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Référendum d'initiative populaire - De l'importance de définir les modalités

Félix-Antoine D. Michaud, avocat et étudiant à la maîtrise en droit à l'Université Laval et Marie-Andrée Plante, étudiante en droit à l'Université McGill  1 février 2012  Québec
Les militants du Parti québécois ont adopté cette fin de semaine une proposition visant à permettre la tenue de référendums d’initiative populaire (RIP). <br />
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Les militants du Parti québécois ont adopté cette fin de semaine une proposition visant à permettre la tenue de référendums d’initiative populaire (RIP).
Réunis en conseil national à Montréal, les militants du Parti québécois ont adopté cette fin de semaine une série de mesures concernant la participation politique des Québécois ainsi que le renforcement des institutions démocratiques. Les délégués ont ainsi entériné une proposition visant à permettre la tenue de référendums d'initiative populaire (RIP).

Or, si le Parti québécois souhaite s'attaquer à la crise de confiance actuelle et remettre le citoyen au coeur des décisions de l'État québécois, certaines modalités de ce projet méritent d'être précisées avant d'aller de l'avant. Une question aussi complexe et dont les conséquences sur la vie démocratique se révèlent être aussi considérables commande davantage qu'un simple «on verra».

Ainsi, nous aborderons quatre thèmes sur lesquels des réponses doivent être apportées, afin d'évaluer l'opportunité d'implanter dans notre culture politique un mécanisme étranger à la démocratie représentative. Nous traiterons de la forme que peuvent revêtir les RIP, des types de questions pouvant être soulevées par de telles initiatives, des seuils requis pour l'enclenchement du processus référendaire et de l'encadrement du processus de pétitions.

Les formes de RIP

En premier lieu, il est tout à fait légitime d'examiner si le RIP pourrait permettre l'adoption d'une loi ordinaire. À première vue évidente, cette question soulève diverses difficultés. En effet, le résultat d'un RIP ne fera pas naître matériellement un projet de loi. Le cadre constitutionnel canadien et québécois ne le permet pas. Le projet de loi devra préalablement traverser le processus parlementaire pour acquérir le statut de loi applicable.

Comment ainsi traduire fidèlement la volonté populaire exprimée par RIP en sa forme juridique de projet de loi? Comment obliger les parlementaires à voter pour ce projet de loi? Serait-il souhaitable d'inciter un parlementaire à se prononcer pour un projet allant à l'encontre de sa conscience, et des intérêts exprimés par ses commettants locaux? Autrement dit, non seulement il semble difficile de donner un caractère minimalement contraignant à cette forme de RIP, mais la volonté populaire exprimée risque également d'être rationalisée dans sa traduction formelle.

Évidemment, l'adoption d'une loi ne consiste qu'en une forme parmi tant d'autres de RIP. D'autres pourraient y voir la possibilité de forcer un gouvernement à ratifier un traité, à se désister d'obligations internationales, à empêcher l'entrée en vigueur d'un texte adopté par le Parlement, ou à effectuer de manière déguisée un recall. Ainsi, dans un système d'initiatives non balisé, la récente pétition demandant la démission de Jean Charest aurait pu déclencher un processus référendaire portant sur la démission du premier ministre. Omettre de prendre position sur les différentes formes de RIP équivaut donc à évacuer une partie importante du débat, soit celle de l'effectivité du processus.

Les types de questions soulevées par le RIP

En second lieu, il importe de se demander quels domaines pourraient être abordés par les RIP. Ce choix est déterminant: notre conception de la démocratie en dépend. En effet, plus les domaines pouvant être sujets à un RIP se trouvent limités, plus la notion de démocratie directe qui sous-tend le projet est éludée.

Par exemple, la Californie exclut que le RIP soit employé pour des lois fixant la date des élections, ainsi que pour des lois fiscales et budgétaires. Dès lors, il peut exister plusieurs domaines réservés où les RIP ne sont pas permis, en raison de considérations diverses. Le choix de ces exclusions dépend évidemment des sensibilités de chacun. Les groupes religieux seraient fort probablement en défaveur de l'exclusion des questions d'ordre moral, tandis que l'Institut économique de Montréal pourrait être en défaveur de l'exclusion des questions d'ordre fiscal.

En 2002, lorsque le ministre de la Réforme des institutions démocratiques Jean-Pierre Charbonneau avait fait part de son intention d'instaurer le RIP, le groupe Alliance Québec avait aussitôt annoncé son intention d'utiliser le mécanisme afin d'ouvrir le débat sur la langue d'enseignement et d'affichage. Comme quoi il est fort peu aisé de définir de manière objective des sujets qui pourraient se voir exclus du champ d'application du RIP.

RIP et indépendance du Québec?

Au Québec, la question nationale est au coeur du débat entourant le RIP. Il semble irréfléchi de croire que ce mécanisme puisse servir à l'accès à l'indépendance du Québec. Effectivement, l'indépendance va au-delà d'un référendum gagnant: elle consiste également en l'ensemble des actions adoptées par un gouvernement posant les jalons d'une reconnaissance internationale et d'une négociation avec le Canada. Serait-il alors opportun de tenir un RIP sur la souveraineté si un gouvernement souverainiste n'est pas au pouvoir?

Ce référendum serait au mieux inapplicable, au pire perdant. Corollairement, un gouvernement souverainiste n'aurait point besoin d'un tel mécanisme, les règles actuelles lui permettant déjà de tenir des consultations populaires. La question nationale ne devrait donc pas faire partie de l'équation visant à déterminer l'opportunité d'instaurer le RIP.

La détermination des seuils

En troisième lieu, la question de la détermination des seuils de signatures nécessaires pour enclencher le processus de RIP nous apparaît fondamentale. Après tout, plus le nombre de signatures requises est faible, plus les RIP deviennent à la fois accessibles et courants, voire anodins. La multiplication des RIP pourrait ainsi avoir comme conséquence une baisse du taux de participation des électeurs affligés par un effet de lassitude concernant ce processus. Récemment, en Italie, la participation électorale à des RIP visant l'abrogation de lois fut insuffisante pour permettre l'abrogation des normes contestées. Le mécanisme essuie d'ailleurs de nombreuses critiques eu égard à son utilisation excessive. D'un autre côté, plus le nombre de signatures requises est élevé, plus les citoyens doivent être organisés et en moyens afin d'atteindre le seuil minimal. Nous quittons ainsi le domaine de la mobilisation populaire au profit de l'instrumentalisation de la démocratie directe par des groupes de pression organisés.

Le député Bernard Drainville avait avancé l'idée d'instaurer un seuil de 15 % des électeurs inscrits pour déclencher un RIP. En guise de comparaison, le seuil se situe à 8 % ou 5 % en Californie, selon que l'initiative porte sur une matière constitutionnelle ou législative.

Il s'avère donc crucial de s'attarder à la détermination d'un seuil reflétant un juste équilibre entre prolifération ou marchandisation des consultations populaires. La question des seuils devient plus qu'une simple modalité, et reflète la conception de la démocratie soutenue par les partisans du RIP.

Un encadrement nécessaire du processus de pétitions

Enfin, dans les démocraties occidentales et particulièrement au Québec, une place primordiale est accordée à l'encadrement des partis politiques. Ainsi, les dépenses électorales et le financement des partis politiques sont réglementés de manière stricte. Cette réglementation serait-elle applicable à la collecte de signatures menant au RIP?

Rappelons qu'il s'agit ici d'individus regroupés — et non de partis politiques — qui mènent les campagnes. Comment appliquer ces règles strictes à des entités qui ne sont pas formellement reconnues? En Californie, il n'existe pas de plafond de dépenses imposé aux groupes d'intérêts. L'initiative populaire est devenue une question de moyens, dominée par les lobbyistes de tous horizons. Qui pourrait concurrencer des compagnies pétrolières sur des questions environnementales? Qui pourrait concurrencer des compagnies d'assurances désirant faire une brèche dans le système de santé public? Un parti politique sérieux désirant implanter le RIP se doit d'offrir une réponse à cette problématique.

En conclusion, considérer la définition des modalités du RIP comme une simple formalité constitue la meilleure manière de laisser cet outil au stade de la proposition. Le RIP est certes une idée valable, ayant pour mérite de donner le pouvoir au citoyen. Cependant, la forme que peuvent revêtir les RIP, les types de questions pouvant être soulevées par ces initiatives, les seuils requis pour l'enclenchement du processus référendaire et l'encadrement du processus de signatures sont des questions déterminantes afin d'évaluer si le RIP a sa place dans nos institutions, dans notre culture politique.

**

Félix-Antoine D. Michaud, avocat et étudiant à la maîtrise en droit à l'Université Laval et Marie-Andrée Plante, étudiante en droit à l'Université McGill
 
 
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  • Georges Paquet - Abonné
    1 février 2012 06 h 54
    Belle présentation de questions essentielles.
    En effet, quelles lois et quelles bornes guideraient les organisateurs, les partisans et les opposant d'un projet soumis à un RIP? Mais surtout, quel serait le sort réservé par le gouvernement, qu'il soit souverainiste ou pas, à un référendum gagant sur la séparation du Québec?
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  • Gilbert Bournival - Abonné
    1 février 2012 07 h 12
    intéressant
    C'est une contribution à la recherche d'exercices de la démocratie. Merci à ces jeunes professionnels de nous faire voir les enjeux du RIP
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  • André Fournier - Abonné
    1 février 2012 08 h 47
    Référendum dInitiative populaire
    Alors, si je comprends bien, lorsque cette proposition deviendra loi, et dans l'éventualité que le Québec devient un pays on pourra désormais réclamer un vote sur la réintégration du Québec dans un Canada si 15% de la population l'exige! Intéressant! Si c'est bon pour réclamer un vote sur la souveraineté, ça devrait être bon pour le contraire! Ah, diraient les séparatistes. Une fois le Québec "séparé", abolissons cette loi pas démocratique!
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  • André Fournier - Abonné
    1 février 2012 09 h 00
    Référendum d'initiative populaire
    Alors, si je comprends bien, lorsque cette proposition deviendra loi, et dans l'éventualité que le Québec devient un pays on pourra désormais réclamer un vote sur la réintégration du Québec dans un Canada si 15% de la population l'exige! Intéressant! Si c'est bon pour réclamer un vote sur la souveraineté, ça devrait être bon pour le contraire! Ah, diraient les séparatistes. Une fois le Québec "séparé", abolissons cette loi pas démocratique!
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  • Notsag - Abonné
    1 février 2012 09 h 29
    Quelques questions...
    Je crois qu'un référendum au Canada ne peut pas être contraignant. Il n'a qu'une valeur de consultation. Est-ce que je me trompe?

    Si, dans le cadre d'une éventuelle loi instaurant le RIP, on y inclus une clause pour dire qu'ils sont contraignants, est que cela irait à l'encontre de la constitution?

    Dernière question: Est-ce que les référendum en Californie sont contraignants?
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  • JAMAIS UN QUeBEC PAYS - Inscrit
    1 février 2012 10 h 20
    Avez vous une idée de ce que représente 15%
    Il y a 5,000,000 d'électeurs au Québec, cela voudrait dire que 750,000 électeurs devront se DÉPLACER en un lieu publique et s'identifier et signer un registre.

    Quel cause peu attirer autant de personne qui seront assez convaincu non seulement de la cause qu'ils défendent mais aussi d'avoir une chance de gagner ce référendum?

    La pétition la plus populaire de l'histoire du Québec n'a récolté que 247,379 signature. Il faut dire qu'il est très facile de signer une pétition plus d'une fois (j'ai testé le système et c'est d'une facilité déconcertante) puis cette signature ne demande aucun effort, aucun déplacement.
    On a tous pensé au référendum demandé par les non séparatiste pour finalement mettre le clou final dans le tombeau de cette option, Mais pensez aussi qu'au Québec beaucoup d’aspect de la loi 101 irrite beaucoup de québécois. Food for thought!
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  • Jacques Patenaude - Abonné
    1 février 2012 10 h 58
    L'article pose les bonnes questions
    Effectivement ce qui semble de prime abord une évidence (La démocratie = le peuple décide directement) se révèle à l'analyse moins évident. La démocratie directe suppose deux conditions de bases:
    1- l'égalité dans le niveau d'information des votants
    2- l'égalité dans les moyens d'informer pour chaque camp

    Réussir la première condition pour l'ensemble d'une population de 8 millions d'habitants est un défi déjà difficile à réaliser. Quant à la deuxième condition, vous illustrez très bien la difficulté que celà représente. De plus vous n'avez même souligné l'implication que l'interprétation de juges feraient de la charte des droits sur cette question. On ne sait pas comment l'encadrement nécessaire à l'égalité dans les moyens d'informer serait traitée par ceux-ci. La question de la liberté d'expression serait nécessairement en cause. Et n'oublions pas que les juges interviennent à postiori, soit après l'adoption de la loi.

    Un autre aspect important à étudier est l'effet du RIP sur le principe du gouvernement responsable. Ce principe a été élaboré et défendu par les patriotes (Pierre Bédard prédécesseur de Papineau l'a énoncé en premier et c'était la grande revendication des patriotes lors des événements de 1837). Ce principe est au coeur de la démocratie québécoise mais aussi de son histoire et de son identité. Pour moi l'assemblée nationale est notre grande institution qui a traversée le temps et qui a unifié notre nation. Sans l'évoquer plusieurs des arguments que vous soulignez touchent ce principe. (La première question que vous posez touche directement cette question). Le débat sur cette question doit être examiné à l'aulne de ce principe fondateur.
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  • Notsag - Abonné
    1 février 2012 12 h 26
    Le concept de gouvernement responsable n'est pas pertinent ici
    @M. Patenaude
    "Un autre aspect important à étudier est l'effet du RIP sur le principe du gouvernement responsable. Ce principe a été élaboré et défendu par les patriotes (Pierre Bédard prédécesseur de Papineau l'a énoncé en premier et c'était la grande revendication des patriotes lors des événements de 1837). "

    Dans ces années, le bas-Canada avait son propre gouvernement, mais toutes ses décisions étaient sujettes au bon vouloir de la Reine. Son représentant (le Gouverneur) ne s'en privait pas d'ailleurs. Exaspéré que ses lois soient régulièrement reniées, Pierre Bédard a alors lancé cette campagne de "Gouvernement responsable".

    Ici, la question est tout autre. Un gouvernement responsable est redevable à sa population et non au souverain d'un autre pays. La population s'exprime par les élections aux 4-5 ans. Le RIP serait une seconde façon pour la population de s'exprimer.

    Les auteurs de cette article ont éludé un aspect important du RIP: Sera-t-il contraignant, ou simplement consultatif?
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  • Jacques Patenaude - Abonné
    1 février 2012 16 h 42
    @Notsag
    Je ne dis pas que le RIP est totalement irréconciliable avec le principe de gouvernement responsable. Mais je signale que la compatibilité du RIP avec la notion de gouvernement responsable doit être examinée de très près. D'ailleurs la question que vous posez à la fin de votre commentaire est quant à moi une question reliée à la compatibilité entre ces principes.

    Je signale d'ailleurs que ce principe c'est avéré être beaucoup plus qu'une stratégie pour contrer la couronne britannique au Canada. C'est devenu un des principes fondamentaux dans la plupart des démocraties occidentales. Le principe dit que le gouvernement doit avoir la confiance de la chambre pour pouvoir gouverner et s'applique que l'on soit dans un pays à monarchie ou non.
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  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit
    1 février 2012 16 h 56
    Le diable est dans les détails
    Cela à pris une décennie pour décider du virage à droite sur un feu rouge et quand je dis décider c'est par ironie. Alors ce truc alambiqué pour préparer l'indépendance...
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