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    Le clone

    Michel David
    21 avril 2012 |Michel David | Québec | Chroniques
    La Coalition avenir Québec a décidé de célébrer à sa façon le 30e anniversaire de la Charte canadienne des droits et libertés.

    Aujourd'hui, à Victoriaville, les délégués au congrès de fondation de la CAQ seront invités à adopter une proposition qui prévoit qu'un gouvernement caquiste réclamera formellement une modification à l'article 23(2) qui lui permettra d'éliminer les écoles passerelles.

    La proposition ne manque pas d'ambition quand on pense que la volonté d'invalider les dispositions de la loi 101 relatives à l'accès à l'école anglaise a été pour beaucoup dans la décision de Pierre Elliott Trudeau d'enchâsser une charte des droits dans la Constitution.

    La commission politique de la CAQ plaide que c'était la solution préconisée par l'Assemblée nationale en juin 2002, quand elle a adopté à l'unanimité la loi 104 qui interdisait les écoles passerelles.

    Bien entendu, la Charte n'a jamais été modifiée. La loi 104 a plutôt été déclarée inconstitutionnelle par la Cour suprême. Le gouvernement Charest a simplement resserré un peu l'accès aux écoles passerelles en retenant le critère du «parcours authentique» imaginé par la Cour suprême. Les plus riches n'en conservent pas moins la possibilité d'acheter leur droit de passage au réseau anglais subventionné.

    Le cahier destiné aux participants au congrès affirme qu'il s'agit d'une «iniquité», qui constitue une «brèche inacceptable dans l'application de la Charte de la langue française». Dans les faits, ce que propose la CAQ revient pourtant à maintenir cette iniquité.

    Au Canada anglais, la loi 101 est déjà assimilée à une loi raciste, pour ne pas dire nazie. Prétendre que le gouvernement fédéral et les autres provinces accepteront de nouvelles restrictions à l'accès à l'école anglaise relève de la pensée magique ou encore de la fumisterie.

    ***

    Curieusement, quand François Legault a présenté une première fois ses orientations en matière culturelle et linguistique, à l'automne 2010, l'utilisation de la clause nonobstant pour interdire les écoles passerelles se voulait une démonstration de sa détermination à rapatrier «100 % de la souveraineté sur la langue».

    En novembre dernier, quand M. Legault a confirmé que la CAQ devenait officiellement un parti politique, la clause nonobstant faisait toujours partie de son «plan d'action».

    Il est pour le moins curieux qu'il s'avise soudainement qu'une modification à la Charte serait plus efficace.

    Le problème est plutôt que la clause nonobstant donne des boutons à Gérard Deltell. Déjà, la CAQ peine à recruter des candidats le moindrement connus. S'il fallait que l'ancien chef de l'ADQ quitte le navire...

    Le collègue Alec Castonguay, de L'Actualité, qui a passé six mois «dans le ventre de la CAQ», racontait que l'entourage de M. Legault avait trouvé la direction de l'ADQ peu exigeante lors des négociations ayant mené à la fusion des deux partis. Les adéquistes qui s'y sont opposés estimaient d'ailleurs que l'ADQ avait vendu son âme.

    Avec le recul, cependant, c'est à se demander quel parti a avalé l'autre. La Presse rapportait hier qu'un fidèle de longue date de M. Legault, Jacques Théorêt, a décidé de claquer la porte parce qu'il ne se reconnaît plus dans la CAQ, qu'il assimile à «une ADQ 2.0».

    Certains des «40 jeunes de moins de 40 ans» que la CAQ avait présentés comme la preuve vivante de sa modernité l'automne dernier ne cachent pas leur désenchantement devant les orientations qu'elle a prises.

    M. Legault ne voulait surtout pas être le successeur de Mario Dumont, mais c'est justement ce qu'on voit maintenant en lui. La CAQ a beau favoriser une intervention de l'État dans le développement économique qui répugnait à l'ADQ, elle est perçue comme un simple clone.

    ***

    Le moratoire de 10 ans qu'avait jadis proposé M. Dumont pouvait avoir un sens au lendemain du référendum de 1995.

    Son successeur a cru habile de le reconduire précisément au moment où l'élection d'un gouvernement conservateur sans l'appui du Québec a brutalement ramené la question nationale à l'ordre du jour.

    Des souverainistes se disent mal à l'aise de s'afficher comme tels au sein de la CAQ.

    Inversement, un fédéraliste aussi inconditionnel que le président de la firme de relations publiques National, Luc Beauregard, reconnaît avoir incité ses amis à bouder la CAQ parce qu'il estime impossible de faire abstraction du débat constitutionnel.

    Il y a à peine cinq mois, la CAQ semblait appelée à former le prochain gouvernement. Qui aurait pu croire que son congrès de fondation serait totalement éclipsé par celui d'une association étudiante, dont le principal enjeu est de savoir si elle condamne ou non le recours à la violence?

    Entre le congrès de la CLASSE, les affrontements provoqués par la tenue du Salon Plan Nord et la manifestation monstre qui doit souligner demain le Jour de la Terre, la CAQ aura bien du mal à susciter un quelconque intérêt.

    «Ma plus grande peur est d'être mort avant même les élections», a confié M. Legault à L'Actualité.

    En effet, il pourrait bien devenir la plus brillante étoile filante des annales politiques québécoises.












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