Conflit de travail à Rio Tinto Alcan - Gignac prend parti pour l'employeur

Clément Gignac<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Clément Gignac

Québec — Le ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Clément Gignac, a pris parti pour Rio Tinto Alcan (RTA) dans le conflit de travail qui oppose la multinationale et les 780 travailleurs de son usine d'Alma en lockout depuis deux mois.

En rappelant qu'il était économiste, Clément Gignac a fait l'éloge de la sous-traitance qui est au centre des demandes patronales envers les travailleurs de l'usine. «La sous-traitance est un phénomène mondial qui permet d'avoir la compétitivité des entreprises», a livré, hier, au Devoir le ministre lors d'un bref entretien.

Clément Gignac accuse les dirigeants syndicaux de l'usine de démoniser la sous-traitance. Il s'est en pris au président du Syndicat des travailleurs de l'usine d'Alma, Marc Maltais, qui fait une tournée mondiale pour rencontrer des chefs syndicaux qui ont eu maille à partir avec Rio Tinto. M. Maltais s'est rendu sur la côte ouest américaine, en Nouvelle-Zélande et en Australie, d'où provient la société. Il doit aussi se rendre à Londres où loge le siège social de RTA. Cette tournée s'étend sur trois semaines jusqu'au 10 mars prochain.

«Ce qui me dérange actuellement, c'est d'avoir du monde qui est en croisade à travers la planète pour un débat idéologique. On essaie de démoniser la sous-traitance», a avancé Clément Gignac.

Cette semaine, le chef des opérations de l'usine d'Alma, Étienne Jacques, a lui aussi vilipendé le chef syndical, l'accusant de mener une campagne «interplanétaire» contre son employeur avec ce «Marc Maltais World Tour», a rapporté le journal Le Quotidien.

Clément Gignac a repris à son compte, hier, les chiffres avancés par Étienne Jacques, qui soutient que le lockout fait perdre 1 million de dollars par jour à la multinationale, et ce, même si Hydro-Québec a été contrainte, en vertu de l'entente qui devait rester secrète mais qui a été dévoilée mercredi par Le Devoir, d'acheter pour 10 millions de dollars d'électricité de RTA alors que la société d'État n'en a pas besoin. «Le modèle d'affaires d'Alcan, c'est de produire de l'aluminium, ce n'est pas de vendre de l'électricité. Ils perdent 1 million par jour dans ce conflit-là», a affirmé le ministre.

Dans son éloge de la sous-traitance, Clément Gignac a cité l'exemple de l'industrie aéronautique et du fabricant de trains d'atterrissage Héroux-Devtek, un des sous-traitants de Bombardier Aéronautique, qui «est devenu international en raison de ça».

Du côté syndical, on explique que RTA veut avoir recours à des entreprises sous-traitantes qui lui fourniraient des travailleurs au sein même de l'usine pour des tâches effectuées par des syndiqués à l'heure actuelle. Ces travailleurs sont payés deux fois moins cher. D'ailleurs, une quarantaine de travailleurs en sous-traitance sont présentement affectés au centre de revêtement des cuves de l'usine alors que 56 syndiqués se chargent aussi de cette tâche, a indiqué le porte-parole du syndicat pour la négociation, Dominic Lemieux. C'est une conséquence de la modification apportée en 2004 par le gouvernement Charest à l'article 45 du Code du travail, a-t-il précisé. Pour éviter les conflits, la direction de l'usine accorde aux deux groupes de travailleurs des quarts de travail différents.

Dominic Lemieux a souligné que le syndicat, affilié au Syndicat des métallos (FTQ), accepte la sous-traitance pour des activités de l'usine qui sont accessoires: cafétéria, déneigement, entretien paysager. Pour le reste, le syndicat propose d'imposer des limites à la sous-traitance avec un plancher d'emploi ou encore un pourcentage fixe.

Dans un dépliant envoyé dans les 100 000 foyers du Saguenay-Lac-Saint-Jean, RTA soutient qu'elle veut faire appel à de la sous-traitance dans la même mesure que dans ses autres installations et chez ses concurrents. Il y a moins de tâches qui incombent à la sous-traitance à l'usine d'Alma, a reconnu le représentant syndical, mais cette usine est l'une des plus rentables de RTA en raison de l'électricité à faible coût que produisent les barrages détenus par l'entreprise.

Par ailleurs, lors d'une conférence de presse, Étienne Jacques a annoncé, hier, qu'il lançait une enquête interne pour trouver le responsable de la fuite de l'entente secrète, a rapporté TVA Nouvelles. Il a demandé à Hydro-Québec et au gouvernement de mener leurs propres enquêtes. Le chef des opérations de l'usine d'Alma a déploré que certains secrets industriels contenus dans l'entente soient désormais connus de ses concurrents.
51 commentaires
  • Assez merci - Inscrit 2 mars 2012 02 h 40

    Des secrets..

    À ce que je sache, nous payons pour les ministres et le PM, Hydro Québec nous appartient alors pourquoi des ententes secrètes passées derrière des portes closes ?
    Et c`est toujours avantageux pour les compagnies et non pour les contribuables.
    Un bel exemple avec les minières.

    Quand on a rien à se reprocher, à cacher, on fait celà ouvertement

    Assé est assé il me semble...

  • Marcel Bernier - Inscrit 2 mars 2012 03 h 10

    Le degré zéro de la politique...

    M. Gignac n'a pas encore compris qu'il n'est pas au Conseil du patronat mais bien ministre.
    On ne peut lui reprocher d'être incompétent, de manquer de conscience morale et sociale, de n'avoir aucune envergure politique (la compassion étant ce qu'elle est), mais, de grâce, qu'il pense à sa famille, à sa robe de chambre et à ses pantoufles (bref, il est temps qu'il dégage!).

  • Plamondon,Jean-Fancçois - Inscrit 2 mars 2012 03 h 11

    La démagogie du ministre Gignac

    La logique de Clément Gignac est étonnante. Affligé qu'il est de voir Rio Tinto Alcan perdre un million de dollars par jour dans un conflit qui oppose l'entreprise à ses employés d'Alma, il cherche à nous sensibilisé à la dure réalité patronale. Mais faut-il rappeler au ministre que le lockout est une décision patronale prise unilatéralement? Si RTA perd un million de dollars par jour pour une décision qu'il a prise, ce n'est pas à l'opinion publique de pleurer, mais aux patrons de revenir sur leur décision de traiter leurs employés comme ils le font. Est-ce que le ministre a évalué, du haut de sa chaire d'économiste, les couts quotidiens liés aux demandes des employés d'Alma? A mon avis, nous sommes bien en-deça d'un million quotidien.

  • ClimateCrisis - Abonné 2 mars 2012 04 h 59

    je comprends rien

    notre ministre:"«La sous-traitance est un phénomène mondial qui permet d'avoir la compétitivité des entreprises".

    on dit souvent la richesse d un peuple est la force de travail des ses citoyens .

    donc si notre peuple est compose de job de sous traitant a 15$/heure , notre economie est meilleur que si nous avions des employes a 25$/heure ??

    la competivite des compagnies ne rapporte qu aux actionnaires en dividendes et a leurs dirigeants en options d achats d actions 90% du temps.

    le peuple se fou bien de la competivite d une compagnie, le peuple veut etre bien paye par une compagnie pour pouvoir se payer une maison, un point c est tout !

    Surtout !!!! quand une compagnie super performante n ajuste jamais les conventions collectives a la hausse si une annee ca va bien mais baisse toujours les conventions quand sa va mal !
    car le profit va toujours aux actionaires et aux dirigeants mais jamais au peuple ou travailleur.

    les actionnnairs empochent les profits et le pays recolte moins d impots car les sous-traitant font moins que des travailleurs syndiques. Donc le pays s appauvrit, on revoit encore le principe de privatiser profit et socialiser les pertes..


    alors l equation de competivite = profits pour le pays hebergeant la compagine c est de la foutaise , quand une compagnbie riche utilise des sous-traitants.

    svp, , M. le ministre ou n importe qui du neo-liberalisme, expliquer moi comment cela fonctionne ?
    sous-traitant a des citoyens du Quebec = richesse pour la province du Quebec ?

  • Gilles Daigneault - Inscrit 2 mars 2012 05 h 20

    Représentants du peuple?

    Les députés ne sont plus des représentants du peuple: ils sont devenus des représentants de l'entreprise, du capital, ils cautionnent le pillage de nos ressources naturelles et humaines. On appelle cela la démocratie? En tant qu'élu, que représentant du gouvernement, monsieur Clément Gignac, économiste de formation et surtout ex-banquier, devrait se poser en arbirtre et non prendre partie.