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    La CAQ aidera la souveraineté, croit Rebello

    Marois qualifie d'opportuniste la défection du député de La Prairie

    10 janvier 2012 |Antoine Robitaille | Québec
    François Rebello est devenu hier le troisième élu péquiste à rallier la nouvelle formation politique de François Legault.<br />
    Photo: Jacques Boissinot - Archives Canadian Press François Rebello est devenu hier le troisième élu péquiste à rallier la nouvelle formation politique de François Legault.
    Québec — François Rebello se joint à la Coalition avenir Québec (CAQ) parce qu'elle renforcera le Québec à un point tel que celui-ci sera «mieux placé» pour devenir un pays, a-t-il expliqué au Devoir hier. Élu en 2008 sous la bannière du Parti québécois (PQ), le député de La Prairie a annoncé hier à la chef Pauline Marois qu'il quittait le PQ, devenu trop «dogmatique» à ses yeux. Il est le troisième élu péquiste à rallier la nouvelle formation politique créée par François Legault, laquelle aurait un caucus de neuf élus si la rentrée parlementaire avait lieu aujourd'hui (elle est prévue le 14 février).

    M. Rebello explique que ce sont les «qualités de chef de file démontrées par une feuille de route impressionnante, autant comme entrepreneur que comme ministre», qui l'incite à suivre M. Legault dans l'aventure de la CAQ. Le député de La Prairie voit en son ancien collègue «un leader pragmatique» qu'il «admire», «le chef nationaliste le plus susceptible de battre le Parti libéral». «Aujourd'hui, j'ai la chance de le soutenir pour qu'il devienne premier ministre du Québec», écrit M. Rebello dans une lettre ouverte intitulée «Entreprendre un Québec vert» et publiée dans LeDevoir.com.

    Pauline Marois s'est dite «étonnée» de la décision de M. Rebello. «Il y a quelques semaines à peine, M. Rebello m'avait personnellement assurée qu'il était au Parti québécois pour y demeurer et que ses convictions souverainistes primaient avant tout», a souligné Mme Marois dans un communiqué publié à 20 heures hier soir. Selon la chef péquiste, «François Rebello agit par pur opportunisme. En politique, la franchise a toujours sa place et le mensonge ne paie jamais», estime-t-elle.

    Aux dires de Mme Marois, M. Rebello se vantait d'avoir confronté en chambre le ministre des Finances, Raymond Bachand, le 9 décembre dernier. Ce dernier l'avait taquiné sur la possibilité qu'il passe dans le camp caquiste. «M. le président, contrairement au ministre des Finances, moi, j'ai des convictions», avait rétorqué M. Rebello, qui faisait référence au changement d'allégeance de M. Bachand, lequel avait travaillé dans les cabinets ministériels péquistes dans les années 1980.

    «La porte de la souveraineté reste ouverte»


    Confronté hier soir à cette déclaration récente, M. Rebello a protesté en disant qu'il conservait les mêmes convictions, mais au sein d'une coalition. «Moi, je veux que le Québec devienne un pays, mais pour ça, à court terme, je crois que la meilleure chose à faire, c'est d'avoir le meilleur premier ministre possible avec le meilleur gouvernement. Là dedans, il peut y avoir des fédéralistes, ça ne m'empêche pas de dormir.»

    Il raconte ses discussions avec son nouveau chef sur la question du statut du Québec: «M. Legault m'a dit: "Tu peux être souverainiste dans la Coalition" et "la porte de la souveraineté reste ouverte". C'est ça qui est important, selon moi. Mais comment on fait pour se rendre là? [...] Il faut que le Québec soit assez fort. La force économique du Québec a des conséquences sur la volonté pour les gens de vouloir s'affirmer politiquement. C'est une question de confiance en nous, la souveraineté du Québec. Et on n'est pas rendu au niveau d'autres sociétés en matière de développement économique. On a encore du travail à faire», déclare cet ancien président et directeur-général de Groupe Investissement Responsable inc.

    À ceux qui le traiteront de «vire-capot», M. Rebello veut rappeler qu'il a soutenu François Legault surtout lorsque celui-ci aspirait à devenir le chef du PQ: «J'ai toujours été cohérent, j'ai toujours été avec lui!» Après que M. Legault se fut retiré de la course à la direction en 2005, M. Rebello avait appuyé Richard Legendre, et non Pauline Marois.

    Contrairement à Benoît Charrette (Deux-Montagnes) et Daniel Ratthé (Blainville), qui ont démissionné du PQ et annoncé leur ralliement à la CAQ cet automne, M. Rebello, qui a eu 41 ans en novembre, dit s'être donné la période des Fêtes pour bien mûrir sa décision. «J'ai été un bon soldat tout l'automne, plaide-t-il. Ce que j'ai fait, je pense que c'est correct. À un moment donné, il y a des nouvelles réalités.»

    Il soutient qu'il ignore si d'autres membres du caucus péquiste imiteront son geste bientôt. Il certifie n'en avoir incité aucun à le suivre dans la Coalition. «J'ai commencé jeune à faire de la politique et ça m'a amené à vivre plusieurs événements. Ça m'a appris l'importance de la solidarité dans un parti. J'ai été solidaire de ma chef jusqu'au moment de lui annoncer que je partais», a-t-il expliqué.

    À ses yeux, le Parti québécois est devenu «religieux» sur la question de la souveraineté. «Je ne peux pas juste me contenter, moi, de prêcher, moi», laisse-t-il tomber. Il soutient qu'il faut éviter le «dogmatisme». «Parfois, il y a des décisions qui sont prises et qui rassemblent au-delà des camps partisans et elles ont des conséquences très positives pour la souveraineté.» Dans l'histoire, selon lui, la nationalisation de l'électricité et la création de la Caisse de dépôt ont été par exemple «les plus importants gestes pour la souveraineté du Québec, parce que ce sont ces décisions-là qui nous donnent la force économique aujourd'hui de pouvoir exister comme État et comme société». Dans sa lettre ouverte, M. Rebello soutient qu'«une économie d'entrepreneurs nous rendra plus indépendants». François Legault, «entrepreneur à succès qui a de surcroît fait ses classes en politique», réussira, selon M. Rebello, à bien saisir les occasions offertes par une économie dominée par les ressources naturelles.

    ***

     Voici la lettre ouverte rendue publique hier par François Rebello


    Entreprendre un Québec vert
     
    Les Chinois veulent notre minerai. New York désire se brancher sur notre électricité. Comment allons-nous répondre à ces demandes? Notre actif ne doit pas être dilapidé. Le défi qui nous est posé aujourd’hui est de tirer parti de cette demande pour développer notre économie : pas seulement pour créer des emplois conjoncturels dans les mines, mais bien pour développer une économie manufacturière de haute technologie. Et cela, particulièrement au plan des technologies vertes si essentielles au mieux-être de l’humanité. Qui peut le mieux réaliser ce virage au nom des Québécois qu’un entrepreneur à succès qui a de surcroît fait ses classes en politique?
     
    Alors qu’il était au sein du PQ, je soutenais François Legault, car je croyais en ses qualités de chef de file démontrées par une feuille de route impressionnante, autant comme entrepreneur que comme ministre. C’est un leader pragmatique que j’admire. Aujourd’hui, j’ai la chance de le soutenir pour qu’il devienne premier ministre du Québec.
     
    Sur les banquettes de l’opposition officielle, j’ai assisté au triste spectacle de voir un premier ministre libéral trop souvent abdiquer devant le gouvernement fédéral, de peur d’obtenir un refus qui aurait choqué les Québécois. Il est temps de remplacer ce gouvernement à genoux devant le fédéral. Pour y arriver, je choisis le chef nationaliste le plus susceptible de battre le Parti libéral.
     
    Force est de constater que la stratégie souverainiste n’a pas fonctionné. La majorité des Québécois n’est pas prête, maintenant, à voter pour la souveraineté. Ça ne veut pas dire que la souveraineté n’est plus possible. Surtout si le Québec renforce sa situation. Si les Québécois reprennent leur économie en main, ils deviennent moins dépendants de facto et d’esprit. Une économie d’entrepreneurs nous rendra plus indépendants. Je suis donc encore souverainiste tout en étant conscient du fait que l’enjeu actuel n’est pas celui de la tenue d’un référendum, mais bien celui de choisir le meilleur gouvernement dirigé par le meilleur premier ministre.
     
    L’objectif du gouvernement doit être d’offrir les meilleurs services à meilleurs coûts. Cette approche efficace n’est ni de droite, ni de gauche, elle est simplement celle du parti pris envers les citoyens. Elle est aussi celle qui permettra d’augmenter les ressources vraiment allouées vers les services importants que sont l’éducation, la santé et la petite enfance.
     
    Trop souvent, certains ont opposé affaires et culture. Avec François Legault, ce n’est pas le cas. Au contraire, son sens des affaires pourra servir nos artistes. En plus, il sera utile de pouvoir compter sur un entrepreneur qui connaît bien les affaires pour s’assurer que les dirigeants de nos grandes entreprises comprennent bien le message de l’importance du français comme langue de travail.
     
    Je ne veux pas me contenter d’attendre le grand soir. Je choisis le meilleur premier ministre pour bâtir notre avenir, pour entreprendre un Québec vert.
     
     
    François Rebello
    Député de La Prairie

    Le 10 janvier 2012












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