Québec - Un heureux K.-O.
PQ, PLC et CAQ ont poussé des soupirs de soulagement à la suite de la chute de Gilles Duceppe
Photo : Pedro Ruiz - Le Devoir
Gilles Duceppe aura semé l’émoi dans les milieux politiques du Québec.
La mise hors de combat de Gilles Duceppe fut certes providentielle pour la chef du Parti québécois, Pauline Marois. Elle y a gagné le surnom de «Dame de béton», ce qui n'est pas pour lui déplaire. Puisse-t-il lui coller à la peau jusqu'aux prochaines élections, espère-t-on dans les rangs péquistes. Mais la chute de l'ancien chef du Bloc québécois a fait d'autres heureux. Ce sont Jean Charest et François Legault qui ont poussé des soupirs de soulagement.
Québec — La perspective de voir Gilles Duceppe prendre la direction du Parti québécois n'inquiétait pas seulement les députés péquistes qui appréhendaient des jours difficiles sous la férule de ce chef autoritaire. Un sondage Léger Marketing-Le Journal de Montréal de la fin d'octobre montrait qu'avec Gilles Duceppe à sa tête, le PQ dépassait la Coalition avenir Québec de François Legault dans les intentions de vote et reléguait le Parti libéral de Jean Charest à la troisième place.
S'il ne faut pas se fier à ce seul sondage pour esquisser ce qui aurait pu être la suite des choses, il n'en demeure pas moins que l'arrivée de Gilles Duceppe sur la scène politique québécoise aurait entraîné tout un chambardement. Pour le PQ, ç'aurait été un nouveau départ avec un chef qui, contrairement à Pauline Marois, ne tire pas le parti vers le bas.
On ne sait évidemment pas si la faveur populaire à l'endroit de l'ancien chef bloquiste, soumise aux aléas de la joute politique, aurait tenu le coup, mais, chose certaine, on serait plongés dans un contexte bien différent et tout à fait imprévisible.
Si François Legault a pris la décision de fonder un parti politique, après avoir longuement testé l'eau avec son mouvement et ses tournées, c'est qu'il savait qui il avait devant lui comme adversaires: un Jean Charest qui, usé par neuf ans de pouvoir, croupit dans une impopularité tellement persistante qu'elle ressemble à l'opprobre et une Pauline Marois dont les Québécois ne semblent pas vouloir comme première ministre.
Sa décision a été soupesée, analysée, calculée comme celle d'un homme d'affaires — ce qu'il est — qui déciderait de lancer un produit novateur pour ravir le marché. Avec l'arrivée de Gilles Duceppe, cet édifice rationnel s'écroulait.
Cette perspective était d'autant plus inquiétante pour François Legault qu'il aspire à devenir le prochain premier ministre — et rien d'autre. Pragmatique, il n'incarne pas d'idéal ou de valeurs qu'il pourrait promouvoir sur les banquettes de l'opposition. Son programme politique, c'est un plan d'action, comme il le dit si bien. Et un plan d'action, c'est inutile si on n'est pas au gouvernement.
Pour Jean Charest, Pauline Marois, c'est comme de vieilles pantoufles. Confortables et prévisibles. Une adversaire qu'il connaît comme s'il l'avait tricotée. Tout ce qu'il voudrait, c'est que les péquistes se calment enfin et que la chef péquiste se remplume, pas trop, juste assez pour nuire à la CAQ. N'eût été l'entrée en scène de la CAQ, le chef libéral comptait sur ses talents de «campaigner» pour terrasser la chef péquiste dans une élection générale.
Remarquez que ses talents en campagne électorale sont probablement surfaits, comme l'a démontré dans une chronique publiée en décembre le collègue de The Gazette Don MacPherson. Cette légende au sujet de Jean Charest s'est créée grâce à l'élection de 2003, alors qu'il était dans l'opposition. Comme premier ministre, lors du scrutin de 2007, Jean Charest a moins bien fait que ce que les sondages annonçaient. En 2008, il n'a pas fait mieux.
Pour le moment, les perspectives des libéraux aux prochaines élections apparaissent bien sombres. Jean Charest n'est pas suicidaire: il ne peut pas déclencher des élections avec un taux d'insatisfaction qui se maintient au-dessus de 70 % et des intentions de vote chez les francophones qui ne dépassent pas les 20 %. Chez les libéraux, on se plaît à espérer que l'Unité permanente anticorruption (UPAC) procédera à un méga-coup de filet qui redorerait le blason du gouvernement Charest.
Jean Charest a décidé que, quoi qu'il arrive, c'est lui qui sera à la tête du Parti libéral aux prochaines élections. On chuchote que cette détermination vient du fait qu'il n'a pas le choix. Le printemps dernier, Jean Charest a fait des démarches pour se dénicher un poste de prestige sur la scène internationale, relate-t-on. Certains le voyaient secrétaire général de l'Organisation internationale de la francophonie; Jean Charest jouit de l'appui de Paul Desmarais et, de là, de celui de l'ami du richissime financier, Nicolas Sarkozy. D'autres l'imaginaient à la tête d'un organisme international voué à la protection de l'environnement. Mais, à un poste ou à un autre, Stephen Harper a opposé son veto, raconte-t-on.
Les relations entre Jean Charest et Stephen Harper ne sont pas au beau fixe. Les anciens conservateurs de Mulroney, très proches de Jean Charest, n'ont presque plus d'influence à Ottawa. Stephen Harper est entouré d'ex-alliancistes ou assimilés. En outre, nombre d'ex-adéquistes font désormais carrière à Ottawa.
Après avoir réglé la question de l'harmonisation des taxes de vente, une promesse électorale conservatrice, Stephen Harper n'a sans doute pas l'intention d'accorder à Jean Charest un traitement de faveur qui permettrait au chef libéral de sauver la mise. Au contraire, les gifles à l'endroit du gouvernement Charest se multiplient: abolition du registre des armes à feu, durcissement du Code criminel avec le projet de loi C-10, transferts fédéraux en santé fixés unilatéralement, diminution du poids politique du Québec à la Chambre des communes. Le prochain budget Flaherty, qui comprendra des compressions significatives des dépenses de l'État et qui, surtout, déterminera le cap qu'entend donner le gouvernement Harper au Canada pour les prochaines années, pourrait réserver de mauvaises surprises au gouvernement Charest.
Qui plus est, comme il l'avait fait avec l'Action démocratique du Québec de Mario Dumont, Stephen Harper pourrait afficher ses préférences pour la CAQ. Après tout, la CAQ a intégré la droite québécoise incarnée par l'ADQ, Gérald Deltell est un fier conservateur admiratif de Stephen Harper, de la reine et de l'armée, et François Legault, tout souverainiste soit-il, promet de mettre le couvercle sur la marmite de la souveraineté pendant au moins dix ans, résolu qu'il est à gérer le Québec, comme une province, dans la bonne entente avec le chef conservateur.
Québec — La perspective de voir Gilles Duceppe prendre la direction du Parti québécois n'inquiétait pas seulement les députés péquistes qui appréhendaient des jours difficiles sous la férule de ce chef autoritaire. Un sondage Léger Marketing-Le Journal de Montréal de la fin d'octobre montrait qu'avec Gilles Duceppe à sa tête, le PQ dépassait la Coalition avenir Québec de François Legault dans les intentions de vote et reléguait le Parti libéral de Jean Charest à la troisième place.
S'il ne faut pas se fier à ce seul sondage pour esquisser ce qui aurait pu être la suite des choses, il n'en demeure pas moins que l'arrivée de Gilles Duceppe sur la scène politique québécoise aurait entraîné tout un chambardement. Pour le PQ, ç'aurait été un nouveau départ avec un chef qui, contrairement à Pauline Marois, ne tire pas le parti vers le bas.
On ne sait évidemment pas si la faveur populaire à l'endroit de l'ancien chef bloquiste, soumise aux aléas de la joute politique, aurait tenu le coup, mais, chose certaine, on serait plongés dans un contexte bien différent et tout à fait imprévisible.
Si François Legault a pris la décision de fonder un parti politique, après avoir longuement testé l'eau avec son mouvement et ses tournées, c'est qu'il savait qui il avait devant lui comme adversaires: un Jean Charest qui, usé par neuf ans de pouvoir, croupit dans une impopularité tellement persistante qu'elle ressemble à l'opprobre et une Pauline Marois dont les Québécois ne semblent pas vouloir comme première ministre.
Sa décision a été soupesée, analysée, calculée comme celle d'un homme d'affaires — ce qu'il est — qui déciderait de lancer un produit novateur pour ravir le marché. Avec l'arrivée de Gilles Duceppe, cet édifice rationnel s'écroulait.
Cette perspective était d'autant plus inquiétante pour François Legault qu'il aspire à devenir le prochain premier ministre — et rien d'autre. Pragmatique, il n'incarne pas d'idéal ou de valeurs qu'il pourrait promouvoir sur les banquettes de l'opposition. Son programme politique, c'est un plan d'action, comme il le dit si bien. Et un plan d'action, c'est inutile si on n'est pas au gouvernement.
Pour Jean Charest, Pauline Marois, c'est comme de vieilles pantoufles. Confortables et prévisibles. Une adversaire qu'il connaît comme s'il l'avait tricotée. Tout ce qu'il voudrait, c'est que les péquistes se calment enfin et que la chef péquiste se remplume, pas trop, juste assez pour nuire à la CAQ. N'eût été l'entrée en scène de la CAQ, le chef libéral comptait sur ses talents de «campaigner» pour terrasser la chef péquiste dans une élection générale.
Remarquez que ses talents en campagne électorale sont probablement surfaits, comme l'a démontré dans une chronique publiée en décembre le collègue de The Gazette Don MacPherson. Cette légende au sujet de Jean Charest s'est créée grâce à l'élection de 2003, alors qu'il était dans l'opposition. Comme premier ministre, lors du scrutin de 2007, Jean Charest a moins bien fait que ce que les sondages annonçaient. En 2008, il n'a pas fait mieux.
Pour le moment, les perspectives des libéraux aux prochaines élections apparaissent bien sombres. Jean Charest n'est pas suicidaire: il ne peut pas déclencher des élections avec un taux d'insatisfaction qui se maintient au-dessus de 70 % et des intentions de vote chez les francophones qui ne dépassent pas les 20 %. Chez les libéraux, on se plaît à espérer que l'Unité permanente anticorruption (UPAC) procédera à un méga-coup de filet qui redorerait le blason du gouvernement Charest.
Jean Charest a décidé que, quoi qu'il arrive, c'est lui qui sera à la tête du Parti libéral aux prochaines élections. On chuchote que cette détermination vient du fait qu'il n'a pas le choix. Le printemps dernier, Jean Charest a fait des démarches pour se dénicher un poste de prestige sur la scène internationale, relate-t-on. Certains le voyaient secrétaire général de l'Organisation internationale de la francophonie; Jean Charest jouit de l'appui de Paul Desmarais et, de là, de celui de l'ami du richissime financier, Nicolas Sarkozy. D'autres l'imaginaient à la tête d'un organisme international voué à la protection de l'environnement. Mais, à un poste ou à un autre, Stephen Harper a opposé son veto, raconte-t-on.
Les relations entre Jean Charest et Stephen Harper ne sont pas au beau fixe. Les anciens conservateurs de Mulroney, très proches de Jean Charest, n'ont presque plus d'influence à Ottawa. Stephen Harper est entouré d'ex-alliancistes ou assimilés. En outre, nombre d'ex-adéquistes font désormais carrière à Ottawa.
Après avoir réglé la question de l'harmonisation des taxes de vente, une promesse électorale conservatrice, Stephen Harper n'a sans doute pas l'intention d'accorder à Jean Charest un traitement de faveur qui permettrait au chef libéral de sauver la mise. Au contraire, les gifles à l'endroit du gouvernement Charest se multiplient: abolition du registre des armes à feu, durcissement du Code criminel avec le projet de loi C-10, transferts fédéraux en santé fixés unilatéralement, diminution du poids politique du Québec à la Chambre des communes. Le prochain budget Flaherty, qui comprendra des compressions significatives des dépenses de l'État et qui, surtout, déterminera le cap qu'entend donner le gouvernement Harper au Canada pour les prochaines années, pourrait réserver de mauvaises surprises au gouvernement Charest.
Qui plus est, comme il l'avait fait avec l'Action démocratique du Québec de Mario Dumont, Stephen Harper pourrait afficher ses préférences pour la CAQ. Après tout, la CAQ a intégré la droite québécoise incarnée par l'ADQ, Gérald Deltell est un fier conservateur admiratif de Stephen Harper, de la reine et de l'armée, et François Legault, tout souverainiste soit-il, promet de mettre le couvercle sur la marmite de la souveraineté pendant au moins dix ans, résolu qu'il est à gérer le Québec, comme une province, dans la bonne entente avec le chef conservateur.
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