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Libre opinion - L'art de la guerre

20 avril 2012 | Jonathan Mayer - Enseignant en philosophie au cégep de Sherbrooke et chargé de cours à la Faculté de droit de l'Université de Sherbrooke | Québec
S'il y a une leçon que le gouvernement Charest a bien apprise après dix ans passés au pouvoir, c'est bien l'efficacité redoutable de la démagogie sur l'électorat. «Je suis prêt, l'équipe libérale est prête, nous sommes prêts!» Slogan épique, heureusement conservé dans les archives parolières du groupe Loco Locass. En 2003, le gouvernement Charest s'est fait élire en promettant aux électeurs la fin des files d'attente dans les urgences, les «défusions» municipales après les fusions forcées (véritable outrage à la démocratie) et le changement. Oui, le CHANGEMENT.

Une fois installé au pouvoir, le gouvernement Charest s'est mis au travail. Les changements sont arrivés. Un des premiers gestes qu'il a posés fut de réduire les sommes gouvernementales dédiées à la francisation des nouveaux arrivants. Sont ensuite venus les dossiers de la centrale du Suroît, de la privatisation du mont Orford, des subventions aux écoles privées juives, des controverses autour de la construction du CHUM qu'on voulait ériger sur des terrains contaminés. À peine un an de pouvoir libéral et le peuple cherchait des moyens légaux pour destituer celui qui fut alors baptisé «Patapouf».

En 2007, la démagogie est encore sacrée grande vedette de la campagne électorale. L'ADQ fait élire plus de 40 députés en en faisant son principal cheval de bataille. La démagogie viendra aussi à bout du nouveau chef du PQ, André Boisclair, de qui on découvre le passé plutôt olé olé! Le Parti libéral profitera de la déconfiture du PQ et de la faiblesse du programme de l'ADQ pour gagner un autre mandat, minoritaire celui-là.

En 2008, la crise économique joue les trouble-fêtes. Elle permet au gouvernement Charest de gagner une autre bataille. Il déclenche des élections hâtives et obtient un mandat majoritaire en proposant cette fois deux arguments: 1) un gouvernement stable est ce qu'il faut pour traverser une crise économique (les deux mains sur le volant!), et 2) le développement de grands projets dans le nord du Québec nous permettra de pallier les effets néfastes de la crise.

Ce fameux Plan Nord ne sera concrétisé qu'en mai 2011 et les Québécois ont davantage l'impression d'être floués que de faire une bonne affaire. Aux enchères, les ressources naturelles du Québec. Pas cher, pas cher! Démagogie, quand tu nous tiens...

Nous voilà en 2012. En fin de mandat, le gouvernement lance une bombe dans le milieu de l'éducation au Québec: les droits de scolarité à l'université augmenteront de 75 % en cinq ans. Le prétexte: les universités sont sous-financées et les étudiants doivent faire leur juste part. Les étudiants répondent, preuve à l'appui, que les universités ne sont pas sous-financées, mais mal financées. Pas de réponse. Le gouvernement fait toujours la sourde oreille.

Chers étudiants, que faire alors? Combattre le feu par le feu. La démagogie par la démagogie. Quand la ministre de l'Éducation vous dira: «Je ne veux pas négocier avec des gens qui ont une facture et qui ne veulent pas la payer», demandez-lui pourquoi le gouvernement paie des routes de plusieurs millions de dollars aux compagnies minières sans être certain de ce que cela nous rapportera.

Quand la ministre vous demandera de condamner la violence pour vous asseoir à sa table (ce que je vous suggère de faire le plus rapidement possible), demandez-lui combien de députés libéraux ont rencontré Tony Accurso, dîné à sa table ou navigué sur son yacht. Ces hommes d'affaires corrompus ont plus d'attention de la part de nos ministres que 175 000 étudiants en grève. Ceci est un vrai scandale, mais la faute n'appartient ni au gouvernement, ni aux étudiants. Ce sont les citoyens du Québec qui se laissent berner depuis dix ans en portant plus d'attentions aux «punchs» et aux «spins» médiatiques qu'aux arguments intelligents et sensés. Amis, après dix ans de règne libéral, pouvez-vous nommer une seule bonne réalisation du gouvernement Charest? UNE!!!???

Jean Charest a lu L'art de la guerre de Sun Tzu. Il s'en est même réclamé publiquement. Voici quelques citations tirées du célèbre ouvrage:

«Toute guerre est fondée sur la tromperie.»

«Ne laissez pas vos ennemis s'unir.»

«En tuer un pour en terrifier un millier.»

M. Charest, vous avez drôlement bien appris la leçon. La démagogie est une ombre, une arme puissante. Vous la maniez avec une habilité peu commune. Celle d'un grand seigneur de la guerre. Si seulement cette énergie et cette habileté servaient votre peuple plutôt que vos amis...

***

Jonathan Mayer - Enseignant en philosophie au cégep de Sherbrooke et chargé de cours à la Faculté de droit de l'Université de Sherbrooke
 
 
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