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    Nous, mères indignées

    21 avril 2012 |Ryoa Chung - Professeure au Département de philosophie de l'Université de Montréal et Caroline Allard - Auteure des Chroniques d'une mère indigne | Québec
    M. Jean Charest,

    Mme Line Beauchamp,

    Nous sommes les mères de ces jeunes étudiants qui manifestent pacifiquement depuis plus de deux mois en attente d'une ouverture de votre part. Que l'on soit pour ou contre la hausse des droits de scolarité, on ne peut pas nier que leur questionnement est légitime et fondamental.

    Ne comprenez-vous pas qu'au-delà de la guerre des chiffres au sujet de la hausse des droits, ils s'interrogent sur les principes fondamentaux de l'égalité des opportunités, l'accès à l'éducation supérieure comme moteur de mobilité sociale, le rôle de l'université au sein et pour l'avenir de notre société?

    Ne comprenez-vous pas que leur interrogation porte maintenant sur les principes fondamentaux de la démocratie, c'est-à-dire la liberté d'expression, la liberté d'association, le droit à l'objection de conscience et de contester pacifiquement, collectivement, des mesures qu'ils estiment injustes?

    Comment pouvez-vous mépriser ces questionnements profonds et complexes en les écartant comme s'il s'agissait de caprices d'enfants-rois? Il n'y a pas dans ce conflit d'enfants-rois, mais une autorité de la pire espèce, tellement convaincue de savoir «ce qui est le mieux pour tous» qu'elle demeure sourde à sa jeunesse pensante.

    Violence de l'État

    Nous condamnons certes les débordements isolés (des initiatives individuelles qui n'ont jamais été autorisées ou orchestrées par aucune des trois associations étudiantes), mais encore plus les actions violentes qui ont été cautionnées par votre autorité, puisque vous restez silencieux devant les dérapages de la judiciarisation de ce conflit social. Ces policiers et agents de sécurité armés et blindés qui investissent les lieux de savoir, ces manifestants pacifiques que l'on traîne dans des cellules, ce jeune homme au visage ensanglanté représentent l'infamie d'une autorité à la dérive. Nous sommes d'avis qu'il n'y a pas de pire violence que la violence dont fait usage l'État contre ses citoyens.

    Nous rappelons au gouvernement que ce mouvement étudiant est un magnifique exemple de mobilisation pacifiste porté par l'intelligence admirable et le discours sophistiqué des jeunes qui le soutiennent. C'est notamment en raison de cela que le mouvement étudiant québécois est appuyé par une portion substantielle de la population et attire présentement le regard du monde. Refuser d'engager un dialogue démocratique avec l'ensemble de ce mouvement, mépriser ainsi les étudiants, tout cela porte atteinte, en vérité, à votre propre dignité. Tenter de les museler par la force porte atteinte, en vérité, à votre propre légitimité.

    En tant que mères, nous condamnons la violence structurelle et physique que vous déployez contre nos enfants. Cessez de jouer avec la rhétorique de la condamnation de la violence: dans les circonstances actuelles, ce discours soi-disant vertueux vous ridiculise. Dans le rapport de force qui vous oppose en ce moment aux étudiants, c'est vous qui portez la plus haute responsabilité sur vos épaules parce que c'est vous qui avez le gros bout du bâton. Nous ne vous permettrons pas d'en user, surtout pas à coup de grenades assourdissantes, de matraques, de boucliers et de poivre de Cayenne, contre nos jeunes citoyens, contre nos enfants.












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