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Des idées en l'ère - Bourassa, promoteur du Plan Nord

Antoine Robitaille   25 février 2012  Québec
On fait souvent l'histoire avec la perspective du présent, c'est bien connu. Robert Bourassa, comme la guerre de 1812, n'échappe pas à cette inévitable instrumentalisation, semble-t-il. Ainsi, les efforts promotionnels entourant l'ancien premier ministre, liés à la parution du «portrait de proximité» qu'a voulu en faire l'auteur Georges-Hébert Germain, ne sont peut-être pas sans rapport avec le Plan Nord.

Promouvoir ce grand dessein semble être devenu une idée fixe du gouvernement Charest. Non seulement on le retrouve dans tous les discours du premier ministre, tous les jours, mais on nous en chante les mérites à la télé. Jusqu'à une section publicitaire de l'hôtel de glace, à Québec, qui y est entièrement consacrée.

Or, s'il est un aspect du bilan de Robert Bourassa qui a été bien reçu par l'histoire, c'est son ambition pour le développement hydroélectrique du Québec dans le Grand Nord. Les slogans utilisés dans les années 1970 s'apparentent à plusieurs égards à ceux forgés par les libéraux actuels: «Projet du siècle» (Bourassa), «Projet d'une génération» (Charest), etc. Rétrospectivement, Robert Bourassa apparaît même comme le père du Plan Nord moderne.

En fait, le premier grand élan vers le Nord, on le doit à un autre libéral, Lomer Gouin, qui annexa l'Ungava il y a 100 ans. À l'époque, Gouin avait lancé en chambre: «Nous présumons tout modestement que nos successeurs dans le Parti libéral [...] n'auront pas trop honte de se réclamer de ceux qui les ont précédés dans la carrière. Quand nos héritiers les libéraux, j'en suis sûr, prendront charge des affaires de la province, ils auront droit d'être fiers de notre oeuvre.» Chose cocasse, le polémiste Jules Fournier avait raillé la proximité de Gouin avec l'industrie en lui consacrant un pamphlet intitulé le «premier ministre des contracteurs».

***

Pour Jean Charest, la tradition libérale du développement du Nord, célébrée dans le site Web du PLQ, a été bien commode lorsqu'il a modifié son optique sur la gouverne du Québec, peu après l'élection de 2007 où il était devenu minoritaire. Avant, rappelons-nous, et ses combats dans l'opposition et son premier mandat à la tête du gouvernement avaient eu pour coeur une critique du modèle québécois. En 2003, il avait promis une réingénierie qui provoqua des «journées de perturbation» syndicales. Des libéraux de l'ère Bourassa grommelaient en coulisse contre les méthodes de cet «ancien chef conservateur fédéral».

À partir de l'été 2007, l'optique de Jean Charest change. Il parle de libre-échange entre le Canada et l'Europe. Met en avant de grands projets hydroélectriques. En septembre 2008, à quelques semaines du déclenchement des élections, il réclame une forme de souveraineté culturelle (à la Bourassa), puis fait sa première présentation multimédia sur le «Plan Nord». Par la suite, chaque rassemblement du PLQ comporta son rappel historique: 50e du «Maître chez nous» de Lesage, 40e de la première élection de Bourassa, hommage aux «grands bâtisseurs», etc. La réingénierie était oubliée, l'État devait s'endetter pour financer de grands projets, et il fallait mettre le cap vers le Nord! Le grand virage de Jean Charest s'est opéré à coups d'allers-retours dans la mémoire libérale (évidemment sélective).

***

Robert Bourassa, il faut le dire, avait rêvé à un développement global du Nord. Dans L'Énergie du Nord en 1985, il écrivait: «Même si l'on admettait que la production d'hydroélectricité constituerait la pierre angulaire du projet de la Baie-James, on envisageait aussi la possibilité de développer simultanément d'autres ressources, telles que les ressources minières et forestières.» Toujours en 1985, le chef libéral proposait sa nouvelle Baie-James, certain que les Québécois étaient «prêts à répondre à ce nouvel appel du Nord». «Certes, quelques cris d'hésitation et quelques mises en garde se feront entendre à travers l'enthousiasme et l'espoir que soulèvera l'annonce du projet de l'Énergie du Nord, mais je suis convaincu que le Québec relèvera vigoureusement le défi, comme il l'a fait il y a quatorze ans. Oui, j'ai la ferme conviction que notre société acceptera avec empressement de se tourner vers le Nord pour continuer l'oeuvre déjà amorcée. Ceci constitue, sans l'ombre d'un doute, une dimension importante de notre destin.»

Nulle surprise au fond de constater que la Fiducie pour la commémoration de la mémoire de Robert Bourassa, qui a commandé le livre à M. Germain, a pour fiduciaire l'avocat et lobbyiste Jean Masson. Ancien de la Société de développement de la Baie-James, il a été le premier président de la Commission jeunesse du PLQ au début des années 70. Sur le site de Fasken Martineau, on indique d'ailleurs que «le Plan Nord occupe une partie importante de sa pratique professionnelle. Présent sur ce territoire depuis plusieurs années, il accompagne des compagnies minières dans la réalisation de leurs projets depuis l'obtention de l'ensemble des permis, certificats et autres autorisations requises, la réalisation de leurs infrastructures d'accès, par voie routière, le chemin de fer ou d'aéroports, l'approvisionnement en énergie et le financement public de ces infrastructures».
 
 
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  • Normand Carrier - Abonné
    25 février 2012 07 h 24
    Les intérêts des libéraux ne sont jamais loin .......
    Robert Bourassa en développant les ressources hydroélectriques de la Baie James avait le mérite de la continuité car cette richesse servira pour plusieurs décennies .....
    Mais quant es-t-il du plan nord de Jean Charest ? Le gouvernement de Jean Charest avait deux alternatives soit développer les richesses minières et peut-être pétrolières et gazières pour les Québécois a moyen et long terme et les enrichir .... Pour cela il était important d'exiger des redevances plus contraignantes que celle sur le profit lorsque l'on connait les trucs comptables pour jouer avec la dernière ligne des profits nets et introduire une deuxième notion de redevances sur les extractions de minerais et exiger le meilleur retour soit du profit ou du minerai extrait ....Cela inclus que ces compagnies pour la plupart étrangères paient pour leurs dégats et respectent toutes les normes environnementales .....

    Jean Charest nous démontre sans aucune équivoque qu'il poursuit l'enrichissement de ses amis , des firmes de génie-conseil et de construction et a des compagnies minières étrangères d'extraire nos richesses et de les brader dans le meilleur du système capitaliste .... Comme dans l'exploration et l'exploitation des gaz de schistes , les amis libéraux ne seront pas loin car ils sont les mieux renseignés et auront les deux mains dans l'assiette au beurre .......

    Si ces richesses ne sert pas a enrichir les Québécois a quoi bon l'exploiter maintenant ? Reprenons ces travaux lorsqu'il y aura un gouvernement qui aura a coeur l'enrichissement de tous les Québécois pour le moyen et le long terme .....
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  • Roland Berger - Abonné
    25 février 2012 15 h 01
    Un petit ajout
    C'est le modèle québécois inventé et appliqué par le gouvernement libéral Lesage auquel Charest s'est attaqué par son projet de réingénierie du Québec. Pas étonnant que le nouveau grand bâtisseur ne fasse jamais ce lien. Il préfère démolir lentement la Révolution tranquille.
    Roland Berger
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  • Andre Vallee - Abonné
    25 février 2012 15 h 04
    Confiance
    Bla, bla, bla...mais la confiance en John James n'y est pas. Ce n'est pas avec lui et ses suiveux qu'on devrait risquer des milliards dans le Nord... notre Nord et celui des Inuits et des Cris.
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  • Poirier Sylvie - Inscrite
    1 mars 2012 23 h 06
    Quand on regarde l'histoire des libéraux... on se demande si ce n'est pas une confrérie
    Les libéraux ont toujours agrandi leur cercle de la confrérie libérale avec des avocats, des juges, placé des amis(es) dans toutes les sphères de notre société et gouvernementale, revenu Québec, les gaz de schistes, les firmes conseils, le pétrole. L'arrivée de Charest semble avoir amplifié le phénomène du cercle de la confrérie avec Sabia par exemple, amis anglophones de l'Ontario, ami des Desmarais. Ce cercle s'enrichissent depuis des années et racontent la même histoire... le NORD.
    Je ne pense pas qu'un jour je fasse partie de cette confrérie car ils sont dépossédés de leur âme et de leur conscience. John James est la continuité d'un plan diabolique de cette confrérie... c'est mon opinion... j'ai beau tricoter et détricoter Harper comme John James pour moi ils sont des infâmes, les célèbres imposteurs de notre siècle.
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