet. »

En conférence de presse par la suite, le porte-parole Gabriel Nadeau-Dubois a répliqué à la ministre en expliquant que la manifestation dont le titre l’a fâchée n’avait pas été organisée par la CLASSE. Selon lui, le site Internet de la CLASSE contient un calendrier proposant une « diffusion ouverte ». Ainsi, pour M. Nadeau-Dubois, la ministre s’est trouvé l'« excuse » qu’elle cherchait pour exclure la CLASSE.

Line Beauchamp a aussi reproché à la CLASSE de tenter d’élargir le conflit en embrassant « de soi-disant causes » dépassant la question de l’éducation, des droits des étudiants, du financement des universités ou des droits de scolarité. M. Nadeau-Dubois a répondu que la hausse des droits de scolarité était un « enjeu social fondamental » qui ne peut être coupé du reste. Quant au vandalisme de mardi soir et les bombes fumigènes lancées hier dans un centre commercial, le porte-parole de la CLASSE a qualifié ces gestes d'« éléments périphériques » au débat auxquels la ministre « s’attarde » excessivement.

Haussant le ton, Léo Bureau-Blouin a soutenu que la ministre avait sombré hier dans l'« enfantillage » et les « petits jeux sémantiques ». « On n’est pas dans une classe », a clamé Martine Desjardins, et la ministre devrait « arrêter de jouer les maîtresses d’école » qui « distribue les punitions ».

Quant à la Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ, un regroupement d’étudiants de l’Université Laval, de McGill et d’une partie de l’Université de Sherbrooke), son président, Simon Gosselin, a réclamé hier de retourner à la table de discussions avec le gouvernement, mais « seulement si les autres associations y retournent ».

Réactions politiques

La chef péquiste, Pauline Marois, a dénoncé pour sa part hier le caractère « boqué » [entêté] de Jean Charest qui s’est à son sens « traîné les pieds » dans ce dossier. À ses yeux, le premier ministre « l’a provoquée, la crise », car devait savoir qu’il y aurait une « opposition importante ». « Au lieu de prendre le taureau par les cornes dès le départ, il a laissé dégénérer la situation. » Elle a réclamé la suspension de la hausse des droits de scolarité pour l’année 2012.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a déploré la lenteur du gouvernement à réagir à la crise hier, mais l’a au final appuyé dans sa décision d’exclure la CLASSE. « Il revient maintenant à la FECQ et à la FEUQ d’agir de façon responsable et de poursuivre les négociations sans la CLASSE », a soutenu M. Legault.

Le porte-parole de Québec solidaire Amir Khadir a qualifié l’exclusion de la CLASSE de « geste irresponsable ». Il a salué les étudiants qu’il a qualifiés d'« admirables […] de sagesse et de clairvoyance de ne pas avoir été dupes et d’être tombés dans ce piège ».

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Correspondant parlementaire à Québec  
82 commentaires
  • Francois Ayotte - Abonnée 26 avril 2012 05 h 12

    Merci M.Khadir

    Les propos de M. Khadir donnent l'espoir qu'un autre monde est possible. J'espère que les étudiants se souviendront de lui lors des prochaines élections. Moi je me souviendrai.

    • Micheline Gagnon - Abonnée 26 avril 2012 07 h 52

      Je comprends votre frustration, mais ceci serait le meilleur moyen de réélire le PLQ de Jean Chares? Je ne crois pas que Québec Solidaire pourrait gagner des élections dans ce contexte...

    • plan sud - Inscrit 26 avril 2012 08 h 12

      Et ce que M.Khadir fait de mieux...diviser le vote souverainiste pour facilité l'acces au pouvoir de ceux qu'il dénonce. Pas beau ca.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 26 avril 2012 09 h 07

      "!Québec solidaire et la division des votes francophones.

      Le Parti Libéral du Québec a toujours été le parti des Anglais. Les anglophones de longue date et les nouveaux arrivants ayant choisi de s'intégrer aux anglophones forment environ 16 % de la population du Québec. Le Parti Libéral du Québec tire la moitié de ses votes de ce groupe qui l'appuie à 99 %. C'est démocratique, mais c'est inquiétant. C'est cet appui quasi unanime qui lui permet trop souvent de prendre le pouvoir.

      Dans ces conditions, il est suicidaire pour les francophones et pour les souverainistes de diviser leurs votes.

      La présence de plusieurs groupements indépendantistes, souverainistes, et autonomistes exprimant plusieurs tendances est une très bonne chose pour l'affirmation des aspirations du Québec. Cependant, quand il s'agit d'élections, il est essentiel que toutes ces tendances agissent dans le même sens dans un seul parti.

      Sinon la division des francophones mènera inéluctablement à leur minorisation, comme on l'a vu aux dernières élections générales, où même Jean Charest aurait été défait dans son comté n'eussent été les votes que Québec solidaire a détournés du Parti québécois.

      Aux élections du 26 mars 2007, Jean Charest a obtenu 13 136 votes, soit seulement 1 332 de plus que le candidat du Parti québécois qui en a obtenu 11 804. Le candidat de Québec solidaire a obtenu 2 263 votes.

      L'angélisme du parti Québec solidaire nous a valu un gouvernement de droite avec les libéraux aux commandes. Québec solidaire poursuit de bonnes intentions largement partagées, mais il est devenu l'allié objectif de ce gouvernement de droite. C'est triste et navrant. Il y a sûrement un groupe puissant qui a intérêt à alimenter cette division du vote des francophones.

    • Gilbert Talbot - Abonné 26 avril 2012 09 h 13

      Je propose que lors du Congrès de Québec Solidaire, qui se tiendra en fin de semaine à Montréal, nous votions un motion d'appui unanime à l'action courageuse de la CLASSE et que nous réitérions par la même occasion notre appui à leurs revendications contre la hausse des frais de scolarité et pour la gratuité scolaire au niveau universitaire.

    • Madeleine Brodeur - Abonnée 26 avril 2012 10 h 50

      Delaine

      Et proposez aussi de cesser de diviser le vote qui permettra la réélection du PLQ. Le temps n'est plus à la division, nous sommes à l'URGENCE !

    • LoupLoup - Abonné 26 avril 2012 13 h 04

      J'apprécie les actions de Monsieur Khadir mais malheureusement pour lui, je suis du même avis que M. Raymond Saint-Arnaud qui dans son blog décrit très bien la pensée de beaucoup de Québécois; le parti Libéral s'est servit de Québec solidaire de l'Adq et maintenant la CAQ pour diviser le vote francophone à son profit!

    • Père Léon - Inscrit 26 avril 2012 15 h 24

      Il faut s'illusioner un peu trop pour croire que le PQ serait un changement pour le mieux.

    • claude boucher - Inscrit 26 avril 2012 18 h 50

      Pour celle et ceux que le PLQ fait vomir,il faut voter stratégique,dans chaque compté,il faut voter pour le parti qui a le plus de chance de déloger le PLQ du pouvoir.

      Surtout,surtout,il est très important que les jeunes votent en très grand nombre,n'oubliez jamais ce que le PLQ vient de vous faire.Que toute la population aille voter en grand nombre pour que les anglos et allos ne décident plus jamais quel parti politique va piétiner les franco-québecois et les assimiler a la langue du ROC.

    • claude boucher - Inscrit 26 avril 2012 19 h 10

      Ça prend un Scrutin proportionnel plurinominal,et à datte fixe,mais on est très loin de cela,aucun parti n'aura le courage d'en venir là.

    • Roland Berger - Inscrit 27 avril 2012 10 h 53

      Démocratie d'idées ou démocratie de stratégies ?
      Les vieux partis retiennent la seconde et ceux et celles qui reprochent à QS de diviser le vote francophone font de même. Ils et elles devraient plutôt militer pour rendre possible l'admirable utopie que propose le parti de Khadir et David.
      Jean Charest pense aussi qu'il faut écraser les petits avant qu'ils ne grossissent.
      Roland Berger

  • Duplessis Bernard - Inscrit 26 avril 2012 05 h 17

    La soi-disante cause sociale!

    Ouu ouu Line, t'as surement manqué quelques cours en quelque part. Cette action de manifestation de la part des étudiants est une cause sociale. Ouu ouu... es-tu là?

    • Pierre Brulotte - Inscrit 26 avril 2012 08 h 26

      Je l'ai que trop ri xD. En effet, on se demande sur quelle planète on vie Sinon, si elle n'est pas carrément de mauvaise foi.

  • Claude Simard - Inscrit 26 avril 2012 05 h 39

    Décourageant !

    Elle déplore un mot en ne voulant plus jouer avec les mots. Quel ministère défend-elle ? Celui de la sécurité publique, de la culture et responsable de l'OLF ou de l'éducation? Quelle incompétence !!! Et en plus , des avocats en face des étudiants pour négocier. OÙ EST NOTRE GOUVERNEMENT?

  • Jacques Simard - Inscrit 26 avril 2012 05 h 39

    et si cette nuit ce n'était que çà ?

    - 250,000 noms qui ont fait plouc
    - un MARTEAU et un UPAC gagnés à l'arrachée
    - une Comission C gagnée à l'arrachée
    - des citoyens pris en otages dans les gaz de schiste
    - des citoyens expropriés par des gros bras miniers
    - la vallée du St-Laurent vue sous la seule aune du profit pressé
    - Anticosti eldorado de la biodiversité en passe d'être fracturée
    - une forêt dégradée, des sites contaminés
    - des lacs pollués par l'industrie porçine
    - un Plan Nord démarré à la va-vite
    - des femmes autochtones qui s'inquiètent
    - des jokes au Palais des Congrès qui font rires
    - des actionaires heureux dans leur solitude avare
    - la corruption érigée en système para-gouvernemental
    - des caisses occultes devenues moteurs de la démocratie
    - des gens honnêtes qui ont peurs de parler
    - des profits bancaires outrageants
    - des gouvernements devenus lobbyistes
    - des gouvernements inféodés à leur dette
    - des gouvernements qui n'écoutent plus
    - des pays mis sous tutelle économique
    - Gaya, machine à faire des sous

    • Luciano Buono - Abonné 26 avril 2012 07 h 12

      Monsieur Simard, vous n'avez pas fini votre liste par rapport au gouvernement Charest:

      - la privatisation du Parc du Mont-Orford
      - Le retour d'ascenseur par le financement d'écoles privés juives.
      - L'inaction dans le dossier des accomodements raisonnables.
      - Mensonges et hypocrisie sur les pertes de 40 milliards de la Caisse de dépôt.
      - Utilisation du baillon à outrance
      - Dégradation des débats à l'assemblée nationale.

    • Pierre Bellefeuille - Inscrit 26 avril 2012 07 h 29

      Tout est dit! Vous avez raison!

    • Carole Dionne - Inscrite 26 avril 2012 08 h 14

      Vous êtes rendu loin, M Simard

      Ce n'est plus les frais de scolarité mais l'ensemble de....Eh bien, je ne le savais pas.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 26 avril 2012 09 h 09

      L'industrie de la corruption s'est-elle infitrée dans l'éducation?

    • grace - Inscrit 26 avril 2012 09 h 28

      Monsieur Simard,

      Votre liste n'est pas exhaustive malgré les ajouts de Monsieur Buono.
      C'est cela qui est stupéfiant, choquant.
      À quand une véritable démocratie
      À quand une véritable gestion saine de nos finances publiques, de nos grands projets, etc.

    • Richard Fradette - Abonné 26 avril 2012 10 h 54

      Merci pour cette liste.

      En arrivant au pouvoir, le PLQ nous a fait reculer de trente ans avec la crise sociale à la fin décembre 2003, en provoquant un front commun des syndicats des secteurs privés / publics. Depuis dix, pas de progrès, on recule avec la 'réingénierie' de l'état ou le 'modèle d'affaires' de l'état qui gruge les acquis de la révolution tranquille. Jusqu'où peut-on reculer ? C'était déjà épuisant de penser à ce qui est perdu; c'est maintenant inquiétant de penser à l'avenir avec le PLQ ou son idéologie. Il y a du mérite à renverser une tendance au recule social; transformons le recule social en progrès social. Faut voir le positif dans cette cruel expérience : la démonstration du cynisme montre qu'il faut revoir la logique politique, économique, administrative, judiciaire (nouvelle jurisprudence), démocratique (système seulement, pas le principe), gouvernance, ... À la base, il y a la logique humaine (humanisme) ou le gros bon sens. Ceux qui ont des hautes responsabilités agissent trop dans une logique réduite, sans bon sens. Les gens compétents agissent naturellement selon des principes globaux, des principes au-dessus d'une logique fragmentée.

    • alain dallaire - Inscrit 26 avril 2012 11 h 05

      @ grace

      À quand une véritable démocratie
      À quand une véritable gestion saine de nos finances publiques, de nos grands projets, etc.

      Quel Parti politique peut nous offrir ca ?
      Je ne vois rien a l'horizon..

    • Linda Dauphinais - Inscrit 26 avril 2012 11 h 17

      les changements à la politique du médicament qui fait en sorte que nous payons plus cher qu'avant ...

      les changements à la loi de la caisse de dépôt qui a permis des placements "sensibles" qui nous ont fait perdre 40 MILLIARDS de dollars...

      des changements concernant les opérations permises de faire au privé qui sont rendues au nombre de 49 (soins à 2 vitesses)

      des baisses d'impôts pour les plus riches et les entreprises et des hausses pour les moins nantis... trouver l'erreur...

      un usage du pouvoir non pour le public mais bien pour le privé... y a qu'à voir... tout budget est d'abord énoncé devant la Chambre de commerce du Montréal Métropolitain...

  • Guy Vanier - Inscrit 26 avril 2012 06 h 15

    charest ne se tanne pas de nous écœurer!

    charest ta jupe dépasse! tu ne réussiras pas à duper les étudiants et la population cette fois-ci!
    tu as pourtant tout les spécialistes en communication etc.......que tu peux te payer avec notre atgent,pour nous endormir. Ça ne marche plus.
    tu es devenu un poids insupportable pour le Québec et ton parti.Il est temps de quitter avant qu'ont te jette dehors comme quand tu était à Ottawa avec tes bons amis les conservateurs.
    Bonne chance dans ton nouvel emploie dans la grand nord! Ne t'en fait pas ton parti va te fournir, avec plaisir, tout les vêtements nécessaires pour supporter le froid.
    guy vanier
    un jeune retraité de 71 ans.