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    Transports Québec - 32 ingénieurs privés dans les bureaux du ministère

    «Leur présence optimise le rendement des équipes», estime Québec

    5 avril 2012 |Kathleen Lévesque | Québec
    Invité récemment à commenter la situation, le ministre Pierre Moreau a estimé que les règles déontologiques auxquelles sont soumis les ingénieurs par l'intermédiaire de leur ordre professionnel donnent des garanties suffisantes de probité.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Invité récemment à commenter la situation, le ministre Pierre Moreau a estimé que les règles déontologiques auxquelles sont soumis les ingénieurs par l'intermédiaire de leur ordre professionnel donnent des garanties suffisantes de probité.
    En dépit des appels à la prudence du rapport Duchesneau quant à la promiscuité entre le ministère des Transports (MTQ) et les firmes de génie, on compte 32 ingénieurs privés installés dans les bureaux du MTQ et travaillant à d'importants dossiers, dont Turcot, a appris Le Devoir.

    De ce groupe d'ingénieurs, 16 oeuvrent à des projets routiers d'envergure depuis les bureaux montréalais du MTQ. À la manière du désormais célèbre contrat des compteurs d'eau à Montréal, où la firme BPR était intégrée à l'administration municipale pour gérer le dossier, ces ingénieurs travaillent sur l'échangeur Dorval, le complexe Turcot et l'autoroute 30.

    Pour le dossier de l'échangeur Dorval, les ingénieurs sont liés à la firme SM ainsi qu'au consortium Roche-Axor. Pour Turcot, les ingénieurs proviennent d'AECOM et de BPR, deux firmes qui ont formé un partenariat d'affaires pour ce dossier. Quant à l'autoroute 30, les firmes CIMA+, BPR et Roche ont fourni les employés.

    En outre, le MTQ accueille dix ingénieurs spécialisés en informatique et six autres (trois ingénieurs mécaniques et trois spécialisés en génie industriel) qui se penchent sur des projets «d'optimisation des processus internes».

    Pour le ministère, la présence des firmes privées ne soulève pas de problème éthique et ne démontre aucune perte de contrôle des dossiers à leur profit. Il s'agit, explique-t-on, d'une pratique courante dans la mise en place de grands projets. «Leur présence dans les bureaux optimise le rendement des équipes, facilite le transfert d'expertise spécifique à l'interne et permet une collaboration quotidienne dans le cas de projets ciblés pour une période déterminée», a indiqué la porte-parole du MTQ, Isabelle Monette.

    Invité récemment à commenter la situation, le ministre Pierre Moreau a estimé que les règles déontologiques auxquelles sont soumis les ingénieurs par l'intermédiaire de leur ordre professionnel donnent des garanties suffisantes de probité. «Ils ne travaillent pas en vase clos. Ils sont encadrés. [...] Il y a une contre-vérification qui se fait», a-t-il affirmé.

    «Malgré toute la bonne volonté qu'il pourrait exprimer, le ministère ne pourra jamais tout faire les travaux en régie interne. Il n'y a aucun gouvernement dans le monde qui a l'ensemble des professionnels pour faire des projets aussi énormes que Turcot, par exemple», a ajouté le ministre des Transports.

    En février dernier, la Ville de Montréal a été la cible de critiques parce que des ingénieurs sont installés dans les bureaux municipaux afin de préparer et de rédiger des dossiers pour que les élus puissent prendre des décisions. Le président du comité exécutif, Michael Applebaum, a nié que cela puisse s'apparenter à quelque dérive que ce soit.

    Au MTQ, on souligne que les firmes de génie signent un engagement de confidentialité et que les ingénieurs n'ont qu'un accès limité aux systèmes informatiques correspondant à leur mandat. De plus, on banalise la situation en rappelant le ratio: 32 ingénieurs privés pour 586 salariés du MTQ.

    En 2007, l'Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec (APIGQ) avait déposé un grief concernant la présence d'ingénieurs de firmes privées dans les mêmes bureaux que les ingénieurs du gouvernement. Le syndicat estimait alors que les professionnels étaient privés d'un lieu de travail adéquat pour traiter les dossiers de façon confidentielle. Les discussions entre collègues ou les communications au téléphone risquaient d'être éventées, arguait alors l'APIGQ.

    Celui qui a dirigé l'Unité anticollusion du MTQ, l'ex-chef de police Jacques Duchesneau, dont le rapport a secoué tout le Québec l'automne dernier en forçant même le gouvernement à mettre sur pied une commission d'enquête sur l'industrie de la construction, estime que la situation demande réflexion. «Il devrait y avoir un mur de Chine entre le ministère et les firmes de génie. Une trop grande proximité soulève une question morale importante, surtout que la machine des contrats est ouverte avec beaucoup de chantiers qui sont lancés», a commenté M. Duchesneau.

    Ce dernier a rappelé que son rapport a largement fait état de la perte d'expertise au sein du MTQ qui expliquerait une certaine fragilité du processus d'octroi de contrats. Dès l'automne 2009, le vérificateur général du Québec avait procédé à l'analyse du ministère pour conclure que la gestion de contrats présentait des «situations à risque».

    Le ministre Moreau, soutenu par la présidente du Conseil du trésor, Michelle Courchesne, a annoncé en octobre dernier l'embauche de 970 ingénieurs et techniciens en génie civil au cours des cinq prochaines années afin de regarnir les rangs du MTQ. Concrètement, 10 ingénieurs doivent être embauchés au cours des prochaines semaines pour un service spécialisé en structures qui est mis sur pied à Montréal. Les entrevues ont débuté.












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