samedi 28 novembre 2009 Dernière mise à jour 23h41


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Pour en finir avec l'attentisme: la souveraineté continue - Il ne s'agit plus d'espérer la souveraineté, il s'agit de la faire (1)

27 août 2003  Québec
Ce texte se veut une contribution parmi d'autres et s'inscrit dans la réflexion qu'entreprennent les militants du Parti québécois en vue du prochain congrès d'orientation.

Le mouvement lancé par René Lévesque en 1967 n’a pas encore permis d’atteindre la souveraineté. Le travail conjugué du Parti québécois et du mouvement souverainiste en a cependant fait grimper l’appui de 6 % à 40 %, puis à près de 50 %. La souveraineté est un projet ambitieux, lié irrémédiablement au projet tout aussi ambitieux d’une société fondée sur l’épanouissement des individus, la solidarité et le progrès collectif. C’est ce que révèle le bilan des quatre gouvernements du Parti québécois: la mission de notre formation politique ne se résume pas à la seule tenue de référendums, elle tient également à l’épanouissement et à l’affranchissement du peuple québécois, auxquels nous avons contribué plus que tout autre parti.

Nous avons cependant assisté, à l’occasion du rapatriement unilatéral de la Constitution en 1982 et par la suite, à un recul des pouvoirs de l’Assemblée nationale du Québec. Alors que d’aucuns s’attendaient, surtout après les résultats serrés du référendum de 1995, à la négociation d’un nouveau pacte entre le Québec et le Canada et à un changement d’attitude important en réponse aux demandes traditionnelles du Québec, le gouvernement fédéral a durci ses positions et continué à faire preuve d’une volonté centralisatrice constante. On en connaît les effets dévastateurs, accentués par la paralysie des forces souverainistes, au lendemain du rendez-vous de 1995. Il était illusoire de croire que ce contexte aurait pu favoriser une relance immédiate de la mobilisation collective. Cela étant, nous n’avons pas su faire le deuil de la défaite référendaire, en tirer les leçons et passer à une autre étape dans notre action politique.

Nul besoin de s’arrêter longtemps sur ces années de recul pour tirer un certain nombre de conclusions à propos de notre stratégie. À court terme, tous les espaces laissés libres par le Québec ont été immédiatement occupés par le gouvernement fédéral et continuent de l’être; à long terme, toute stratégie fondée sur l’espoir de voir miraculeusement atteinte un jour quelque condition gagnante que ce soit est vouée à l’échec. Cette stratégie était inévitable en 1995 mais elle est désormais inadéquate parce qu’elle nous place en situation d’attente, sinon de dépendance, vis-à-vis du gouvernement fédéral, à l’affût d’une erreur qui ne viendra pas. De plus, elle remet entre d’autres mains que les nôtres le choix du moment et des moyens de se donner un pays. Cette stratégie attentiste doit être abandonnée. Nous ne pouvons être sûrs, à l’avenir, que de ce que nous ferons nous-mêmes.

Quatre orientations

Nous savons ce qu’est la souveraineté: le droit de faire toutes nos lois, le droit de signer tous nos traités, le droit de lever tous nos impôts. Présentée ainsi, elle est cependant définie par ses résultats plutôt que par ses fondements. Nous voulons être libres de nous définir et de nous orienter collectivement comme nous l’entendons. La souveraineté n’est pas uniquement une question de compétences juridiques, de territoire et de fiscalité. Nous devons aussi lui redonner sa définition sociale et culturelle.
Elle peut alors redevenir ce qu’elle est fondamentalement: une question collective plutôt qu’un problème strictement constitutionnel. La souveraineté doit redevenir un projet partagé par de nombreux acteurs, y compris en dehors de la sphère publique et politique. Nous avons toujours su que le projet d’un pays pour les Québécois était porté non seulement par notre propre parti mais aussi par d’autres acteurs et que notre indépendance serait acquise avec la complicité active de citoyens qui ne votent pas nécessairement pour le Parti québécois. La souveraineté tient et doit tenir d’un mouvement social plus large. Elle doit également cesser de se poser en termes de «tout ou rien» pour constituer une démarche continue.

Je ne veux plus attendre que vienne la souveraineté. Je dis qu’il faut la faire et la bâtir tous les jours. Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire pour notre parti, pour notre programme? Quatre orientations doivent désormais présider à notre action: 1- une action fondée sur une vaste coalition; 2- une action fondée réellement sur la volonté populaire; 3- une action fondée sur une politique gouvernementale clairement affirmée en faveur de la souveraineté; 4- une action fondée sur une initiative politique constante qui force le jeu constitutionnel.

La souveraineté ne doit plus être le fait de la seule action gouvernementale
Le mouvement souverainiste québécois n’est pas seulement un mouvement démocratique. C’est une expression de la démocratie; il est fondé sur cette idée voulant que les peuples doivent établir eux-mêmes leur avenir, qu’ils doivent pouvoir promouvoir et défendre ce qui compte le plus à leurs yeux.

Les grands mouvements engagés contre une certaine définition de la mondialisation, au cours des dernières années, en sont également une expression. Quels sont les enjeux de ces mobilisations? Elles portent sur la diversité culturelle, sur le droit de protéger notre qualité de vie contre le développement désordonné et inéquitable imposé par le néolibéralisme, pour un ordre international fondé sur le respect des peuples et des nations. Du coup, elles ont mis en évidence que la mondialisation, malgré plusieurs aspects positifs en matière de libéralisation des échanges commerciaux, souffrait d’un important déficit démocratique et que cet enjeu nécessitait l’action continue des États et la participation de leurs citoyens. Ces mouvements replacent ainsi la souveraineté des peuples dans une plus juste perspective. L’absence de l’État québécois des principaux lieux de débats et décisions qui influencent notre avenir constitue un déficit démocratique très important qui nous met en danger de subir, contre notre volonté, les décisions de l’État canadien, qui parle partout en notre nom. Les politiques environnementales, la culture, nos systèmes sociaux sont entre autres soumis aux pressions et aux déterminations des rapports internationaux: l’appartenance à l’ALENA, et peut-être bientôt à la ZLEA, a et aura des répercussions quotidiennes sur nos vies. En déléguer l’entière responsabilité à une autre nation nous rend chaque fois plus vulnérables et impuissants; nous en désintéresser nous préparerait des lendemains pénibles.

Il s’agit d’une question politique au sens large du terme. Elle interpelle l’ensemble de notre société. Un enjeu qui engage tous ceux qui croient que le Québec peut offrir au monde un modèle original de société et témoigner d’une diversité d’être au monde. En conséquence, la souveraineté ne peut plus être le fait de la seule action gouvernementale. Elle doit s’appuyer sur d’autres actions, sur d’autres enjeux, que ceux du pouvoir politique. À l’avenir, elle devra donc être portée par une grande coalition au sein de laquelle le Conseil de la souveraineté aura à jouer un rôle d’animation fondamental et continu, un rôle de carrefour de toutes les énergies. Le Parti québécois et le Bloc québécois continueront bien sûr à jouer un rôle important au sein de cette coalition, mais la mobilisation devra venir de partout à la fois. Nous devons occuper tout le terrain et faire de notre projet de pays un enjeu plus global, le point de ralliement des Québécois engagés dans toutes les sphères de l’activité sociale. Nous travaillerons avec tous ceux qui partagent notre projet et notre approche démocratique: les partis et les associations souverainistes, les syndicats, les groupes communautaires et le mouvement étudiant, mais aussi avec les personnes qui oeuvrent dans tous les lieux où s’exprime cette nouvelle citoyenneté que nous voyons poindre partout. Dans tous les lieux de création, au sein des groupes ethnoculturels formés de Québécois venus de tous les coins du monde pour vivre une autre vie, partout où femmes et hommes, de toutes générations, participent à leur façon à notre vie démocratique.

Une action fondée sur la volonté populaire

Plus de 40 années de lutte pour créer notre pays nous ont appris que l’exercice du pouvoir nous conduit souvent à reporter à plus tard les choix les plus difficiles, comme celui d’appeler ou de ne pas appeler la tenue d’un référendum sur la souveraineté. Il convient de contourner cette impasse en permettant aux Québécois de faire savoir le moment où ils seront prêts à se mobiliser pour leur souveraineté nationale. L’Assemblée nationale ne devrait plus être la seule à pouvoir décider du moment et de l’opportunité d’un référendum sur notre avenir national. Peut-on laisser aux citoyens, par voie d’initiative populaire, la possibilité de réclamer la tenue d’un référendum?

La question mérite d’être étudiée sérieusement, et je veux qu’on en débatte, que l’on discute également des modalités concrètes qui rendraient cette pratique crédible et réaliste dans le contexte de notre vie politique. J’ai un préjugé favorable à l’égard de cette option. A priori, elle présente un avantage important: elle permettrait que nos échanges portent davantage sur le projet de souveraineté que sur la tenue ou non d’un éventuel référendum.
Ce choix concorde avec la nécessité d’une plus grande démocratie. Il permettrait de mieux distinguer les impératifs de la gouverne de ceux de la souveraineté, d’éviter la confusion constante entre l’art de gouverner d’un parti politique ou d’une équipe gouvernementale et les enjeux de notre avenir collectif.

Une action fondée sur une quête permanente de souveraineté

Tout cela ne vient en rien diminuer l’obligation d’un gouvernement du Parti québécois de travailler à réaliser la souveraineté, une fois revenu au pouvoir. Il faut donc à l’avenir cesser de prétendre qu’un gouvernement souverainiste ne peut pas utiliser sa position pour faire la promotion de son option fondamentale. Un gouvernement du Parti québécois fera, au Québec, la promotion ouverte de la souveraineté. C’est une conséquence logique de notre programme politique.

Avec discernement et de façon transparente, il mettra des fonds publics au service d’une plus grande autonomie politique pour le Québec et au service de notre projet de bâtir un pays dans une perspective visant à documenter les conditions d’accès à la souveraineté.

Il faudra s’inspirer de l’expérience des Commissions sur l’avenir du Québec, trop rapidement conclue, et enclencher une large réflexion sur les conditions de notre vie en commun. Il faut ouvrir les institutions publiques à plus de participation. Dans cette perspective, l’État québécois pourra expérimenter des formes plus directes d’implication des citoyens dans la vie publique, favorisant ainsi l’élargissement du débat collectif.

Une action fondée sur une affirmation de notre différence

Depuis le 30 octobre 1995, le Québec a perdu l’initiative de son propre projet collectif. Nous avons dû nous résoudre à réagir aux initiatives fédérales, plus nombreuses et de plus en plus axées sur l’envahissement systématique de nos compétences. Tous ces empiétements sont «justifiés» par le pouvoir fédéral de dépenser. On tente de nous vendre le Canada avec notre propre argent. Le Québec a ainsi investi une partie importante de ses énergies à réagir plutôt qu’à agir. Il faut dorénavant cesser de battre en retraite. Mieux, il faut constamment élargir les limites de notre souveraineté et faire de celle-ci un projet continu qui ait du sens dès maintenant. Il faut travailler à faire du Québec un pays, un État souverain comme tous les autres États indépendants, mais d’ici là, il n’est pas question de rater l’occasion d’étendre la sphère actuelle de notre souveraineté. Il faut occuper au maximum tous nos champs de compétence et faire reculer le gouvernement central sur ses terres chaque fois que la chose est possible. Il faut affirmer et imposer notre différence dans tous les secteurs: dans la particularité de nos institutions, dans notre façon de prendre en charge les plus démunis d’entre nous, dans le soutien que nous donnons à nos familles, dans notre façon de soutenir l’éducation, qui est une condition de la culture, dans notre façon d’influencer et de stimuler notre économie.

Cette nouvelle politique, c’est celle de la souveraineté continue. Celle qui nous amènera à faire des gestes de souveraineté. Après plus de 20 ans de vie politique, je suis maintenant convaincue que c’est la seule voie susceptible d’éviter une lente paralysie de nos institutions et de nos espoirs. Pour gagner, le jour venu, un référendum décisif sur la souveraineté, il faut dès aujourd’hui donner le goût de notre indépendance politique. La souveraineté sera le résultat d’un effort constant. Il faut cesser d’être sur la défensive devant les initiatives fédérales parce qu’en agissant ainsi, nous faisons constamment la démonstration de notre dépendance. Nous acceptons indirectement les entraves du fédéralisme en nous repliant sur le mythe d’un grand soir qui excuse tout. Or, ce faisant, nous différons à l’infini le moment d’affirmer notre volonté de contrôler notre destin. Nous vivons dans l’attente d’on ne sait quoi, avec tous les renoncements que cela comporte pour notre vie quotidienne et pour notre avenir.

Un important travail reste à faire dans ce sens. Dans nos propres rangs, plusieurs affirment que tous les gains que nous pouvons faire au sein du fédéralisme font la preuve des avantages du système canadien. Mais cette perspective suppose que nous devrions conduire notre souveraineté sur une succession de défaites. C’est la politique du pire, qui est une politique de l’indignation stérile. Je crois qu’il s’agit d’une erreur. Au contraire, notre histoire collective nous révèle que le mouvement souverainiste n’a jamais été si fort que lorsque le gouvernement du Québec a su prendre des initiatives susceptibles d’étendre, au quotidien, ses marges de manoeuvre et son espace décisionnel. Ce fut le cas lors du rétablissement d’un impôt québécois en 1954, lors du retrait du Québec d’une trentaine de programmes fédéraux à la fin des années 60, lors de décisions courageuses prises dans le domaine des communications au début des années 70, lors de l’adoption de la Charte de la langue française et, plus récemment, lors de l’obtention de l’amendement constitutionnel qui a permis la mise en place des commissions scolaires linguistiques. C’est cette culture de l’action qu’il faut revitaliser pour faire de la souveraineté du Québec un projet continu, la conséquence de nombreux gestes souverains faits pour faire la démonstration définitive de notre capacité à construire un nouveau pays sur l’échiquier mondial.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
0 réactions
0 votes
 
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009