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    Rio Tinto Alcan - Hausse du prix de l'aluminium après le lockout

    Hydro-Québec pourrait verser jusqu'à 175 millions à l'aluminerie pour l'achat de son électricité

    9 mars 2012 |Robert Dutrisac | Québec
    Depuis que Rio Tinto Alcan a décrété son lockout il y a un peu plus de deux mois, le prix de l'aluminium a grimpé de 300 $ pour s'établir à 2173 $US la tonne à la Bourse des métaux de Londres. Pour la seule usine d'Alma, qui produit environ 435 000 tonnes d'aluminium par an, cette seule hausse représente un bénéfice supplémentaire de 130 millions si elle se maintient en 2012.<br />
    Photo: Agence Reuters Dado Ruvic Depuis que Rio Tinto Alcan a décrété son lockout il y a un peu plus de deux mois, le prix de l'aluminium a grimpé de 300 $ pour s'établir à 2173 $US la tonne à la Bourse des métaux de Londres. Pour la seule usine d'Alma, qui produit environ 435 000 tonnes d'aluminium par an, cette seule hausse représente un bénéfice supplémentaire de 130 millions si elle se maintient en 2012.
    Québec — Le lockout décrété par Rio Tinto Alcan (RTA) à son usine d'Alma survient au moment où les producteurs d'aluminium en Amérique du Nord et en Europe réduisent leur production pour diminuer leurs stocks afin de pousser à la hausse le prix du métal blanc sur les marchés. Entre-temps, Hydro-Québec, en vertu des contrats secrets qui la lient avec la multinationale, continue de lui acheter les surplus d'électricité dégagés par la fermeture aux deux tiers de l'usine d'Alma.

    De fait, en février, Hydro-Québec a versé 15 millions à RTA pour de l'électricité dont la société d'État n'a pas besoin, soit 50 % de plus qu'en janvier. Sur une base annualisée, c'est un apport de quelque 175 millions sur lequel RTA peut compter pour réduire le manque à gagner causé par le lockout imposé le 30 décembre dernier à 780 travailleurs.

    «La sous-traitance, je ne pense pas que ce soit le seul enjeu du lockout parce que ce n'est pas assez important, il me semble. Il y a aussi l'enjeu des inventaires de l'aluminium qui sont élevés», juge l'économiste Marc-Urbain Proulx, professeur en économie régionale à Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et un observateur de longue date de l'industrie de l'aluminium. La main-d'oeuvre ne constitue que 9,3 % des coûts de l'usine d'Alma, une des plus profitables au monde pour RTA, a-t-il signalé. L'usine se situe au 97e rang mondial des 177 alumineries pour ses coûts de main-d'oeuvre. Les économies qu'entend réaliser RTA en ayant recours à davantage de sous-traitance sont somme toute marginales, estime l'économiste.

    Comme Hydro-Québec est contrainte d'acheter les surplus d'électricité produite par les barrages de RTA qui alimentent l'usine d'Alma, la multinationale est «très confortable», croit Marc-Urbain Proulx. «Ils ont des conditions béton avec Hydro-Québec.» Selon lui, l'évaluation de la compagnie qui affirme essuyer une perte de 1 million de dollars par jour en raison du lockout est nettement exagérée. «Son coût pour le lockout est relativement limité, estime l'économiste. C'est sûr qu'ils perdent des sous, mais ils vont se reprendre très, très vite si les prix continuent de monter.»

    Depuis que RTA a décrété son lockout il y a un peu plus de deux mois, le prix de l'aluminium a grimpé de 300 $ pour s'établir à 2173 $US la tonne à la Bourse des métaux de Londres. Pour la seule usine d'Alma, qui produit environ 435 000 tonnes d'aluminium par an, cette seule hausse représente un bénéfice supplémentaire de 130 millions si elle se maintient en 2012. Pour l'ensemble des alumineries de RTA, il s'agit de plus de 1 milliard.

    Selon Marc-Urbain Proulx, les producteurs d'aluminium occidentaux se sont donné le mot pour réduire leur production parce qu'ils sont aux prises avec des réserves beaucoup trop élevées, soit 5 millions de tonnes alors que la production mondiale d'aluminium primaire se situe à 42 millions par an, selon les dernières données de 2010.

    Ainsi, une semaine après que RTA a déclenché son lockout, l'Américaine Alcoa annonçait qu'elle diminuerait de 12 % sa production en fermant plusieurs installations aux États-Unis. Puis, NorskHydro annonçait une réduction, plus modeste cependant, de sa production d'aluminium. Enfin, le géant russe a lui aussi décrété une chute de sa production en attendant l'ouverture d'une nouvelle aluminerie pour desservir le marché chinois.

    RTA n'est pas en reste: mardi, elle annonçait la fermeture de son aluminerie de Lynemouth au Royaume-Uni. En octobre dernier, la multinationale, qui est surtout une compagnie minière et qui n'est présente dans l'industrie de l'aluminium que depuis son acquisition d'Alcan à fort prix en 2007, mettait en vente des alumineries et des mines de bauxite en Australie et en Nouvelle-Zélande, ainsi que trois autres usines en France et aux États-Unis. Toutes ces annonces de l'industrie sont un facteur, sans être le seul, de la récente hausse des prix, a souligné Marc-Urbain Proulx.

    L'économiste rappelle qu'au printemps 2011, les grands joueurs occidentaux de l'industrie, insatisfaits des faibles prix et de leurs stocks trop élevés, avaient tenté de manipuler le marché de l'aluminium en retardant leurs livraisons à leurs clients. Les prix avaient frôlé les 2500 $US la tonne. Ils s'étaient fait taper sur les doigts par la Bourse des métaux de Londres à la suite des plaintes des acheteurs.

    Le porte-parole de RTA, Bryan Tucker, a soutenu, hier, que le lockout «ne fait pas partie d'une stratégie pour réduire la production». Pour appuyer ses dires, le porte-parole a indiqué que la société avait investi les sommes nécessaires pour relancer son usine de Shawinigan après une avarie alors que sa fermeture est prévue pour 2014, preuve, selon lui, que RTA ne veut pas réduire sa production au Québec.

    Bryan Tucker a aussi rejeté la thèse d'une action plus ou moins concertée des producteurs afin d'affermir le prix de l'aluminium. Il a fait valoir que les usines dont les concurrents ont annoncé la fermeture «ont des problèmes de coûts». Ce qui n'est d'ailleurs pas le cas pour RTA au Québec, a soutenu le porte-parole. «Nos installations de production au Québec sont des actifs de premier plan. Ça fait partie des meilleures installations au monde.»












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