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Conflit Québec-étudiants - Legault tente une médiation

Les étudiants rejettent la proposition du chef caquiste

29 mars 2012 | Antoine Robitaille | Québec
Le chef de la CAQ, François Legault, abolirait le crédit d'impôt non remboursable pour les droits de scolarité.<br />
Photo : Annik MH De Carufel - Le Devoir Le chef de la CAQ, François Legault, abolirait le crédit d'impôt non remboursable pour les droits de scolarité.
Québec — François Legault a tenté en vain de se poser en médiateur dans le conflit entre les étudiants et le gouvernement hier, esquissant une proposition d'amélioration du système de prêts et bourses assortie d'un programme de Remboursement proportionnel au revenu (RPR). Le ministre des Finances Raymond Bachand a soutenu que le gouvernement était «prêt à regarder ces idées-là», reprenant une formule de Jean Charest de la veille selon laquelle le système de prêts et bourses était toujours perfectible; notamment sur le plan de l'accès aux études supérieures de la classe moyenne. M. Bachand a tout de suite déploré que les associations étudiantes ne veuillent «discuter de rien, sauf du gel des droits de scolarité». La ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, avait déclaré la même chose avant la période de questions, ajoutant qu'en Ontario, les droits de scolarité ont été baissés cette semaine, mais sont toujours beaucoup plus élevés qu'au Québec, et qu'il en serait de même après la hausse prévue.

Sur la proposition de RPR, le ministre des Finances a souligné que la Commission-Jeunesse du Parti libéral, l'été dernier — et encore la semaine dernière — avait proposé une formule de ce type: «Je suis content que M. Legault s'inspire des idées de notre commission jeunesse. [L'économiste] Luc Godbout aussi. Ce sont des choses qui ont déjà été étudiées.» En 2010, en effet, au sommet sur le financement de l'éducation postsecondaire, le RPR avait aussi été considéré et rejeté.

Leaders étudiants consultés

En début d'après-midi, hier, M. Legault a révélé s'être entretenu plus tôt en matinée avec les présidents de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) pour leur soumettre son esquisse de solution. «Je n'ai pas senti de fermeture à cette proposition. Je n'ai pas senti qu'il était hors de question de considérer cette proposition. Au contraire, ils m'ont dit: "on peut la considérer, maintenant, on aimerait la bonifier". Pour ça, il faut négocier avec le gouvernement.» Récemment, lorsqu'il avait prôné l'ouverture des conventions collectives d'employés du secteur public, M. Legault avait pourtant lancé: «Ce n'est pas vrai que ce sont les groupes de pression qui vont décider de ce qui se passe au Québec.»

Hier, M. Legault a expliqué que le RPR consisterait — pour un citoyen qui vient de sortir de l'université et qui a obtenu son premier emploi — à rembourser ses prêts à coups de 5 % par année pendant 10 ans. Après cette décennie, l'État s'engagerait à effacer toute dette qui resterait. Autre mesure suggérée par le chef caquiste (qui, rappelons-le, est favorable à la hausse): hausser le seuil d'admissibilité au régime de prêts et bourses pour les familles ayant un revenu inférieur à 60 000 $. Pour que l'implantation de ces deux mesures se fasse «à coût nul», M. Legault abolirait le crédit d'impôt non remboursable pour les droits de scolarité, ce qui dégagerait 120 millions par année selon ses calculs.

Les leaders étudiants ont qualifié d'«intéressante» la sortie du chef caquiste. «Ce n'est plus juste les partis qui sont pour le gel qui le réclament un dialogue», a noté Martine Desjardins, présidente de la FEUQ. «L'intention est bonne, de tenter de trouver une solution au conflit», a pour sa part dit Léo Bureau-Blouin, de la FECQ. Les deux leaders ont toutefois accueilli avec scepticisme la proposition caquiste. Certes, le rehaussement à 60 000 $ du seuil de revenus pour obtenir des prêts et bourses est considéré d'un bon oeil par Martine Desjardins: «Ça fait longtemps qu'on demande que le seuil soit haussé à 45 000 $ et M. Legault monte déjà plus haut que ce qu'on proposait!» Autre opinion favorable: l'abolition du crédit d'impôt plaît aussi à la FEUQ, mais croit qu'il devrait servir plus directement à la bonification de l'aide financière aux études. Du reste, la marge qui pourrait être dégagée serait moindre; 100 millions et non 120 millions par année comme le soutient M. Legault.

Mme Desjardins refuserait toutefois totalement de discuter de la mise en place éventuelle d'un système de RPR lors d'une négociation. En Australie, où ce système a été appliqué, soutient Mme Desjardins, «les pauvres s'endettent encore plus et les riches qui peuvent payer leurs frais de scolarité diminuent leur endettement de manière proportionnelle». Aux dires de la FEUQ, le RPR aurait aussi un effet haussier sur les droits de scolarité.

Du reste, selon Léo Bureau-Blouin, de la FECQ, François Legault «sous-évalue de beaucoup le coût de l'augmentation du seuil de contribution parental à 60 000 $». Hausser ce seuil coûterait plus cher — entre 150 et 200 millions — que le montant dégagé par l'abolition du crédit d'impôt. Par conséquent, selon M. Bureau-Blouin, il vaudrait mieux annuler simplement la hausse des droits de scolarité de 1625 $ sur cinq ans qui, elle, devrait rapporter 200 millions par année: «Visiblement, les calculs ont été faits un peu vite du côté de la CAQ», a conclut le président de la FECQ.

Commission perturbée

En après-midi hier, la Commission de la culture et de l'éducation qui étudiait le projet de loi no 56 visant à lutter contre l'intimidation et la violence à l'école a été perturbée par des militants contre la hausse. «Huit professeures du regroupement Profs contre la hausse [...] ont déployé de larges bannières rouges en pleine Assemblée. Nous pouvions y lire "6 semaines d'indifférence, c'est assez!"», selon la description faite dans un communiqué du regroupement. Le cabinet de Mme Beauchamp a refusé de commenter le geste.

***

Avec la collaboration de Lisa-Marie Gervais
 
 
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