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    De bon enfant à illégale

    Quelque 10 000 manifestants ont envahi le centre-ville de Montréal en soirée

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	En soirée, les policiers ont utilisé des bombes assourdissantes pour disperser les manifestants au centre-ville de Montréal. </div>
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
    En soirée, les policiers ont utilisé des bombes assourdissantes pour disperser les manifestants au centre-ville de Montréal. 
    Mise à jour: le SPVM fait état ce matin de l'arrestation de 85 personnes. Trois des personnes arrêtées étaient mineures. De plus, trois policiers ont été blessés.
    Ils devaient être un peu plus d'un millier, mais leur nombre a finalement décuplé en réaction au sabordage des négociations entre le gouvernement et les étudiants. Près de 10 000 personnes ont manifesté pacifiquement dans le cadre de l'«ostie de grosse manif de soir», au centre-ville de Montréal, avant que la situation dégénère, somme toute moins que vendredi dernier. Vers 22 h 20, l'attroupement a été déclaré illégal alors que la queue du peloton atteignait l'intersection des rues Guy, et Sainte-Catherine. Des vitrines de banques, notamment de la HSBC, avaient auparavant été fracassées par des manifestants et ce fut l'occasion, pour les policiers, d'utiliser leurs tactiques de dispersion de foule : ils ont chargé les récalcitrants et tiré des bombes lacrymogènes et assourdissantes.


    Pris de panique, les manifestants couraient dans tous les sens pendant que d'autres étaient pris en souricière par les policiers antiémeutes, qui ont déployé la cavalerie. «C'est un noyau dur. Ce n'est pas la majorité des personnes», a souligné le porte-parole du Service de police de Montréal (SPVM), Ian Lafrenière, en parlant des casseurs. «Comme Montréalais, quand on voit des gestes comme ceux-là, on ne peut pas s'en réjouir, loin de là», a-t-il ajouté. L'agent Simon Delorme ne voulait pas s'aventurer à évaluer le nombre d'arrestations au moment de mettre sous presse, car l'opération était «loin d'être terminée».

    L'atmosphère était pourtant bon enfant vers 20 h 30, alors que les manifestants se rassemblaient à la place Émilie-Gamelin, répondant ainsi à l'appel de l'Association facultaire des étudiants en sciences politiques et droit de l'UQAM (AFESPED-UQAM) qui avait organisé l'événement. « Nous avons eu droit à la pire bavure de Line Beauchamp », a déclaré le professeur de sciences politiques au cégep du Vieux-Montréal, Yvan Perrier. « Mes frères et mes soeurs, il faut que vous résistiez pacifiquement. » Après des discours qui ont galvanisé la foule, le cortège s'est mis en branle vers 21 heures sous forte présence policière, au rythme des tambours et des slogans.

    « La tension monte. Elle est palpable », avait affirmé une porte-parole de l'AFESPED-UQAM, Caroline Cartier, pour expliquer sa présence à la manifestation que son association a organisée. Selon l'exécutante socioculturelle, « c'est sûr qu'il faut penser que les manifestations, les actions de perturbation vont aller en augmentant » dans la foulée de l'échec des « discussions » entre le ministère de l'Éducation et les associations étudiantes. Plusieurs personnes interrogées par Le Devoir ont confié être venues en réaction aux propos de la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, qui a écarté la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) de la table des négociations. « On n'oublie pas l'objectif principal de la grève et de la hausse des droits de scolarité, mais c'est sûr que ce soir, il y a de la frustration de plus », a dit Marie-Ève Brûlé, étudiante en criminologie de l'Université de Montréal.

    Plus tôt hier après-midi, toujours à la place Émilie-Gamelin, environ 300 personnes ont répondu à l'appel de la CLASSE et ont manifesté pacifiquement pour commémorer la fin de la session, qui aurait dû se terminer le 24 avril. Atterrés qu'ils étaient par l'annonce de l'exclusion de la CLASSE des négociations, les manifestants ont ensuite exprimé bruyamment leur joie apprenant que les deux autres fédérations étudiantes avaient claqué la porte par solidarité.

    Autres manifestations

    Plus tôt en matinée, le complexe Desjardins a été pris d'assaut par des manifestants cagoulés qui ont fait exploser des engins fumigènes. Les policiers sont rapidement intervenus et seuls quelques commerces ont fermé leurs portes. Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a appelé au calme. « Si on fait des manifestations violentes ou avec des incivilités, comme ç'a été fait dans le passé, on prend les Montréalais en otage, ainsi que les commerçants qui subissent des pertes de revenus importantes, et on nuit à la réputation de Montréal sur la scène internationale », a-t-il déclaré.

    À Québec aussi, l'exclusion de la CLASSE a fait réagir. Un groupe de manifestants qui protestaient devant l'Assemblée nationale contre la « brutalité policière » a vu des renforts se joindre à eux, un peu après l'annonce de la nouvelle en après-midi. Au total, quelques centaines de personnes ont pris part à la manifestation devant le parlement qui s'est dispersée dans le Vieux-Québec un peu après 17 heures.

    Par ailleurs, certaines écoles secondaires de Montréal continuent d'appuyer le mouvement étudiant. L'école Joseph-François-Perrault et l'Académie de Roberval poursuivent leur troisième journée de grève consécutive. Par un vote tenu hier, l'école Sophie-Barat se joint au débrayage aujourd'hui et consacrera désormais, à partir de vendredi, toutes les 4es périodes de la journée à faire la grève. Deux autres écoles, Saint-Henri et Édouard-Montpetit ont tenté de faire annuler les cours mais en vain.

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    Avec la collaboration de Jeanne Corriveau et Isabelle Porter   












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