Des idées en l'ère - Bourassa, promoteur du Plan Nord
On fait souvent l'histoire avec la perspective du présent, c'est bien connu. Robert Bourassa, comme la guerre de 1812, n'échappe pas à cette inévitable instrumentalisation, semble-t-il. Ainsi, les efforts promotionnels entourant l'ancien premier ministre, liés à la parution du «portrait de proximité» qu'a voulu en faire l'auteur Georges-Hébert Germain, ne sont peut-être pas sans rapport avec le Plan Nord.
Promouvoir ce grand dessein semble être devenu une idée fixe du gouvernement Charest. Non seulement on le retrouve dans tous les discours du premier ministre, tous les jours, mais on nous en chante les mérites à la télé. Jusqu'à une section publicitaire de l'hôtel de glace, à Québec, qui y est entièrement consacrée.
Or, s'il est un aspect du bilan de Robert Bourassa qui a été bien reçu par l'histoire, c'est son ambition pour le développement hydroélectrique du Québec dans le Grand Nord. Les slogans utilisés dans les années 1970 s'apparentent à plusieurs égards à ceux forgés par les libéraux actuels: «Projet du siècle» (Bourassa), «Projet d'une génération» (Charest), etc. Rétrospectivement, Robert Bourassa apparaît même comme le père du Plan Nord moderne.
En fait, le premier grand élan vers le Nord, on le doit à un autre libéral, Lomer Gouin, qui annexa l'Ungava il y a 100 ans. À l'époque, Gouin avait lancé en chambre: «Nous présumons tout modestement que nos successeurs dans le Parti libéral [...] n'auront pas trop honte de se réclamer de ceux qui les ont précédés dans la carrière. Quand nos héritiers les libéraux, j'en suis sûr, prendront charge des affaires de la province, ils auront droit d'être fiers de notre oeuvre.» Chose cocasse, le polémiste Jules Fournier avait raillé la proximité de Gouin avec l'industrie en lui consacrant un pamphlet intitulé le «premier ministre des contracteurs».
***
Pour Jean Charest, la tradition libérale du développement du Nord, célébrée dans le site Web du PLQ, a été bien commode lorsqu'il a modifié son optique sur la gouverne du Québec, peu après l'élection de 2007 où il était devenu minoritaire. Avant, rappelons-nous, et ses combats dans l'opposition et son premier mandat à la tête du gouvernement avaient eu pour coeur une critique du modèle québécois. En 2003, il avait promis une réingénierie qui provoqua des «journées de perturbation» syndicales. Des libéraux de l'ère Bourassa grommelaient en coulisse contre les méthodes de cet «ancien chef conservateur fédéral».
À partir de l'été 2007, l'optique de Jean Charest change. Il parle de libre-échange entre le Canada et l'Europe. Met en avant de grands projets hydroélectriques. En septembre 2008, à quelques semaines du déclenchement des élections, il réclame une forme de souveraineté culturelle (à la Bourassa), puis fait sa première présentation multimédia sur le «Plan Nord». Par la suite, chaque rassemblement du PLQ comporta son rappel historique: 50e du «Maître chez nous» de Lesage, 40e de la première élection de Bourassa, hommage aux «grands bâtisseurs», etc. La réingénierie était oubliée, l'État devait s'endetter pour financer de grands projets, et il fallait mettre le cap vers le Nord! Le grand virage de Jean Charest s'est opéré à coups d'allers-retours dans la mémoire libérale (évidemment sélective).
***
Robert Bourassa, il faut le dire, avait rêvé à un développement global du Nord. Dans L'Énergie du Nord en 1985, il écrivait: «Même si l'on admettait que la production d'hydroélectricité constituerait la pierre angulaire du projet de la Baie-James, on envisageait aussi la possibilité de développer simultanément d'autres ressources, telles que les ressources minières et forestières.» Toujours en 1985, le chef libéral proposait sa nouvelle Baie-James, certain que les Québécois étaient «prêts à répondre à ce nouvel appel du Nord». «Certes, quelques cris d'hésitation et quelques mises en garde se feront entendre à travers l'enthousiasme et l'espoir que soulèvera l'annonce du projet de l'Énergie du Nord, mais je suis convaincu que le Québec relèvera vigoureusement le défi, comme il l'a fait il y a quatorze ans. Oui, j'ai la ferme conviction que notre société acceptera avec empressement de se tourner vers le Nord pour continuer l'oeuvre déjà amorcée. Ceci constitue, sans l'ombre d'un doute, une dimension importante de notre destin.»
Nulle surprise au fond de constater que la Fiducie pour la commémoration de la mémoire de Robert Bourassa, qui a commandé le livre à M. Germain, a pour fiduciaire l'avocat et lobbyiste Jean Masson. Ancien de la Société de développement de la Baie-James, il a été le premier président de la Commission jeunesse du PLQ au début des années 70. Sur le site de Fasken Martineau, on indique d'ailleurs que «le Plan Nord occupe une partie importante de sa pratique professionnelle. Présent sur ce territoire depuis plusieurs années, il accompagne des compagnies minières dans la réalisation de leurs projets depuis l'obtention de l'ensemble des permis, certificats et autres autorisations requises, la réalisation de leurs infrastructures d'accès, par voie routière, le chemin de fer ou d'aéroports, l'approvisionnement en énergie et le financement public de ces infrastructures».
Promouvoir ce grand dessein semble être devenu une idée fixe du gouvernement Charest. Non seulement on le retrouve dans tous les discours du premier ministre, tous les jours, mais on nous en chante les mérites à la télé. Jusqu'à une section publicitaire de l'hôtel de glace, à Québec, qui y est entièrement consacrée.
Or, s'il est un aspect du bilan de Robert Bourassa qui a été bien reçu par l'histoire, c'est son ambition pour le développement hydroélectrique du Québec dans le Grand Nord. Les slogans utilisés dans les années 1970 s'apparentent à plusieurs égards à ceux forgés par les libéraux actuels: «Projet du siècle» (Bourassa), «Projet d'une génération» (Charest), etc. Rétrospectivement, Robert Bourassa apparaît même comme le père du Plan Nord moderne.
En fait, le premier grand élan vers le Nord, on le doit à un autre libéral, Lomer Gouin, qui annexa l'Ungava il y a 100 ans. À l'époque, Gouin avait lancé en chambre: «Nous présumons tout modestement que nos successeurs dans le Parti libéral [...] n'auront pas trop honte de se réclamer de ceux qui les ont précédés dans la carrière. Quand nos héritiers les libéraux, j'en suis sûr, prendront charge des affaires de la province, ils auront droit d'être fiers de notre oeuvre.» Chose cocasse, le polémiste Jules Fournier avait raillé la proximité de Gouin avec l'industrie en lui consacrant un pamphlet intitulé le «premier ministre des contracteurs».
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Pour Jean Charest, la tradition libérale du développement du Nord, célébrée dans le site Web du PLQ, a été bien commode lorsqu'il a modifié son optique sur la gouverne du Québec, peu après l'élection de 2007 où il était devenu minoritaire. Avant, rappelons-nous, et ses combats dans l'opposition et son premier mandat à la tête du gouvernement avaient eu pour coeur une critique du modèle québécois. En 2003, il avait promis une réingénierie qui provoqua des «journées de perturbation» syndicales. Des libéraux de l'ère Bourassa grommelaient en coulisse contre les méthodes de cet «ancien chef conservateur fédéral».
À partir de l'été 2007, l'optique de Jean Charest change. Il parle de libre-échange entre le Canada et l'Europe. Met en avant de grands projets hydroélectriques. En septembre 2008, à quelques semaines du déclenchement des élections, il réclame une forme de souveraineté culturelle (à la Bourassa), puis fait sa première présentation multimédia sur le «Plan Nord». Par la suite, chaque rassemblement du PLQ comporta son rappel historique: 50e du «Maître chez nous» de Lesage, 40e de la première élection de Bourassa, hommage aux «grands bâtisseurs», etc. La réingénierie était oubliée, l'État devait s'endetter pour financer de grands projets, et il fallait mettre le cap vers le Nord! Le grand virage de Jean Charest s'est opéré à coups d'allers-retours dans la mémoire libérale (évidemment sélective).
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Robert Bourassa, il faut le dire, avait rêvé à un développement global du Nord. Dans L'Énergie du Nord en 1985, il écrivait: «Même si l'on admettait que la production d'hydroélectricité constituerait la pierre angulaire du projet de la Baie-James, on envisageait aussi la possibilité de développer simultanément d'autres ressources, telles que les ressources minières et forestières.» Toujours en 1985, le chef libéral proposait sa nouvelle Baie-James, certain que les Québécois étaient «prêts à répondre à ce nouvel appel du Nord». «Certes, quelques cris d'hésitation et quelques mises en garde se feront entendre à travers l'enthousiasme et l'espoir que soulèvera l'annonce du projet de l'Énergie du Nord, mais je suis convaincu que le Québec relèvera vigoureusement le défi, comme il l'a fait il y a quatorze ans. Oui, j'ai la ferme conviction que notre société acceptera avec empressement de se tourner vers le Nord pour continuer l'oeuvre déjà amorcée. Ceci constitue, sans l'ombre d'un doute, une dimension importante de notre destin.»
Nulle surprise au fond de constater que la Fiducie pour la commémoration de la mémoire de Robert Bourassa, qui a commandé le livre à M. Germain, a pour fiduciaire l'avocat et lobbyiste Jean Masson. Ancien de la Société de développement de la Baie-James, il a été le premier président de la Commission jeunesse du PLQ au début des années 70. Sur le site de Fasken Martineau, on indique d'ailleurs que «le Plan Nord occupe une partie importante de sa pratique professionnelle. Présent sur ce territoire depuis plusieurs années, il accompagne des compagnies minières dans la réalisation de leurs projets depuis l'obtention de l'ensemble des permis, certificats et autres autorisations requises, la réalisation de leurs infrastructures d'accès, par voie routière, le chemin de fer ou d'aéroports, l'approvisionnement en énergie et le financement public de ces infrastructures».
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