Bateau-bus et télécabines pour relier la Rive-Sud à Montréal

«On doit rendre le transport en commun sexy. Il faut qu'il soit facile à utiliser, confortable et fiable», affirme le ministre des Transports Pierre Moreau.<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir «On doit rendre le transport en commun sexy. Il faut qu'il soit facile à utiliser, confortable et fiable», affirme le ministre des Transports Pierre Moreau.

Devant les besoins criants de transport de masse entre la Rive-Sud et l'île de Montréal, le ministre des Transports, Pierre Moreau, jongle avec des solutions inusitées: mettre en service des navettes fluviales et construire des télécabines circulant au-dessus du Saint-Laurent.

En entrevue au Devoir pour souligner le centième anniversaire de son ministère, Pierre Moreau a dit être prêt à effectuer un véritable virage vers le transport collectif, saturation du réseau autoroutier montréalais oblige. Du même souffle, il a souligné l'importance de tenir compte de l'état des finances publiques, ce qui justifie, selon lui, de regarder «les moyens les plus efficaces et les plus économiques pour augmenter l'offre de service».

«On doit rendre le transport en commun sexy. Il faut qu'il soit facile à utiliser, confortable et fiable», a affirmé le ministre, conscient que son audace pourrait lui attirer bien des critiques.

Mais il y a plus. L'instauration de navettes fluviales qui feraient l'aller-retour entre Longueuil et Montréal ou la construction de télécabines apparaissent comme un moyen de contrer la crise des transports qu'engendreront les multiples chantiers routiers, comme le complexe Turcot, le pont Champlain, le tunnel Louis-Hippolyte-Lafontaine et le pont Mercier. Le casse-tête qui s'annonce est titanesque: 40 000 personnes résidant sur la rive sud du Saint-Laurent viennent travailler à Montréal tous les jours.

C'est dans ce contexte que le ministre Moreau songe à mettre à l'eau des bateaux, comme c'est le cas par exemple entre Lévis et Québec. Le service pourrait voir le jour dans l'est de Montréal, à la hauteur des rues Pie IX et Viau, alors qu'il semble exclu de l'offrir dans l'ouest de l'île. À cette hauteur, la profondeur du fleuve ne serait pas suffisante, a expliqué le ministre.

«Montréal est une île et elle n'est pas dotée de services de navettes fluviales. Il faut commencer à y réfléchir parce qu'on va avoir des travaux importants au cours des prochaines années. [...] Pourquoi serait-ce fou?», a-t-il lancé.

Pour avoir un éclairage des possibilités réelles mais également des difficultés que poserait un tel projet, le ministère s'est intéressé au réseau de navettes mis en place il y a maintenant 30 ans à Boston. Ce service a été développé pour pallier les multiples travaux de reconstruction d'infrastructures et permettait de contourner les chantiers sans ralentir le va-et-vient des personnes, a rappelé M. Moreau.

Pour ce qui est des télécabines qui enjamberaient le fleuve, Pierre Moreau pointe autant vers l'ouest que vers l'est. Un projet pourrait voir le jour dans l'axe du pont Mercier et un autre, à proximité du tunnel L-H-Lafontaine, là où les rives n'ont que deux kilomètres de distance. Le ministère des Transports possède des terrains à Longueuil, en bordure de la route 132, entre la marina et le métro. «Est-ce que ces terrains-là ne pourraient pas être utilisés comme stationnement incitatif et être un départ pour des télécabines qui arriveraient directement à des stations de métro sur Pierre-de-Coubertin [Pie IX et Viau]? Il ne faut pas se fermer l'esprit à ce genre de chose», a souligné M. Moreau.

Outre la traversée du fleuve, ce type de transport pourrait permettre de rabattre les gens vers des systèmes de transport en commun en reliant, par exemple, la station de métro de Longueuil à un stationnement incitatif à plus d'un kilomètre, question de contourner la congestion.

«Je n'ai pas de chiffre ni d'analyse technique. Mais si ça se fait ailleurs dans le monde, pour quelle raison on ne le ferait pas ici?», demande-t-il.

De fait, un service de télécabines existe à New York, entre Roosevelt Island et l'île de Manhattan. C'est d'ailleurs en s'appuyant sur les informations recueillies là-bas que le ministre affirme que le système pourrait se mettre en place rapidement en 18 mois; à New York, la réfection récente du système a coûté 65 millions.

«Une chose dont je suis certain, c'est que c'est beaucoup moins dispendieux qu'un pont et ça n'intervient pas de la même façon dans le transport des personnes», a mentionné le ministre.

Il y a trois ans, un promoteur privé avait proposé de relier le Vieux-Montréal et Saint-Lambert par télécabines pour 100 millions de dollars. Même s'il soutenait pouvoir transporter en moyenne 3000 personnes à l'heure avec un départ toutes les 20 secondes (trajet de 10 minutes) et qu'il s'agissait d'un moyen de transport écologique au fort potentiel touristique, la Société du Vieux-Port y a surtout vu une menace pour le patrimoine historique et un embarras pour ses propres opérations.

L'automne dernier, c'était au tour de la Ville de Laval de se lancer dans l'étude de faisabilité d'un projet de téléphérique urbain afin de relier éventuellement la station de métro Montmorency au Carrefour Laval. Le maire Gilles Vaillancourt avait alors présenté l'idée comme une solution en attendant le prolongement du métro.

«Est-ce que c'est réaliste de le faire pour Montréal? On examine la situation. Je veux compléter le tour des autorités qui ont réussi avec succès la mise en place de ces services. Mais on doit se tourner vers ça», a insisté Pierre Moreau.

Ce dernier a précisé que le MTQ n'a accordé aucun contrat pour étudier la question. Des mandats préliminaires ont toutefois été donnés à la Société des traversiers du Québec (STQ) ainsi qu'à l'Agence métropolitaine de transport (AMT), question d'examiner différents scénarios, a-t-il indiqué.

Ni à la STQ ni à l'AMT on ne se montre loquace sur le sujet. «Tout reste à définir dans ce dossier. C'est une avenue que l'on regarde», s'est bornée à dire la porte-parole de l'AMT, Brigitte Léonard. Du côté de la STQ, on semblait même surpris des questions du Devoir. «On a eu écho de projets, mais nous ne sommes pas impliqués», a laissé tomber Maryse Brodeur.

Chez Transit, l'Alliance pour le financement des transports collectifs au Québec, regroupant une quarantaine d'organismes, la voie empruntée par le ministre Moreau est loin de soulever de l'enthousiasme. «Pour désengorger le lien Rive-Sud-Montréal, c'est davantage anecdotique qu'une solution structurante», a tranché Christian Savard, de l'organisme Vivre en ville. «Je ne connais pas d'exemple où les téléphériques sont venus changer la face d'une ville, à moins de vouloir monter des collines, comme à Santiago de Chili», a-t-il ajouté.

La professeure de l'Université du Québec à Montréal spécialisée en transport et ancienne p.-d.g. de l'AMT, Florence Juncat-Adenot, abonde dans ce sens. «Ça peut être un complément, mais ça ne sera jamais du transport de masse. On ne peut pas baser le développement du transport collectif à Montréal autour des navettes fluviales ou des téléphériques», a-t-elle commenté.

Comme porte-parole de Transit, Mme Junca-Adenot et M. Savard prônent un virage au gouvernement vers le transport collectif qui ne soit pas cosmétique, d'autant plus, disent-ils, que les solutions en matière de transport en commun sont archiconnues. «On ne peut pas toujours attendre après les nouvelles idées. C'est ce qui permet surtout de se maintenir dans l'immobilisme», a laissé tomber M. Savard.
57 commentaires
  • Nicolas Bencherki - Inscrit 31 mars 2012 04 h 59

    Travers le fleuve ou aller au travail ?

    Les solutions farfelues du ministre Moreau permettraient peut-être de traverser le fleuve, mais si il souhaite mettre les téléphériques ou les navettes dans l'est et l'ouest, alors ces personnes devront ensuite prendre le bus ou le métro pour aller vers le centre. On dirait que pour monsieur Moreau, le seul problème est de traverser le fleuve, mais c'est l'ensemble du déplacement auquel une stratégie de transport doit répondre.

    • FERNAND - Inscrit 31 mars 2012 14 h 29

      Il ne faut pas oublier la traverse en ski aquatique et ensuite de l'autre coté en patins alignées pour se rendre au bureau ou à la maison!!!.
      Une autre solution deux de pique avec ça?
      Dire que ce gouvernement laisse aller les choses depuis 2003.

  • Alain Dubois - Inscrit 31 mars 2012 05 h 50

    Du transport pour le casino

    Depuis plusieurs années, il y a des projets de navettes fluviales et/ou de télécabines circulant au-dessus du Saint-Laurent pour relier la Rive-Sud à Montréal. Tous ces beaux projets avaient cependant une escale incontournable, le casino.

    Je me souviens même avoir vu un projet qui impliquait la construction d'un grand-hôtel, d'une marina de luxe et d'une grande salle de spectacle pour le casino. Ces installations seraient directement reliées par les voies de transport s proposer directement au casino (un vieux fantasme de Loto-Québec).

    Nous savons que pour des motifs environnementaux reliés à la géographie et la géologie des lieux, Loto-Québec ne peux pas construire d'Hotel sur l'Ile Notre-Dame . Nous savons aussi que la grande majorité de la clientèle du casino provient de la grande région de Montréal et que le ministre des Finances et Loto-Québec souhaitent développer ce marché.

    Je parierais même qu'une bonne partie du 182 millions des investissements non identifiés (sur le 584 millions) que le ministre des Finances, lors de son dernier budget, a remis à Loto-Québec est dédié à ce projet.

    Le gouvernement répondra peut-être qu'il entend faire une pierre deux coups, mais en fait les non-dits entourant ce projet démontrent bien que son objectif premier est d'amener la population de la grande région de Montréal dépenser (gambiller) davantage au casino.

  • Pierre Vincent - Inscrit 31 mars 2012 06 h 06

    Prolongez donc simplement le Métro, M. Moreau.

    Pourquoi ne pas simplement prolonger le Métro, tant sur la Rive-Sud que sur l'Ile de Laval? Ce serait plus simple que toutes ces solutions ponctuelles et temporaires. Et l'investissement requis pour le prolongement du Métro sera récupéré dans le temps par l'achalandage additionnel et aussi par les économies réalisées par les ménages qui diminueront leurs frais de déplacements...

    • viking - Inscrit 2 avril 2012 10 h 34

      C,est trop simple de prolonger le métro , pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué? le métro ,pas d'embouleillage , non poluant ,efficace et rapide ,risques d'accidents presque nul,

  • robthebuilder - Inscrit 31 mars 2012 06 h 50

    Des télécabines qui enjamberaient le fleuve???

    J'espère que ce sera plus efficace que le métro. Rester figé sur place dans un tunnel pendant de longues minutes c'est une chose. Mais à des mètres d'altitude au-dessus de l'eau???? J'entends le petit message d'ici. «Un incident cause un ralentissement de service. Les passagers sont priés de faire des petits Alexandre Despatie d'eux-mêmes et de se maudire à l'eau. Merci de votre compréhension. D'autres messages suivront.»

  • NL - Inscrit 31 mars 2012 06 h 58

    Le gouvernement est le mieux placé pour « changer la politique ».

    Plus de transport en commun, ça signifie probablement plus de gens qui les utiliseront, donc une diminution du nombre de véhicules sur les routes. Mais, tout cela ne sera qu'éphémère et n'engendrera qu'un cercle vicieux. Car, inévitablement, tôt ou tard, le système des transports en commun devra être remanié pour répondre aux besoins d'une population croissante et de l'urbanisation.

    Il ne s'agit point de, seulement, arranger le système des autobus, navettes, trains, « dune buggy » et autres trucs inusités, mais également, de transformer la mentalité métropolitaine sur le mouvement quotidien de la main-d'oeuvre. Car, à l'heure actuelle, il semble y avoir une sorte de conception du travail où tous tendent à être condensés en une seule ville, Montréal.

    Évidemment, si tous convergent vers le même point, la congestion sera inévitable, comme dans un entonnoir. Mais, la circulation routière sera vraisemblablement et grandement améliorée sur une base durable, si, au contraire, l'État adopte une politique visant à délocaliser les industries et donc, à répartir la main-d'oeuvre de façon plus uniforme sur l'ensemble du territoire de la communauté métropolitaine.

    En outre, plutôt que de se concentrer sur l'intérêt particulier d'une seule municipalité qui est Montréal, l'État servirait ainsi le bien commun et l'intérêt général des 82 municipalités de la communauté métropolitaine. Car, encourager les industries à s'implanter dans chacune d'elles, c'est un gage de revenus - taxes foncières obligent - pour chacune d'elles. Certes, il y aurait diminution de revenus pour Montréal, mais il est fort à parier que diminueraient aussi les besoins en réfection routière.