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    La Réplique > Grève étudiante - Têtes blanches et carrés rouges

    26 avril 2012 |Claude Perron, professeur de science politique à la retraite | Québec
    Le déclencheur > Et vous, chers aînés ?
    «On vous dit que vous demandez trop, que vous êtes irréalistes. Mais qui vous dit cela, sinon ces mêmes gens qui ont bénéficié de ce modèle scolaire à leur époque et qui, maintenant, sollicitant des soins de santé qui engagent des frais astronomiques et bénéficiant aujourd'hui de tous leurs beaux programmes sociaux qui ne tiendront plus la route quand cela sera notre tour, osent vous dire qu'il faut faire votre ? juste part " ? Et votre part à vous, chers aînés, elle se réclame quand ?»
    Je suis resté pantois suite à la lecture du texte de Philippe Rioux «Lettre à mes étudiants». Il exhorte ses étudiants à continuer de s'opposer à la violente répression dont ils sont l'objet. Les étudiants et professeurs syndiqués n'ont pas à « respecter la loi à la lettre alors que le gouvernement fait fi de la démocratie », écrit-il, et j'en suis.

    Mais la suite de son texte constitue une vision grossièrement manichéenne de l'actuelle problématique qui opposerait aux étudiants «les aînés». Si j'enseignais encore en science politique, je pourrais me servir de ce texte pour illustrer la notion d'âgisme. D'une part, il y aurait les aînés qui sont ceux qui reprochent aux étudiants de demander trop, d'être irréalistes. «Ces gens qui ont bénéficié de ce modèle scolaire [...] sollicitant des soins de santé qui engagent des frais astronomiques [...] bénéficiant de tous leurs beaux programmes sociaux [...] le comble de l'avarice.»

    Le professeur de littérature au collège Ahuntsic ne s'arrête pas en si bonne voie. Il devient vitriolique : «À votre tour de traiter ces parvenus comme de vieilles personnes qui s'emmitouflent dans le châle de leur bien-être financier et qui ne veulent surtout pas que l'on touche à leur manger mou [...] aux esprits séniles embués d'immobilisme.»

    Quant aux étudiants, d'autre part, ils sont «bouillants», «indignés», «vivants», ont «l'énergie de demain», ils luttent «pour un monde meilleur, une société plus solidaire».

    L'envers de la médaille

    Or, la réalité est bien sûr tout autre. Si plusieurs étudiants de facultés et de cégeps luttent courageusement contre une hausse injuste et injustifiée des droits de scolarité, contre la marchandisation de la connaissance et contre une gestion affairiste des universités, d'autres continuent tranquillement leurs études. Au mépris de décisions démocratiques prises en assemblées, certains étudiants ont commencé à demander aux tribunaux des injonctions pour qu'on oblige les enseignants à leur donner les cours... pour qu'ils livrent la marchandise pour laquelle ils ont payé, après tout. Leur première préoccupation est d'arriver le plus rapidement sur le «marché du travail» pour y dégoter un emploi rémunérateur.

    Par ailleurs, le portrait que M. Rioux trace des aînés est tout aussi trompeur. Combien d'entre eux ont profité des études universitaires ? Sont-ils les premiers bénéficiaires des sommes astronomiques investies en santé ? Et quels sont ces «beaux programmes sociaux» auxquels il fait référence ? L'assistance sociale ? Les logements sociaux ? Les luxueuses pensions de vieillesse ? Quoi qu'il en soit, ceux qui sont à l'origine de cette crise ne sont sûrement pas parmi les aînés condamnés « au manger mou » auquel il fait référence !

    Aînés contre la hausse

    L'important conflit actuel transcende les catégories d'âge. Le mouvement étudiant a fait ressortir un débat crucial entre progressistes et réactionnaires de tous âges, de toutes origines, de tous groupes linguistiques. Il oppose des gens de gauche, pour qui la justice et donc l'accès à l'éducation sont des valeurs premières, à des gens de droite qui veulent faire prévaloir les droits des individus et pour qui l'éducation est une marchandise comme une autre. «La grève est étudiante, mais la lutte est populaire», peut-on lire sur leurs bannières.

    L'auteur nous dit qu'il participe aux manifestations, brandissant pancarte et chantant des slogans. J'en suis fort aise et s'il porte attention lors des prochaines manifs, il devrait apercevoir la bannière rouge des «Aînés contre la hausse». Ou, comme ce lundi matin, sous la pluie glaciale devant le cégep Ahuntsic, la pancarte de mon ami Eduardo: «Têtes blanches carrés rouges».

    Qu'il vienne nous rejoindre: nous luttons aussi pour un monde meilleur et une société solidaire, mais forcément sans l'exclusion d'aucun groupe social. Nous pourrons en discuter.













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