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    Plan Nord: la grande séduction des universités

    L'UdeM et l'UQAM proposent des projets de recherche au gouvernement Charest

    9 mars 2012 |Lisa-Marie Gervais | Québec
    C'est lors d'une rencontre à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain que le recteur Guy Breton a fait savoir au premier ministre qu'il désirait être un «partenaire actif» et «contribuer au développement du Nord québécois».
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir C'est lors d'une rencontre à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain que le recteur Guy Breton a fait savoir au premier ministre qu'il désirait être un «partenaire actif» et «contribuer au développement du Nord québécois».
    De nombreuses universités font la cour au Plan Nord, a constaté Le Devoir. Plusieurs d'entre elles ont déjà soumis des propositions de projets de recherche ou dressé une liste de leurs expertises qui pourraient être mises à contribution dans ce vaste projet de développement mené par le gouvernement Charest.

    Dans une lettre obtenue par Le Devoir, le doyen de la Faculté des arts et des sciences de l'Université de Montréal (UdeM), Gérard Boismenu, sollicite au nom du recteur la collaboration de tous les directeurs de départements pour élaborer une proposition «de l'offre distinctive» de l'université qui sera remise au premier ministre Jean Charest. La proposition, qui vise à mettre en valeur les champs de compétence de l'UdeM, sera envoyée sous peu.

    C'est lors d'une rencontre à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain que le recteur Guy Breton a fait savoir au premier ministre qu'il désirait être un «partenaire actif» et «contribuer au développement du Nord québécois». «Nous sommes convaincus que les facultés et les écoles de l'Université réunissent des champs de compétence et des expertises qui pourraient être mis à contribution, peut-on lire dans la lettre du doyen Boismenu. C'est ce que nous voulons faire valoir et mettre en évidence auprès du gouvernement du Québec.»

    «Je pense que toutes les universités font valoir leurs champs de compétences et mettent en évidence leurs expertises qui peuvent être utilisées dans le cadre du Plan Nord, a convenu M. Boismenu. Notre université est la plus grande université de recherche, en matière de volume de subvention, même devant McGill. Alors c'est normal qu'on essaie d'exprimer auprès des autorités compétentes, en l'occurrence le bureau du premier ministre, quelles sont les qualités de notre université.»

    L'Université du Québec à Montréal (UQAM) ne nie pas non plus son intérêt pour le Plan Nord. Un document de cinq pages contenant des thèmes de recherche et une liste d'experts dans certains domaines concernant le Nord ont été remis au scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, à la demande de ce dernier. «On lui a demandé s'il envisageait de financer des projets de recherche pour appuyer le développement du Grand Nord et, d'emblée, il nous a dit de lui soumettre par écrit une proposition d'idées, ce qu'il a demandé à toutes les universités du Québec, ce qui m'a surpris, mais la compétition est saine», a expliqué Luc-Alain Giraldeau, vice-doyen à la recherche de la Faculté des sciences de l'UQAM.

    À la suite d'un colloque pour discuter des thématiques liées au Nord tenu il y a quelques semaines, les sept facultés ont fait des propositions «intersectorielles», c'est-à-dire qui touchent les Fonds de recherche du Québec, soit en science nature, santé et culture et société. «Je ne sais pas s'il va émettre des concours de subventions, mais nous à l'UQAM, on a pris un grand plaisir à rencontrer les chercheurs qui travaillent de près ou de loin sur les thèmes du Grand Nord», a souligné M. Giraldeau.

    L'Université comme une PME

    Le professeur au Département d'histoire de l'UQAM Yves Gingras déplore la situation en la résumant d'une éloquente formule: «Le recteur de l'Université de Montréal se présente ici comme le chef d'une PME qui demande à ses employés de préparer un "appel d'offres" pour le Plan Nord!», a-t-il lancé, en disant craindre la disparition de l'un des rôles fondamentaux de l'université, soit la dimension critique des chercheurs.

    Le doctorant en sciences politiques à l'Université d'Ottawa et coauteur d'Université inc., Éric Martin, est aussi d'avis que cela constitue un exemple «grossier» d'une université qui «va se substituer à l'entreprise pour se mettre au service du gouvernement». «On tasse le pouvoir des profs, qui ne dicteront plus ce qui est important. Ça va être les compagnies extérieures. On a besoin de spécialistes miniers et formez-nous les à vos frais», se désole-t-il. Il dénonce ce modèle de la «triple hélice», où l'université, l'entreprise et le gouvernement fusionnent «dans une sorte de complexe intello-industriel où on ne sait plus très bien qui est quoi. Cette mégamachine va travailler à réaliser des profits et sera au service de certaines compagnies».

    Travailler les thématiques du Grand Nord ne veut pas dire appuyer le projet de développement du gouvernement Charest, note M. Giraldeau. «On n'appuie pas le Plan Nord, on constate qu'il est là et qu'il y a une volonté nationale de développer le Nord. Et nous, on a des chercheurs qui travaillent sur ça alors c'est une opportunité de contribuer à l'amélioration de ce développement-là.»

    M. Boismenu ne croit pas que l'université dévie de sa mission en s'associant au Plan Nord. «C'est une vision réductrice. On ne peut pas dire que les universités se mettent au service des entreprises et qu'elles ont les pieds et les poings liés. On a un capital intellectuel important, une expertise qui est déjà là et qui ne demande qu'à se développer en lien avec le Nord», a-t-il soutenu. «Les universités le font selon une déontologie propre au milieu universitaire. Nous ne sommes pas des sous-traitants au service de l'entreprise», a-t-il ajouté.

    Efforts gouvernementaux

    Le gouvernement Charest a déjà consenti des efforts financiers significatifs afin que les universités québécoises développent des projets qui profiteront aux entreprises qui comptent tirer profit du Plan Nord. En novembre dernier, les libéraux ont par exemple annoncé la création d'une chaire conjointe en «entrepreneuriat minier» entre l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue et l'UQAM.

    Son objectif est de «favoriser la création et la réussite d'entreprises minières au Québec, depuis la phase de l'exploration jusqu'à la production». Le ministère des Ressources naturelles et de la Faune doit y injecter 750 000 $ sur cinq ans pour en financer les activités.

    Trois des membres du comité de direction de la chaire travaillent pour des entreprises minières actives au Québec. Michel Jébrak, cotitulaire de la chaire, est administrateur au Fonds d'investissement minier SIDEX. Il a aussi coécrit un guide intitulé 100 innovations dans le secteur minier, financé par Minalliance et publié en décembre dernier. Ce regroupement compte deux associations qui font du lobby en faveur de l'industrie extractive et des entreprises minières.

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    Avec la collaboration d'Alexandre Shields












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