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    Libre opinion - La face cachée de la grève étudiante

    26 avril 2012 |Pierre Balloffet - Professeur agrégé à HEC Montréal | Québec
    Les étudiants adultes, une des faces cachées de la formation universitaire et des manifestations actuelles, seront les premières victimes de la hausse des droits de scolarité projetée.

    Les images des manifestations étudiantes auxquelles nous sommes exposés depuis quelques semaines nous présentent souvent des regroupements chatoyants de personnes dans la vingtaine. J'imagine que ceci s'explique par une recherche du sensationnel, de la photographie la plus vivante. À mon sens, nos étudiants dans la vingtaine ont toutes les raisons d'être inquiets de la hausse dramatique des droits de scolarité à venir. Nous orientons nos navires universitaires vers un mauvais cap, mais tel n'est pas ici mon propos.

    Figurent plus rarement sur ces photographies des personnes plus âgées, à moins que celles-ci soient reléguées à la catégorie commode des « vieux » gauchistes ou syndicalistes. Pourtant, nos établissements universitaires accueillent de nombreux étudiants ayant largement dépassé la vingtaine, voire la trentaine.

    Quelques-uns sont des doctorants, la plupart cheminent toutefois au premier cycle, essentiellement dans le cadre de programmes de certificat. Ils seront sans doute les plus frappés par les projets actuels de hausse.

    Dans mon établissement, HEC Montréal, où j'ai été directeur des programmes de certificat trois ans durant, ces personnes présentent un profil qui tranche avec le type habituel de nos étudiants. Ils sont tout d'abord plus âgés que la moyenne de ceux-ci. Leur statut socio-économique est ensuite beaucoup plus incertain, pour dire le moins. Enfin, c'est dans ces programmes que l'on retrouve aussi le plus grand nombre d'immigrants de fraîche date.

    Leur situation fragile ne leur permet pas, dans bien des cas, d'étudier à temps plein. Ils ne peuvent en effet vivre sans un revenu tiré de longues heures de travail, aussi nombreuses que fort peu généreusement payées. Ils ne sont pas rares à avoir charge de famille. On y croise bien des mères célibataires.

    Vous me direz que, dans leur cas aussi, l'éducation est un investissement ? Certes, mais encore faut-il avoir accès à une quelconque possibilité de financement !

    N'étudiant pas à temps plein, leur accès au système des prêts et bourses est souvent limité, sinon impossible. Ces personnes, les plus exposées socialement et économiquement parmi les étudiants inscrits dans nos établissements, seront les premières touchées par la hausse projetée.

    S'ils participent peu aux manifestations actuelles, c'est simplement qu'il leur est difficile de s'absenter de leur travail...

    Nos établissements, y compris celui auquel j'appartiens, sont soucieux de la qualité de l'enseignement offert à tous et ont consenti des efforts louables afin de garantir cette qualité. Chaque soir, à pleine porte, avec un courage digne d'admiration, ces étudiants adultes, faces cachées de la formation universitaire, viennent s'asseoir sur les « bancs de l'école ».

    Déterminés, amers parfois, mais le coeur plein d'espoir. Nous ne devrions pas les oublier, surtout si le pire devait advenir — je parle ici du choc tarifaire annoncé. C'est en effet aussi là, dans des bâtiments où conseillers et aides habituels sont depuis longtemps rentrés chez eux, la nuit tombée, que se dessine le Québec de demain.












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