Construction - Le crime organisé a besoin des régions
Jacques Duchesneau révèle au Devoir un phénomène de «gentrification»
Le crime organisé impliqué dans l'industrie de la construction serait à l'étroit dans la grande région métropolitaine, tant et tellement qu'il déploie de plus en plus ses activités dans les régions les plus éloignées. C'est ce que Jacques Duchesneau qualifie de «gentrification du crime organisé».
Le constat fait par M. Duchesneau s'appuie sur l'enquête qu'il a menée au sein de l'Unité anticollusion (UAC) du ministère des Transports (MTQ). Selon lui, l'appétit de ceux qui se qualifient d'abord et avant tout comme des «hommes d'affaires» est insatiable. À cet égard, le territoire montréalais ne suffit plus.
«Parce qu'il y a de moins en moins de place à Montréal, Laval, la couronne nord, le problème s'étend. On a eu de l'information sur de petites villes; on est rendu loin de Montréal. Pourquoi? [...] C'est du développement. C'est la gentrification du crime organisé», affirme Jacques Duchesneau dans un entretien accordé au Devoir.
Il rappelle que, dans la foulée de la commission parlementaire devant laquelle il a présenté son rapport d'enquête, des maires de la péninsule gaspésienne ont dénoncé le monopole dans le secteur de l'asphalte dans leur région. La situation ferait grimper les prix de 30 à 50 % selon les élus municipaux.
Dans ce même esprit, M. Duchesneau pointe en direction d'Hydro-Québec et de ses projets majoritairement régionaux. Ce qu'il a observé au ministère des Transports risque vraisemblablement de se produire dans la cour de la société d'État puisque, note-t-il, ce sont essentiellement les mêmes entreprises qui y oeuvrent.
«Est-ce qu'on est délinquant uniquement quand on travaille avec le MTQ, et honnête ailleurs? La logique ne tient pas», laisse tomber Jacques Duchesneau.
Le Plan Nord, le projet de développement cher au gouvernement Charest, pourrait bien être un terreau fertile pour le crime organisé, ajoute l'ancien patron de l'UAC. M. Duchesneau n'est pas le seul à le croire. La semaine dernière, le chef du Service de l'intégrité financière de la Sûreté du Québec, Vincent Dallaire, soutenait que la police est déjà aux aguets. «Le secteur minier est un secteur vulnérable et on peut déjà annoncer à nos criminels qu'on s'y intéresse», affirmait alors M. Dallaire au Journal de Montréal.
Si on ne peut plus parler d'un phénomène strictement montréalais, il demeure toutefois que plusieurs grands projets d'infrastructures se concentrent sur l'île de Montréal et dans sa périphérie, note M. Duchesneau. Par exemple, la vigilance est de mise à l'égard de la reconstruction du complexe Turcot, un projet estimé à trois milliards de dollars, le plus important jamais effectué par le MTQ.
Prudent, M. Duchesneau refuse toutefois de se prononcer sur l'octroi des contrats pour ce projet, une situation qui s'apparente pourtant à celle qu'il a dénoncée dans son rapport, l'automne dernier. Tout au plus indique-t-il que le gouvernement doit demeurer à l'affût, garder le contrôle du projet et sensibiliser ses partenaires aux questions éthiques. «On a dénoncé une situation avec notre rapport. Si cela persiste, ça pose problème», s'est-il borné à dire.
Selon lui, la mise en place de la commission Charbonneau devrait permettre de maintenir la pression sur le crime organisé, en donnant à la population «les moyens de comprendre» ce qui se passe. Lors d'une première partie de l'entrevue accordée au Devoir et publiée hier, M. Duchesneau a expliqué que les dirigeants du crime organisé fonctionnent en «commission». Cette structure permettrait de contrôler un grand nombre de secteurs légaux liés à l'industrie de la construction, mais surtout de résister, d'être plus fort que n'importe quel individu.
Jacques Duchesneau a également abordé la délicate question de l'enrichissement personnel de certaines personnes gravitant dans le vaste monde de la construction et de l'octroi des contrats publics. Il a refusé d'identifier qui que ce soit, mais il n'a écarté aucun joueur (syndicalistes, fonctionnaires, dirigeants d'entreprise). Quant à une possible implication de politiciens dans des affaires pas très nettes, il effleure le sujet et insiste pour dire que la démonstration reste à faire. «Tous les élus ne sont pas des voleurs. Est-ce qu'il y a des élus qui en sont? La réponse, c'est oui. Ce sont des gens qui profitent du système.»
Est-ce que le nom de certains d'entre eux pourrait être révélé lors des travaux de la commission Charbonneau? M. Duchesneau prend un temps d'arrêt et lance que «l'autre commission» pourrait juger opportun de jeter du lest: «Les gens du crime organisé se voient comme des hommes d'affaires et ils n'ont pas trop intérêt à aller en prison tout seuls.»
Le constat fait par M. Duchesneau s'appuie sur l'enquête qu'il a menée au sein de l'Unité anticollusion (UAC) du ministère des Transports (MTQ). Selon lui, l'appétit de ceux qui se qualifient d'abord et avant tout comme des «hommes d'affaires» est insatiable. À cet égard, le territoire montréalais ne suffit plus.
«Parce qu'il y a de moins en moins de place à Montréal, Laval, la couronne nord, le problème s'étend. On a eu de l'information sur de petites villes; on est rendu loin de Montréal. Pourquoi? [...] C'est du développement. C'est la gentrification du crime organisé», affirme Jacques Duchesneau dans un entretien accordé au Devoir.
Il rappelle que, dans la foulée de la commission parlementaire devant laquelle il a présenté son rapport d'enquête, des maires de la péninsule gaspésienne ont dénoncé le monopole dans le secteur de l'asphalte dans leur région. La situation ferait grimper les prix de 30 à 50 % selon les élus municipaux.
Dans ce même esprit, M. Duchesneau pointe en direction d'Hydro-Québec et de ses projets majoritairement régionaux. Ce qu'il a observé au ministère des Transports risque vraisemblablement de se produire dans la cour de la société d'État puisque, note-t-il, ce sont essentiellement les mêmes entreprises qui y oeuvrent.
«Est-ce qu'on est délinquant uniquement quand on travaille avec le MTQ, et honnête ailleurs? La logique ne tient pas», laisse tomber Jacques Duchesneau.
Le Plan Nord, le projet de développement cher au gouvernement Charest, pourrait bien être un terreau fertile pour le crime organisé, ajoute l'ancien patron de l'UAC. M. Duchesneau n'est pas le seul à le croire. La semaine dernière, le chef du Service de l'intégrité financière de la Sûreté du Québec, Vincent Dallaire, soutenait que la police est déjà aux aguets. «Le secteur minier est un secteur vulnérable et on peut déjà annoncer à nos criminels qu'on s'y intéresse», affirmait alors M. Dallaire au Journal de Montréal.
Si on ne peut plus parler d'un phénomène strictement montréalais, il demeure toutefois que plusieurs grands projets d'infrastructures se concentrent sur l'île de Montréal et dans sa périphérie, note M. Duchesneau. Par exemple, la vigilance est de mise à l'égard de la reconstruction du complexe Turcot, un projet estimé à trois milliards de dollars, le plus important jamais effectué par le MTQ.
Prudent, M. Duchesneau refuse toutefois de se prononcer sur l'octroi des contrats pour ce projet, une situation qui s'apparente pourtant à celle qu'il a dénoncée dans son rapport, l'automne dernier. Tout au plus indique-t-il que le gouvernement doit demeurer à l'affût, garder le contrôle du projet et sensibiliser ses partenaires aux questions éthiques. «On a dénoncé une situation avec notre rapport. Si cela persiste, ça pose problème», s'est-il borné à dire.
Selon lui, la mise en place de la commission Charbonneau devrait permettre de maintenir la pression sur le crime organisé, en donnant à la population «les moyens de comprendre» ce qui se passe. Lors d'une première partie de l'entrevue accordée au Devoir et publiée hier, M. Duchesneau a expliqué que les dirigeants du crime organisé fonctionnent en «commission». Cette structure permettrait de contrôler un grand nombre de secteurs légaux liés à l'industrie de la construction, mais surtout de résister, d'être plus fort que n'importe quel individu.
Jacques Duchesneau a également abordé la délicate question de l'enrichissement personnel de certaines personnes gravitant dans le vaste monde de la construction et de l'octroi des contrats publics. Il a refusé d'identifier qui que ce soit, mais il n'a écarté aucun joueur (syndicalistes, fonctionnaires, dirigeants d'entreprise). Quant à une possible implication de politiciens dans des affaires pas très nettes, il effleure le sujet et insiste pour dire que la démonstration reste à faire. «Tous les élus ne sont pas des voleurs. Est-ce qu'il y a des élus qui en sont? La réponse, c'est oui. Ce sont des gens qui profitent du système.»
Est-ce que le nom de certains d'entre eux pourrait être révélé lors des travaux de la commission Charbonneau? M. Duchesneau prend un temps d'arrêt et lance que «l'autre commission» pourrait juger opportun de jeter du lest: «Les gens du crime organisé se voient comme des hommes d'affaires et ils n'ont pas trop intérêt à aller en prison tout seuls.»








