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Pierre Moreau défend son ministère

«Le ministère des Transports n'est pas un nid de patronage»

6 avril 2012 | Kathleen Lévesque | Québec
Pierre Moreau soutient que, s’il y a des problèmes qui se posent, comme la collusion, cela se fait à l’extérieur des murs du MTQ.<br />
Photo : Annik MH De Carufel - Le Devoir Pierre Moreau soutient que, s’il y a des problèmes qui se posent, comme la collusion, cela se fait à l’extérieur des murs du MTQ.
Pierre Moreau défend son ministère bec et ongles, donnant l'assurance d'avoir mis en place tous les pare-feu nécessaires pour remettre les Transports sur les rails.

En entrevue au Devoir pour souligner le centième anniversaire du ministère des Transports (MTQ), Pierre Moreau soutient que, s'il y a des problèmes qui se posent, comme la collusion, cela se fait à l'extérieur des murs du MTQ. «Le ministère des Transports n'est pas un nid de patronage», affirme M. Moreau, qui est toutefois conscient que l'image du ministère a été amochée au cours des dernières années.

À la suite du rapport Duchesneau de l'Unité anticollusion, qui avait notamment le mandat de proposer des modifications aux façons de faire au sein du MTQ, les règles d'attribution des contrats ont été resserrées, les mécanismes de contrôle ont été revus et un plan d'embauche (970 ingénieurs et techniciens en cinq ans) a été adopté. De plus, des séances d'information et de formation sur les questions d'éthique ont été tenues; quelque 500 employés, dont la moitié de nouvelles recrues, en ont bénéficié.

Selon Jacques Duchesneau, qui a mené une enquête interne au MTQ où 500 personnes ont témoigné d'un «système» qui coûte cher aux contribuables (prix gonflés, extras), «les choses changent». «Il faut toutefois demeurer vigilant, car il y a une culture chez les entrepreneurs et les ingénieurs des firmes privées. Depuis toujours, ils ont un sentiment de propriété à l'égard du ministère, qui est le plus gros donneur d'ouvrage. Ça, ça ne se change pas en claquant des doigts et, surtout, il faut continuer d'enquêter pour savoir à qui ils sont véritablement redevables», estime M. Duchesneau.

Cette même impression que les choses ont été corrigées du côté du MTQ, sans pour autant avoir un effet permanent sur l'appétit des entreprises, est partagée par l'ingénieur à la retraite François Beaudry. Ce dernier, qui a travaillé 33 ans au MTQ, a dénoncé plus d'une fois la collusion entre des entrepreneurs qui fixaient les prix ou se répartissaient les contrats sans que le ministère bouge. Il s'est ouvert publiquement, à l'automne 2009, sur un dossier à Laval où le processus d'octroi d'un contrat était vicié, tellement que le gagnant était connu avant même d'être choisi officiellement.

«Le fait d'en avoir parlé avec des éléments de preuve, ç'a secoué les affaires. Il y a des enquêtes policières. Quant au ministère, tout n'est pas pourri. C'est une fausse impression. Mais tant mieux si tout ça a réveillé le monde et si on ne baisse plus les bras», a commenté M. Beaudry, qui souhaite apporter son témoignage à la commission Charbonneau qui enquête sur l'industrie de la construction.

Un monde difficile à brider

Selon l'historien Jean Provencher, «le monde des entrepreneurs est difficile à brider». «Le patronage, ça va et ça vient. Le ministère des Transports, c'est une assiette à beurre dans laquelle tout le monde pige allègrement et depuis longtemps», dit-il.

Sous le gouvernement de Maurice Duplessis, il n'y avait pas de soumission pour l'octroi de contrats de la Voirie (ancêtre du MTQ). «Tu graisses la caisse électorale du parti et tu as le mandat. Duplessis avait construit tout un système qui a accéléré les travaux. [...] Et quand tu ne votais pas du bon bord, l'asphaltage de la route s'arrêtait net. L'état de la chaussée nous donnait des indications sur la couleur politique des habitants», raconte l'historien.

Ce n'est qu'avec l'arrivée au pouvoir des libéraux de Jean Lesage, en 1960, qu'on instaure les soumissions publiques généralisées. Mais ces balises ne furent pas une panacée.

«Le patronage au sein du ministère, c'est un classique, juge Paul Lewis, professeur d'urbanisme à l'Université de Montréal. Mais je ne crois pas que tout le système fonctionne avec des enveloppes brunes. S'il y a un problème de corruption comme l'affirme le rapport Duchesneau, il faut surtout s'inquiéter de la sécurité des ouvrages, puisque le ministère est le gardien de l'intérêt collectif.»
 
 
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