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    Conflit de travail à Rio Tinto Alcan - Gignac prend parti pour l'employeur

    Le ministre fait l'éloge de la sous-traitance, au centre des demandes patronales

    2 mars 2012 | Robert Dutrisac | Québec
    Clément Gignac<br />
    Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir Clément Gignac
    Québec — Le ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Clément Gignac, a pris parti pour Rio Tinto Alcan (RTA) dans le conflit de travail qui oppose la multinationale et les 780 travailleurs de son usine d'Alma en lockout depuis deux mois.

    En rappelant qu'il était économiste, Clément Gignac a fait l'éloge de la sous-traitance qui est au centre des demandes patronales envers les travailleurs de l'usine. «La sous-traitance est un phénomène mondial qui permet d'avoir la compétitivité des entreprises», a livré, hier, au Devoir le ministre lors d'un bref entretien.

    Clément Gignac accuse les dirigeants syndicaux de l'usine de démoniser la sous-traitance. Il s'est en pris au président du Syndicat des travailleurs de l'usine d'Alma, Marc Maltais, qui fait une tournée mondiale pour rencontrer des chefs syndicaux qui ont eu maille à partir avec Rio Tinto. M. Maltais s'est rendu sur la côte ouest américaine, en Nouvelle-Zélande et en Australie, d'où provient la société. Il doit aussi se rendre à Londres où loge le siège social de RTA. Cette tournée s'étend sur trois semaines jusqu'au 10 mars prochain.

    «Ce qui me dérange actuellement, c'est d'avoir du monde qui est en croisade à travers la planète pour un débat idéologique. On essaie de démoniser la sous-traitance», a avancé Clément Gignac.

    Cette semaine, le chef des opérations de l'usine d'Alma, Étienne Jacques, a lui aussi vilipendé le chef syndical, l'accusant de mener une campagne «interplanétaire» contre son employeur avec ce «Marc Maltais World Tour», a rapporté le journal Le Quotidien.

    Clément Gignac a repris à son compte, hier, les chiffres avancés par Étienne Jacques, qui soutient que le lockout fait perdre 1 million de dollars par jour à la multinationale, et ce, même si Hydro-Québec a été contrainte, en vertu de l'entente qui devait rester secrète mais qui a été dévoilée mercredi par Le Devoir, d'acheter pour 10 millions de dollars d'électricité de RTA alors que la société d'État n'en a pas besoin. «Le modèle d'affaires d'Alcan, c'est de produire de l'aluminium, ce n'est pas de vendre de l'électricité. Ils perdent 1 million par jour dans ce conflit-là», a affirmé le ministre.

    Dans son éloge de la sous-traitance, Clément Gignac a cité l'exemple de l'industrie aéronautique et du fabricant de trains d'atterrissage Héroux-Devtek, un des sous-traitants de Bombardier Aéronautique, qui «est devenu international en raison de ça».

    Du côté syndical, on explique que RTA veut avoir recours à des entreprises sous-traitantes qui lui fourniraient des travailleurs au sein même de l'usine pour des tâches effectuées par des syndiqués à l'heure actuelle. Ces travailleurs sont payés deux fois moins cher. D'ailleurs, une quarantaine de travailleurs en sous-traitance sont présentement affectés au centre de revêtement des cuves de l'usine alors que 56 syndiqués se chargent aussi de cette tâche, a indiqué le porte-parole du syndicat pour la négociation, Dominic Lemieux. C'est une conséquence de la modification apportée en 2004 par le gouvernement Charest à l'article 45 du Code du travail, a-t-il précisé. Pour éviter les conflits, la direction de l'usine accorde aux deux groupes de travailleurs des quarts de travail différents.

    Dominic Lemieux a souligné que le syndicat, affilié au Syndicat des métallos (FTQ), accepte la sous-traitance pour des activités de l'usine qui sont accessoires: cafétéria, déneigement, entretien paysager. Pour le reste, le syndicat propose d'imposer des limites à la sous-traitance avec un plancher d'emploi ou encore un pourcentage fixe.

    Dans un dépliant envoyé dans les 100 000 foyers du Saguenay-Lac-Saint-Jean, RTA soutient qu'elle veut faire appel à de la sous-traitance dans la même mesure que dans ses autres installations et chez ses concurrents. Il y a moins de tâches qui incombent à la sous-traitance à l'usine d'Alma, a reconnu le représentant syndical, mais cette usine est l'une des plus rentables de RTA en raison de l'électricité à faible coût que produisent les barrages détenus par l'entreprise.

    Par ailleurs, lors d'une conférence de presse, Étienne Jacques a annoncé, hier, qu'il lançait une enquête interne pour trouver le responsable de la fuite de l'entente secrète, a rapporté TVA Nouvelles. Il a demandé à Hydro-Québec et au gouvernement de mener leurs propres enquêtes. Le chef des opérations de l'usine d'Alma a déploré que certains secrets industriels contenus dans l'entente soient désormais connus de ses concurrents.
     
     
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