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    Le revirement de l'année 2011 - La commission d'enquête

    Après s'être opposé à une commission d'enquête sur l'industrie de la construction, puis l'avoir acceptée à certaines conditions, le premier ministre a dû donner pleins pouvoirs à sa présidente

    3 janvier 2012 22h44 |Kathleen Lévesque | Québec
    Le 19 octobre dernier, le premier ministre Jean Charest, entouré pour l’occasion du ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil (à gauche), et du ministre de la Justice, Jean-Marc Fournier,  annonce la création d’une commission d’enquête sur la construction, sans pouvoir de contrainte, présidée par la juge France Charbonneau. <br />
    Photo: Agence Reuters Mathieu Bélanger Le 19 octobre dernier, le premier ministre Jean Charest, entouré pour l’occasion du ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil (à gauche), et du ministre de la Justice, Jean-Marc Fournier,  annonce la création d’une commission d’enquête sur la construction, sans pouvoir de contrainte, présidée par la juge France Charbonneau.
    Cette série consacrée aux grands événements de 2011 se poursuivra jusqu'au 3 janvier, avec un nouveau texte mis en ligne à chaque jour.
    Après plus de deux ans d'entêtement suivis de plusieurs mois d'hésitation, il a suffi finalement de quelques jours pour passer d'une «patente à gosses» à une véritable commission d'enquête sur l'industrie de la construction. Genèse d'un revirement aux allures de vaudeville.

    En avril 2009, la députée de l'Action démocratique du Québec (ADQ) Sylvie Roy réclame la création d'une commission d'enquête publique sur l'industrie de la construction. À l'époque, elle pointe la FTQ et ses liens qui semblent étroits avec le crime organisé, les entrepreneurs en construction et le monde politique. «Tout semble entremêlé», lance-t-elle.

    Dès ce moment, le premier ministre Jean Charest et son ministre de la Sécurité publique d'alors, Jacques Dupuis, rejettent sans relâche l'idée d'une commission d'enquête. «Laissons les policiers travailler», martèle à l'Assemblée nationale le ministre Dupuis. «Une commission d'enquête si nécessaire, mais pas nécessairement une commission d'enquête», insiste de son côté M. Charest.

    Les mois suivants apportent leur lot de scandales, d'octrois de contrats et d'allégations de financement douteux des partis politiques. La grogne populaire augmente, le monde politique nage en pleine tourmente, mais le gouvernement libéral ne cède pas.

    Ce n'est qu'en septembre dernier que le changement de cap devient de plus en plus inévitable. Le rapport de l'Unité anticollusion du ministère des Transports (MTQ), dirigée alors par Jacques Duchesneau, fait l'objet d'une fuite à Radio-Canada. C'est littéralement l'explosion d'une bombe.

    M. Duchesneau vient confirmer l'ampleur du problème de collusion, de corruption et de trafic d'influence qu'il a découvert chez les partenaires du MTQ. Selon lui, il est clair que «les failles du système ont été exploitées» par des firmes de génie, des entrepreneurs ainsi que le crime organisé.

    Le Québec est en émoi. Tous les yeux se tournent vers le premier ministre, croyant qu'il s'indignera à son tour. Nenni.

    Lors d'une conférence de presse convoquée pour vanter tous les gestes posés par son gouvernement afin de contrer la corruption et la collusion (création de l'Unité permanente anticorruption et adoption de lois et de règlements, par exemple), Jean Charest réduit le rapport Duchesneau, qu'il n'a pas lu, à des allégations. Il est hors de question pour lui de commenter le rapport car, affirme-t-il, «le politique ne va pas mettre le nez là-dedans». Du coup, il met le feu aux poudres chez ses adversaires, qui se déchaînent et en appellent à la révolte populaire.

    Rapidement, le rapport Duchesneau cristallise le mécontentement qui s'insinue dans toutes les couches de la société, y compris dans les rangs du Parti libéral du Québec. Jean Charest ne l'ignore pas, et il sait surtout que le congrès d'octobre de ses militants arrive à grands pas.

    C'est là que le scénario du virage à effectuer a été écrit. Il n'y a pas encore d'annonce, mais les détracteurs du gouvernement Charest craignent qu'il soit à concocter une commission sur mesure, à pouvoirs restreints, «une patente à gosses», comme le dira le Parti québécois.

    Le mercredi 19 octobre, soit 24 heures avant l'ouverture des assises libérales, le premier ministre annonce la création d'une commission d'enquête sur la construction présidée par la juge France Charbonneau. Mais il y a un hic. La juge ne pourra pas contraindre qui que ce soit à témoigner ou à produire des documents. Et pas question d'offrir l'immunité.

    Ce qui devait calmer le jeu l'enflamme littéralement. Des remous se font sentir chez les militants libéraux, qui préparent une proposition d'urgence afin de donner du mordant à la commission Charbonneau. Même le Barreau du Québec, habituellement fort discret, s'en mêle en accusant M. Charest de «semer la confusion dans le public».

    Ce désaveu ébranle vraisemblablement Jean Charest, qui fait volte-face le vendredi soir. Dans le cadre partisan du congrès de son parti, il prend tout le monde par surprise et annonce que, si la juge Charbonneau en fait la demande, elle aura plus de pouvoirs. Ce qui jusque-là risquait de contaminer la preuve recueillie par les policiers ne fait plus partie des didascalies des scènes de vaudeville en train de se jouer.

    Dans les minutes précédant cette allocution, le ministre de la Justice, Jean-Marc Fournier, se montrait pourtant fermé à toute concession. Par la suite, il précisera que la juge devra d'abord recueillir les témoignages et la preuve avant de demander quelque modification que ce soit. Cette mixité soulève encore beaucoup de critiques, mais Jean Charest a désamorcé la dissidence qui s'annonçait dans ses troupes.

    Trois semaines plus tard, France Charbonneau fait parvenir une lettre à Jean Charest et le Conseil des ministres plie: un nouveau décret est adopté pour donner à la commission Charbonneau les pleins pouvoirs conférés par la Loi sur les commissions d'enquête.

    L'année 2012 s'annonce mouvementée, alors que la commission Charbonneau amorcera ses travaux. Pour l'instant, la juge et son équipe préparent le terrain pour ceux qui défileront à la barre.

    ****

    Les finalistes pour le revirement de l'année:

    -Le chef de l’ADQ, Gérard Deltell, refuse toute fusion avec la Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault. Puis, en décembre, avec le nombre de ses membres en décroissance et un piètre résultat à l’élection partielle dans Bonaventure, il plie l’échine, se joint à la CAQ et enterre l’ADQ.

    -La ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, projette d’amputer de 300 millions le budget des commissions scolaires et de transformer leur vocation pour en faire des coops de services. C’était sans compter sur la résistance des militants libéraux, prêts à monter aux barricades en plein congrès d’octobre dernier. Le projet est remisé immédiatement.

    -Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, fait la vierge offensée lorsque l’espionnage subi par le vérificateur général est étalé sur la place publique. Si c’était justifié pour le fonctionnaire, dit-il, jamais les élus n’ont été espionnés. Mais la volte-face ne tardera pas, et M. Tremblay reconnaît que les courriels du maire de l’arrondissement de Lachine, Claude Dauphin, ont été consultés.

    -Le directeur général du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn, était le présidentiable numéro 1 en France. En mai, il devient un paria après avoir été arrêté pour agression sexuelle et tentative de viol sur une femme de chambre de New York. Trois mois plus tard, les charges contre DSK tombent.

    -En octobre dernier, la communauté techno attend avec fébrilité la sortie annoncée du iPhone 5. Finalement, c’est un modèle amélioré du 4, le iPhone 4S, qui est apparu.












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