Hydro-Québec chapeaute un congrès entièrement en anglais à Montréal
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Au congrès de CIGRE Canada, qui est chapeauté par Hydro-Québec, les chercheurs y livreront toutes leurs communications en anglais.
Québec — Hydro-Québec et son centre de recherche, l’IREQ, chapeautent le congrès de CIGRE Canada qui aura lieu en septembre à Montréal, une manifestation scientifique à caractère international qui se déroulera entièrement en anglais.
Les chercheurs, y compris ceux de l’IREQ, y livreront toutes leurs communications en anglais, a-t-on confirmé au Devoir. Ce congrès du «comité national canadien» de CIGRE (pour Conseil international des grands réseaux électriques) a eu lieu tous les ans et toujours exclusivement en anglais, a-t-on indiqué à l’IREQ.
Le congrès en est à sa septième édition. Montréal l’a accueilli en 2006 et il s’est déplacé à Calgary, puis à Winnipeg, Toronto, Vancouver et Halifax. À tour de rôle, les grandes compagnies d’électricité de chacune des provinces jouent le rôle de «société hôte» comme c’est le cas cette année pour Hydro-Québec qui est un des membres de CIGRE.
Le site du CIGRE Canada et de son congrès sont généralement en anglais et en français, mais le formulaire de soumission des communications n’est diffusé qu’en anglais seulement, du moins l’était jusqu’à hier puisqu’à la suite des appels du Devoir à l’IREQ, le formulaire est désormais disponible en français.
Mais c’est pour la forme; jamais aucune communication en français n’a été faite aux congrès de CIGRE Canada. À quelqu’un qui a demandé s’il pouvait soumettre des communications dans la langue de Molière, un membre de l’organisation du congrès et chercheur à l’IREQ, Jean-François Allan, a répondu que le congrès regroupe des experts nationaux [c’est-à-dire canadiens] et internationaux et que «la langue commune des conférences CIGRE Canada est l’anglais». Aucun service de traduction n’est fourni.
Paradoxalement, CIGRE, qui réunit des experts du monde entier en grands réseaux d’électricité, est un organisme qui a été fondé en France en 1921. C’est ce qui explique que son sigle correspond à son nom français. En principe, l’organisme utilise tant le français que l’anglais et sa revue Electra est bilingue.
Comme la manifestation se tient à Montréal, le comité d’organisation du congrès CIGRE Canada est formé de chercheurs de l’IREQ et de scientifiques d’Hydro-Québec. C’est le directeur principal de l’IREQ, Denis Faubert, qui assure la présidence du Congrès, et Jean-François Allan qui en préside le comité technique. Son collègue, Jean Leduc, et Claude Rajotte, d’Hydro-Québec Trans-Énergie, coprésident le comité du programme.
Hydro-Québec a dépêché 14 de ses scientifiques et ingénieurs pour former le comité technique dit local. Le comité dit international compte 44 membres, dont 14 experts provenant du reste du Canada. Les autres membres viennent d’Europe, d’Asie, des États-Unis, du Brésil, d’Australie, etc.
Pas impliqué dans l'organisation, mais..
Chez Hydro-Québec, on soutient que la société d’État n’est pas engagée dans l’organisation du congrès même si elle y a délégué plusieurs chercheurs de l’IREQ, qui se chargent de l’organisation de la manifestation, et d’autres de ses employés. Hydro-Québec ne commandite pas le congrès, a indiqué le porte-parole d’Hydro-Québec, Louis-Olivier Batty. «Ça demeure un événement organisé par un organisme canadien qui le CIGRE. Pour le reste, on n’a pas d’exigence, ni de position sur la question des communications», a déclaré le porte-parole.
Hydro-Québec est soumise à la «Politique gouvernementale relative à l’emploi et à la qualité de la langue française dans l’administration». Le personnel d’Hydro-Québec peut «s’exprimer dans une autre langue que le français lorsque la conférence ou l’allocution est prononcée au Québec devant un auditoire international», a fait valoir Louis-Olivier Batty. Cette position est conforme à une des dispositions de la politique gouvernementale.
En revanche, une autre disposition de cette politique stipule que «lorsque l’Administration participe à un congrès, à une exposition ou à une autre manifestation publique, elle s’assure que l’information la concernant est offerte en français».
En outre, dans sa politique en matière de langue de travail et de communication, Hydro-Québec s’engage à «assurer le rayonnement [de la langue française] auprès de sa clientèle, de ses fournisseurs et de ses partenaires».
«Un défi pour la francophonie»
Pour la présidente de l’Office québécois de la langue française (OQLF), Louise Marchand, assurer la présence du français dans les communications scientifiques et techniques, «c’est un défi pour toute la francophonie». Elle en veut pour preuve une allocution qu’a livrée Alain Rey, le linguiste et rédacteur en chef du dictionnaire Le Robert, au colloque sur la Francophonie et la langue française qui s’est déroulé à Lyon en octobre. Alain Rey avait déploré que les chercheurs de l’INRS en France choisissent l’anglais pour leurs communications.
Le président d’Impératif français, Jean-Paul Perreault, trouve «incroyable› qu’une société d’État comme Hydro-Québec et son centre de recherche, l’IREQ, «participe de façon aussi évidente à la banalisation du français et contribue à faire de l’anglais la langue universelle universelle au détriment des autres langues internationales».
«C’est dommage de voir que ce préjugé ou cette valeur — l’anglais, langue scientifique, l’anglais, langue universelle — est multiplié au détriment des autres langues nationales par des organismes et des personnes qui devraient, en toute fierté, dire que, sur notre territoire, c’est notre langue qui doit prédominer», a fait valoir Jean-Paul Perreault.
Les chercheurs, y compris ceux de l’IREQ, y livreront toutes leurs communications en anglais, a-t-on confirmé au Devoir. Ce congrès du «comité national canadien» de CIGRE (pour Conseil international des grands réseaux électriques) a eu lieu tous les ans et toujours exclusivement en anglais, a-t-on indiqué à l’IREQ.
Le congrès en est à sa septième édition. Montréal l’a accueilli en 2006 et il s’est déplacé à Calgary, puis à Winnipeg, Toronto, Vancouver et Halifax. À tour de rôle, les grandes compagnies d’électricité de chacune des provinces jouent le rôle de «société hôte» comme c’est le cas cette année pour Hydro-Québec qui est un des membres de CIGRE.
Le site du CIGRE Canada et de son congrès sont généralement en anglais et en français, mais le formulaire de soumission des communications n’est diffusé qu’en anglais seulement, du moins l’était jusqu’à hier puisqu’à la suite des appels du Devoir à l’IREQ, le formulaire est désormais disponible en français.
Mais c’est pour la forme; jamais aucune communication en français n’a été faite aux congrès de CIGRE Canada. À quelqu’un qui a demandé s’il pouvait soumettre des communications dans la langue de Molière, un membre de l’organisation du congrès et chercheur à l’IREQ, Jean-François Allan, a répondu que le congrès regroupe des experts nationaux [c’est-à-dire canadiens] et internationaux et que «la langue commune des conférences CIGRE Canada est l’anglais». Aucun service de traduction n’est fourni.
Paradoxalement, CIGRE, qui réunit des experts du monde entier en grands réseaux d’électricité, est un organisme qui a été fondé en France en 1921. C’est ce qui explique que son sigle correspond à son nom français. En principe, l’organisme utilise tant le français que l’anglais et sa revue Electra est bilingue.
Comme la manifestation se tient à Montréal, le comité d’organisation du congrès CIGRE Canada est formé de chercheurs de l’IREQ et de scientifiques d’Hydro-Québec. C’est le directeur principal de l’IREQ, Denis Faubert, qui assure la présidence du Congrès, et Jean-François Allan qui en préside le comité technique. Son collègue, Jean Leduc, et Claude Rajotte, d’Hydro-Québec Trans-Énergie, coprésident le comité du programme.
Hydro-Québec a dépêché 14 de ses scientifiques et ingénieurs pour former le comité technique dit local. Le comité dit international compte 44 membres, dont 14 experts provenant du reste du Canada. Les autres membres viennent d’Europe, d’Asie, des États-Unis, du Brésil, d’Australie, etc.
Pas impliqué dans l'organisation, mais..
Chez Hydro-Québec, on soutient que la société d’État n’est pas engagée dans l’organisation du congrès même si elle y a délégué plusieurs chercheurs de l’IREQ, qui se chargent de l’organisation de la manifestation, et d’autres de ses employés. Hydro-Québec ne commandite pas le congrès, a indiqué le porte-parole d’Hydro-Québec, Louis-Olivier Batty. «Ça demeure un événement organisé par un organisme canadien qui le CIGRE. Pour le reste, on n’a pas d’exigence, ni de position sur la question des communications», a déclaré le porte-parole.
Hydro-Québec est soumise à la «Politique gouvernementale relative à l’emploi et à la qualité de la langue française dans l’administration». Le personnel d’Hydro-Québec peut «s’exprimer dans une autre langue que le français lorsque la conférence ou l’allocution est prononcée au Québec devant un auditoire international», a fait valoir Louis-Olivier Batty. Cette position est conforme à une des dispositions de la politique gouvernementale.
En revanche, une autre disposition de cette politique stipule que «lorsque l’Administration participe à un congrès, à une exposition ou à une autre manifestation publique, elle s’assure que l’information la concernant est offerte en français».
En outre, dans sa politique en matière de langue de travail et de communication, Hydro-Québec s’engage à «assurer le rayonnement [de la langue française] auprès de sa clientèle, de ses fournisseurs et de ses partenaires».
«Un défi pour la francophonie»
Pour la présidente de l’Office québécois de la langue française (OQLF), Louise Marchand, assurer la présence du français dans les communications scientifiques et techniques, «c’est un défi pour toute la francophonie». Elle en veut pour preuve une allocution qu’a livrée Alain Rey, le linguiste et rédacteur en chef du dictionnaire Le Robert, au colloque sur la Francophonie et la langue française qui s’est déroulé à Lyon en octobre. Alain Rey avait déploré que les chercheurs de l’INRS en France choisissent l’anglais pour leurs communications.
Le président d’Impératif français, Jean-Paul Perreault, trouve «incroyable› qu’une société d’État comme Hydro-Québec et son centre de recherche, l’IREQ, «participe de façon aussi évidente à la banalisation du français et contribue à faire de l’anglais la langue universelle universelle au détriment des autres langues internationales».
«C’est dommage de voir que ce préjugé ou cette valeur — l’anglais, langue scientifique, l’anglais, langue universelle — est multiplié au détriment des autres langues nationales par des organismes et des personnes qui devraient, en toute fierté, dire que, sur notre territoire, c’est notre langue qui doit prédominer», a fait valoir Jean-Paul Perreault.
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